1, 2, 3 étoiles… Un album, un roman, et un grand album… À chacun·e de choisir l’étoile qui illuminera sa lecture.
Quand la nuit pointe le bout de son nez, Rosanui sort de sa torpeur. Elle vit sous les étoiles, part en exploration, s’émerveille du monde nocturne. Son monde est peuplé d’animaux aux yeux luisants, de chats et de loups, de lucioles et de papillons. Les êtres dansent sous des lampions, se font peur ou s’aiment à la lueur des flammes. Quand le jour paraît, elle s’efface. Un nouveau monde s’éveille, elle s’endort.
Rosanui est un personnage atypique : mi-montagne, mi-fillette ; à moins qu’elle ne soit la personnification de la nuit. Elle est la guide, qui nous accompagne dans les paysages nocturnes : malgré l’obscurité, ouvrons grands les yeux, et découvrons des trésors, qui sont autant de petits bonheurs. Qu’il est doux de regarder les papillons virevolter dans les lampadaires ou les amoureux·euses s’enlacer sous les lampions. L’album est totalement réalisé dans un dégradé de bleu, couleur de la nuit par excellence. En écho aux étoiles, des touches de jaune viennent illuminer chaque page, mettant en lumière la petite vie nocturne.
Un album entre rêve et réalité, à lire avant de s’endormir.
Copenhague. 1943. Annemarie Johansen et Ellen Rosen sont deux amies. Elles habitent le même immeuble, et ont l’habitude de faire le chemin du retour de l’école ensemble. Leurs mères apprécient de papoter autour d’un café. Mais à cette époque, les rues sont quadrillées de soldats allemands, et le café n’en a que le nom. Annemarie est une grande fille et prend bien vite conscience des difficultés causées par la guerre. Ce quotidien de façade se voit encore davantage bousculé, le jour où la famille Johansen doit accueillir la jeune Ellen. Dorénavant, il faudra la présenter comme un membre de la famille pour la protéger. En effet, la famille Rosen est juive, et, il se dit dans la ville que les A.
La Seconde Guerre mondiale est un thème récurrent dans la littérature générale. Il l’est un peu moins en littérature de jeunesse ; et ce point de vue danois est tout à fait original. Cette fiction historique est un beau témoignage de ce que fut la résistance danoise, et de manière plus large, la résistance européenne. À travers les yeux d’Annemarie, petite fille puis adolescente, qui gagne en maturité en même temps qu’en courage, on vit l’Histoire tout en suivant l’histoire des personnages. Chaque mot de Lois Lowry est juste. Elle déroule ce roman, au sujet difficile, sans aucune violence et avec beaucoup de sensibilité. Un vrai coup de cœur pour le titre aux métaphores nombreuses. On peut assimiler la nuit à la période sombre qu’est la guerre et les étoiles aux résistant·es, comme autant de lueurs d’espoir. Ses étoiles à compter peuvent être également toutes cde l’étoile jaune à sauver.
Une lecture à conseiller aux adolescent·es, comme aux adultes.
Après avoir été élevée durant plusieurs années par son grand-père et sa grand-mère dans la montagne, une fillette se retrouve en ville auprès de parents absents. Elle se dit, à la fois, sûre d’elle et fragile. Mais elle se sent surtout très seule. La mort de son grand-père et la tristesse qui en découle coïncident avec l’arrivée d’un jeune garçon dans la maison d’en face. Un solitaire, comme elle… qui deviendra peu à peu son ami. Un jour où la vie pèse trop lourd sur leurs frêles épaules, il et elle décident de quitter la ville. Elle et lui, la nature, rien d’autre, histoire sans parole. Les enfants trouvent refuge, dans la montagne, dans l’ancienne maison du grand-père. Les souvenirs ressurgissent. La fugue se termine par un magnifique « bain » d’étoiles, comme un feu d’artifice, final du voyage. Le retour sera difficile, ponctué d’imprévus, qui feront prendre conscience à la jeune fille qu’elle a grandie, presque devenue une autre, riche de cette expérience.
Nuit étoilée est un livre original, unique, qui ne se laisse pas enfermer dans des cases. Ni vraiment album, ni vraiment roman ; pour ma part, je le qualifierais de roman illustré. Ni vraiment pour les petit·es, ni vraiment pour les grand·es, je le conseille pour les enfants qui quittent peu à peu l’enfance pour mettre un pied dans l’adolescence. Mais, aussi un livre sur la solitude, tout autant que sur l’amitié. Dans cette grande ville, les gens vivent les uns à côté des autres, mais seuls, en eux-mêmes. L’héroïne et le héros de cette histoire iront plus loin, en combinant leurs solitudes, pour créer une belle amitié, qui sera leur force, et les aidera à s’épanouir. La nature sera leur refuge, l’art leur phare dans la tempête. Les étoiles les guideront dans l’obscurité de leurs existences. L’auteur-illustrateur transcende toute la poésie de ces moments, dans des illustrations magnifiques, à observer dans le détail ; les métaphores ainsi que les références à l’art y sont multiples.
Un livre époustouflant pour découvrir l’artiste taiwanais Jimmy Liao.
Rosanui![]() Texte d’Emma Robert, illustré par Romain Lubière A2mimo 14,80 €, 217×305 mm, 32 pages, imprimé en République tchèque, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Compte les étoiles ![]() de Lois Lowry (traduit de l’anglais par Agnès Desarthe) L’école des Loisirs, dans la collection Médium poche 5,80 €, 126×190 mm, 182 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Nuit étoilée![]() ![]() de Jimmy Liao (traduit du chinois par Chun-Liang Yeh) HongFei 19,90 €, 195×268 mm, 144 pages, imprimé en République tchèque chez un éditeur éco-responsable, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.




