Aujourd’hui, deux albums d’un illustrateur virtuose découvert lors de ma belle échappée au festival Quai des bulles. Préparez-vous à en prendre plein les yeux !
Connaissez-vous le Bois de Burrow ? Mesdames et messieurs, inutile de vous préciser que cette contrée n’a pas fini de faire parler d’elle… Vous y découvrirez un bestiaire de renom qui s’enorgueillit de vivre en ces lieux si fabuleux. Cette communauté singulière voit se croiser à longueur de journée tout le gratin de la société animale. On s’y raconte les dernières rumeurs, on s’y pavane avec fierté en arborant les dernières tenues à la mode, on s’expose aux yeux des curieux·ses en jouant le jeu des apparences et des faux-semblants. Nombreux·ses sont celles et ceux qui brillent sans songer un seul instant qu’un on-dit ou qu’une maladresse peut vite vous faire tomber de votre piédestal. En tournant ces pages, vous constaterez ainsi que Madame Lapine, Archibald le wombat ou Herbert le renard en paieront parfois le prix fort.
Si vous passez l’orée de la forêt et que vous mettez une patte dans ce cercle de privilégié·es, vous découvrirez une fine équipe qui, à quelques poils ou plumes près, ressemble étrangement, sans qu’il soit question d’une malencontreuse coïncidence, aux êtres humains que nous sommes… Thibault Guichon-Laurier s’inscrit incontestablement dans la tradition de l’apologue et des fables qui se jouent des vices des hommes et des femmes. Les animaux anthropomorphes, brillamment dessinés par Frédéric Pillot, sont aussi beaux à voir que leurs mésaventures sont truculentes à lire… Le ton léger du récit laisse ainsi entrevoir toute l’ironie grinçante visant le public moqué et l’on se plaît à savourer ces fables modernes qui rappellent aussi bien les hypocrisies de la cour du Roi que les dérives de notre société contemporaine. Si le dessin minutieux de Frédéric Pillot force l’admiration, la sobriété de la palette graphique est de mise. Nul besoin de fioritures colorées tant le contraste du noir et blanc suffit à témoigner de tout le travail d’orfèvre de l’artiste. À ce sens du détail savamment orchestré sur les pages est associée la verve particulièrement soignée de Thibault Guichon-Laurier qui impose sa force et sa puissance en bon fabuliste impertinent. Merveilleux !
Il était une fois, un petit garçon plus connu sous le surnom de Petit Poucet… Il est vrai qu’on ne le présente plus tant son histoire a parcouru les siècles. Ce n’est pas parce qu’elles sont affublées de l’étiquette de grands classiques que ces histoires sont éternellement sauvées de l’oubli et il est toujours très intéressant de découvrir ces auteur·rices contemporain·es qui font le choix de s’approprier ces histoires séculaires. Mais comment proposer un regard neuf sur des textes tant de fois mis en lumière ?
Ici, Agnès Ledig s’empare du texte de Charles Perrault pour le dépoussiérer d’une langue parfois vieillie et moins accessible sans pour autant négliger tout le plaisir des mots et de l’écriture. Cette dernière offre aux lecteur·rices un savoureux mélange de narration versifiée et de passages en prose s’apparentant à de petits monologues théâtraux portés par les protagonistes de l’histoire. La poésie qui en émane — en alexandrins s’il vous plaît — redonne à cette histoire toute son originelle puissance orale, qui a permis aux contes de traverser les siècles. L’album se lit aisément et agréablement à voix haute, porté par le rythme si musical de la versification. C’est avec un plaisir évident que les adultes redécouvriront ce texte tout en appréciant de le partager avec les plus jeunes. Et il faut bien admettre qu’il en fallait du talent pour ne pas disparaître ou s’effacer face aux illustrations absolument grandioses de Frédéric Pillot. Chaque page est synonyme d’émerveillement tant il maîtrise son art. Des plans toujours savamment cadrés, des effets de plongée ou de contre-plongée saisissants : nous nous retrouvons aussitôt tiraillé·es entre l’envie de découvrir la page suivante et celle de rester contempler les moindres détails d’un travail délicat qui laisse sans voix. Briques par milliers, tissus et tapisseries aux motifs innombrables, poils et fourrures, osselets et dentelles, écorces et parterres fleuris : l’énumération pourrait se décliner à l’infini tant le talent de l’illustrateur virtuose s’exprime dans chaque trait ou coup de pinceau. Le travail des couleurs n’est pas en reste comme en témoigne son insolente dextérité à jouer de toutes les nuances de sa palette d’acryliques. Un livre magnifique à découvrir, dont la prouesse est de ne jamais céder à l’écueil du déjà lu ou du déjà-vu.
Les Fabuleuses Fables du Bois de Burrow![]() ![]() Texte de Thibault Guichon-Laurier, illustré par Frédéric Pillot Little Urban 19,90 €, 298 x 367 mm, 48 pages, imprimé en Belgique, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le Petit Poucet![]() Texte d’Agnès Ledig, illustré par Frédéric Pillot Flammarion jeunesse 18 €, 285 x 266 mm, 32 pages, imprimé au Portugal, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.



