Aujourd’hui, je vous propose de découvrir deux albums qui nous plongent au cœur de l’enfance. Celle d’un petit garçon qui demande beaucoup d’attention, et celle d’une demoiselle que l’on suit au fil des saisons !
Entre Hippolyte et ses parents, l’entente ne semble pas être au beau fixe. Il faut dire qu’il ne cesse d’entendre qu’il est un enfant difficile et qu’il devient compliqué de cohabiter avec lui. Absorbés par un manuel d’éducation — qui en dit long sur leurs maladresses respectives — les deux adultes ne se préoccupent pas du petit garçon inquiet de la menace qui pèse sur lui : un terrible serpent s’apprête à ne faire qu’une bouchée de son corps apeuré. Dès lors, sans la protection du regard parental, Hippolyte est englouti et vit dans l’estomac bien rempli de ce monstre qui n’a rien d’imaginaire sous l’indifférence la plus complète de ses parents peu compatissants.
L’album de Michael Sussman et Julia Sarda explore toute la complexité des relations parents et enfants. Des parents qui peinent affronter les difficultés, persuadés de trouver dans les livres la solution à leurs problèmes, un enfant obnubilé par ses angoisses et ses émotions : la communication semble sclérosée par l’absence de véritable échange et de réelle attention. Métaphore incarnée de ces problèmes qui les dévorent et les rongent, le serpent-dragon s’immisce dans ce conflit qui paraît insoluble. Le travail d’illustration nous bouscule dans nos habitudes de lecteur·rices tant le trait semble singulier dans le paysage jeunesse. Des personnages qui ont un petit air de tableau de Dix ou de Picasso aux choix vestimentaires audacieux et d’une autre époque, Julia Sarda impose sa patte, délicieusement originale et parfaite pour cette histoire de famille décalée qui intrigue considérablement. Un livre qui invite à s’écouter, se parler pour parvenir à mieux se comprendre.
Elle chevauche son vélo, cheveux au vent, et arpente les rues de son petit village. Sa destination : l’école. Et puis cette année n’est pas comme les autres puisque c’est celle durant laquelle elle apprend à lire. Après tant d’efforts, elle savoure la chance qu’elle a de vivre en bord de mer et d’avoir assez vite les pieds dans le sable quand l’école est finie. Le temps passe et arrivent les vacances. L’occasion de découvrir des lieux loin de l’agitation du monde. Se ressourcer en pleine nature et entretenir ses petites curiosités quotidiennes. À chaque mois ses surprises, à chaque saison son lot d’événements. Ainsi, s’écoule une année scolaire pour une demoiselle pleine de peps qui voit la vie comme une myriade de confettis.
Adèle Jolivard revisite à sa façon le calendrier d’une enfant qui entre au CP. Elle signe ici plusieurs petites histoires courtes qui relatent les temps forts d’une vie à hauteur d’enfant. De classe verte en mardi gras, l’année s’écoule à une vitesse folle, l’occasion de consigner tous les instants passés avec une petite touche de nostalgie. Le trait est vif, parfaitement en phase avec son héroïne toujours en mouvement, curieuse de tout. L’encrage noir, rehaussé par quelques petites touches colorées chatoyantes vient souligner gracieusement chaque mouvement : du pas de danse aux tourbillons grisants, l’enfance semble vertigineuse et belle sous ces crayons-là. Un album calendrier à lire et relire à tout moment de l’année !
Hippolyte, un enfant terriblement difficile Texte de Michael Sussman (traduit de l’anglais par Véronique Mercier Gallay), illustré par Julia Sarda Little Urban 12,80 €, 220x280mm, pages, imprimé en Chine, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Confettis d’Adèle Jolivard Les Fourmis rouges 13,50 €, 150x210mm, 62 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.

