Aujourd’hui, je vous propose deux albums contemplatifs, deux albums aquatiques. Dans le premier, un lac mélancolique écrit un poème à la mer dont il se languit. Dans le second, on découvre un paysage marin qui semble ne pas avoir de fin.
C’est un lac au milieu d’une forêt. Un lac où viennent s’abreuver les insectes et les mammifères du bois. Un lieu magique où la nuit, les étoiles et la lune s’y mirent. Malgré toute cette compagnie céleste et terrestre, le lac s’ennuie et rêve de la mer. Jusqu’au jour où une bouteille vide tombe dans le lac et lui propose de devenir sa messagère. Elle ira rejoindre la mer et lui portera un poème.
C’est un album poétique que nous propose ici Piret Raud. Un album qui nous raconte la mélancolie, l’absence et le désir. On suit donc les tribulations d’une petite bouteille à la dérive, pleine de mots d’amour murmurés par le lac à destination de la mer. Durant son périple, elle rencontre successivement un poisson amoureux d’un pont, ce même pont amoureux d’une vache, qui elle-même semble bien toute seule et un rocher hermétique à toute émotion. Il est parfois difficile de parler des sentiments, de leurs nuances et de leurs subtilités aux plus jeunes. C’est avec beaucoup de délicatesse – et un brin de malice – que Piret Raud arrive à nous transporter dans ce monde sans humain·es, où les végétaux, les objets et les animaux se révèlent être des êtres complexes, d’une grande humanité. Des êtres qui aiment, qui s’ennuient, qui espèrent, qui ronchonnent, qui attendent. Des êtres qui, finalement, nous ressemblent beaucoup. Cette lente et délicieuse déambulation est sublimée par des illustrations en noir et blanc (avec quelques touches de bleu. Les éléments se mélangent et donnent lieu à des formes chimériques. Ainsi, sur certaines pages, l’auteur-illustrateur compose un visage au lac, à la manière d’Arcimboldo (sauf qu’ici, ce sont les étoiles et la lune qui font office de nez, d’oreilles et de bouches). C’est tout un monde, imagé, fleuri, qui nous est ici conté.
Au départ, il y a un petit garçon avec des jumelles qui contemple l’horizon. D’abord, la longue route qui serpente à travers les champs, plus loin, la vieille maison en ruine et les dunes, et puis encore plus loin, la plage et les rochers qui se jettent dans la mer. Et puis, encore après, le phare du bout du monde…
C’est l’histoire d’un paysage que nous conte ici Hubert Poirot-Bourdain. L’histoire d’un paysage marin vu et apprécié par les yeux d’un enfant. L’album est un régal pour les lecteurs et lectrices, il se déplie sur près de cinq mètres de long et donne à voir l’immensité d’une crique – l’on part d’un littoral pour en regagner une autreC’est à la fois un album poétique, où l’on se prend à rêvasser devant chaque page qui dépeint un aspect de ce paysage, mais également didactique. Ainsi, l’on prend connaissance de cet univers, on s’en imprègne, mais surtout l’auteur-illustrateur nous montre ici la nécessité de dire les choses. La description de la nature, de son environnement le plus proche permet de mieux le connaître, de mieux l’appréhender et surtout de mieux l’imaginer. Car, au bout du bout de ce territoire, qu’y a-t-il donc encore à découvrir ?
La lettre du lac ![]() ![]() de Piret Raud (traduit de l’estonien par Olek Sekki) Le Rouergue 16 €, 190×155 mm, 48 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Après ![]() ![]() d’Hubert Poirot-Bourdain La Joie de Lire 19,90 €, 220×135 mm, 22 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




