Aujourd’hui, je vous propose de découvrir deux univers très différents mais où le collectif fait la force. Dans le premier, des individus emmurés dans le silence par un tyran cruel tentent de résister grâce à la langue des signes. Dans le second, on suit les tribulations d’une petite sorcière et de ses comparses au cœur d’une forêt luxuriante et joyeuse.
Il était une fois, dans un pays lointain, un tyran qui régnait sur son peuple en le terrorisant : les opposant.es politiques étaient emprisonné·es et torturé·es. Un jour, ce cruel personnage eut une idée maléfique pour mettre fin à une quelconque rébellion : interdire certains mots comme « révolte » et « révolution ». Ainsi, il n’y aurait plus de soulèvements possibles !
Le tyran des mots est un très beau livre, dense et percutant. Rémi David nous propose une réflexion subtile sur l’importance fondamentale des mots et du langage. Ici, donc, un tyran — très soigné, en costume cravate et peu terrifiant de prime abord — contrôle son peuple en s’immisçant progressivement dans ce qu’il y a de plus intime : le langage. Adieu « révolte », « révolution », « liberté », adieu la littérature et les arts. Les habitant·es, privé·es de mots, se réfugient dans le silence, mais c’est grâce à celui-ci qu’iels vont rentrer en résistance, en communiquant grâce à la langue des signes. Cet ouvrage dit la nécessité absolue d’une parole libre dans l’espace public (et privé). Pour qu’une idée prenne forme, pour que révolution se fasse, elle doit déjà se dire. Les utopies se sont toutes développées d’abord à l’écrit avant d’être envisagées comme réalisables. À l’inverse, appauvrir le vocabulaire, c’est appauvrir la possibilité d’imaginer autre chose. Tout en restant très sobre et factuel dans l’écriture, Rémi David s’amuse avec les mots tandis que les illustrations de Valérie Michel soignées et colorées nous offrent la possibilité d’un autre monde, où les mots se disent avec les mains.
Hazel la petite sorcière vit dans une forêt splendide et très animée ! Tellement, d’ailleurs, qu’elle ne voit pas le temps passer, les saisons s’enchaînent à un rythme endiablé : au printemps, c’est un œuf abandonné qu’elle recueille ; en été, elle doit partager son temps entre ses cueillettes et ses ami·es ; à l’automne, elle accueille un nouvel arrivant et en hiver, elle doit faire face à une terrible tempête de neige.
C’est un livre réconfortant et joyeux que nous propose ici Phoebe Wahl. Plus que les intrigues de ces quatre petites histoires, ce qui séduit le·la lecteur·trice c’est la description de cette forêt magique dans laquelle on aimerait tous·tes habiter ! Loin du tumulte du monde, les habitant.es de la forêt vivent au rythme des saisons. Ce lieu fantastique où règnent l’entraide et l’amitié nous est décrit avec brio par l’autrice-illustratrice : les déambulations de la petite Hazel lui permettent de dépeindre avec talent chaque recoin de cet endroit magique. On passe de longs moments à regarder chaque planche, contemplant avec gourmandise les mille et un détails qui s’y trouvent : là, le panier de récolte de l’héroïne, ici, la végétation sous la neige. Véritable ode à la nature et aux petits bonheurs du quotidien, Hazel la petite sorcière se lit et se relit avec plaisir !
Le tyran des mots![]() ![]() Texte de Rémi David, illustré par Valérie Michel Éditions Motus 17 €, 194×254 mm, 68 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Hazel : la petite sorcière![]() ![]() de Phoebe Wahl (traduit de l’anglais par Ilona Meyer et Caroline Drouault) Les Éditions des Éléphants 18 €, 196×236 mm, 96 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




