Les deux livres du jour sont particulièrement intenses. À travers des récits brefs, ils font resurgir sous une forme plus belle des sentiments parfois enfouis.
Les années 1980-1990. Un ado campagnard, Lucas, voit sa vie bouleversée par le suicide de son père. À la maison comme à l’internat, rien n’est plus pareil. Alors, au volant de sa mobylette, Lucas part. C’est une journée pluvieuse et la route, à travers les petits villages déserts, est dangereuse. En parallèle de la fuite de l’adolescent se déroule une autre fuite : celle d’une biche, poursuivie par des chasseurs et leurs chiens.
Comment bien vous parler de S’arracher ? C’est un livre aussi court que fort. Le style d’écriture prend aux tripes et ne lâche pas le·la lecteur·rice, jusqu’aux derniers mots. Avec ces histoires parallèles – la fuite d’un ado, la fuite d’une biche – l’auteur esquisse un monde sombre et douloureux où la lumière provient des endroits les plus inattendus. En plus d’être un texte d’une grande justesse sur le désespoir, ce roman est un page-turner. J’ai personnellement mis un peu de temps à m’habituer aux noms des personnages, qui peuvent sembler dépassés aux adolescent·es d’aujourd’hui (les ami·es du héros s’appellent par exemple Isabelle ou Franck). Mais d’un autre côté, j’ai apprécié cet aspect un peu suranné, qui donne l’impression d’une capsule temporelle sur une autre époque.
Le chaos. Une génération après la nôtre, l’apocalypse est en cours. Dans une chambre, deux ados se tournent autour. Leur amitié est la seule chose qui les fait tenir, entre leurs familles toxiques et une Terre en pleine destruction. Au cours d’une journée terrible, tandis que le monde explose derrière la vitre, la relation des ami·es évolue, devient ambiguë et sensuelle.
J’ai hésité à chroniquer Juste avant que. C’est un livre inconfortable, qui gratte et qui pique. La voix de la narratrice est acide, brute et incisive. Elle égratigne autant la gauche que la droite dans un nihilisme parfois effrayant. Mais je pense que les ados sont capables de distinguer une voix narrative de la réalité absolue : un personnage peut tout à fait être critiquable. L’écriture de Joanne Richoux est percutante, elle fouille dans les tripes des lecteur·rices pour en sortir à la fois le sale et le beau. Juste avant que est un roman dur et violent et en même temps d’une douceur infinie, une douceur qui répare. Il contient très justement ambiguïté de l’adolescence, avec ses tentations morbides comme ses élans de vie. Je l’ai trouvé étrange, magnifique et désarmant. Si je l’ai vu ici et là être décrit comme un roman très politique, ce n’est pas mon avis : l’héroïne parle beaucoup de politique, certes, mais dans un rejet absolu et « fouillis » d’à peu près tout, avec des équivalences souvent douteuses. Je vois ça comme un tour de force supplémentaire de l’autrice : une manière de parler de la colère et de l’ardeur des ados, qui voient bien que quelque chose cloche mais sans avoir forcément les outils pour s’y confronter. Au-delà de ces considérations politiques, Juste avant que me semble surtout parler d’amour – et il en parle de façon sublime. Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce (pourtant très court) roman ; j’espère en avoir dit assez pour vous intriguer.
Petit avertissement de contenu : ce livre appartient à la collection L’Ardeur et comporte donc des scènes de sexe explicites.
S’arracher![]() de Marc Daniau Le Rouergue 9,90 €, 132×210 mm, 64 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Juste avant que de Joanne RichouxThierry Magnier, dans la collection L’Ardeur 13,90 €, 140×220 mm, 4144 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »

