Les différences sont partout, et nous rendent toutes et tous uniques. Quels que soient nos domaines de passion, nos origines ou notre culture, nous avons forcément quelque chose à apporter et à partager. Aujourd’hui je vous présente quatre albums qui célèbrent les liens entre les individus, et qui rappellent l’importance de ne pas juger trop vite selon les apparences. Et en plus, les animaux sont à l’honneur ici, sous toutes les formes et sous toutes les coutures !
Quand Petit Lapin demande à ses parents s’il peut inviter un copain chez lui, ceux-ci sont surpris : la maison est déjà bien pleine, avec leurs six enfants toujours en train de galoper partout. Finissant par céder, ils sont carrément choqués quand le nouveau venu débarque sur le perron ! Car contrairement à ce qu’ils pensaient, il ne s’agit pas d’un lapin comme leur fiston. Disons que ce nouvel ami semble plus du genre à se régaler d’un cuissot bien tendre que d’une salade de carottes râpées…
Album rigolo et aux illustrations vraiment très mignonnes (qui sont bourrées de détails amusants), Mon ami aborde avec malice la barrière des préjugés inconscients. En effet, si Petit Lapin voit tout simplement les qualités de son nouveau copain, sans prêter attention une seule seconde à son apparence, ses parents le mettent directement dans une case : celle des gens infréquentables. Le jeune héros ne comprend pas leur panique, et son innocence va servir de levier pour déconstruire leurs aprioris et créer de belles histoires d’amitié interespèce. Petit à petit, les avis changent, les murs s’effondrent et de nouvelles rencontres se font entre voisin·es, à fourrure comme à plumes !
Les personnages anthropomorphiques sont tout simplement adorables avec leurs frimousses attachantes et très expressives ! À travers eux, on peut lire une allégorie du racisme, de la peur de l’autre et de l’inconnu, amenée avec simplicité et humour.
Voilà un livre parfait pour prendre conscience des préjugés hérités de nos constructions sociales et familiales. Et surtout, pour ne pas oublier le Petit Lapin qui sommeille en chacun·es de nous !
À l’abri d’une forêt touffue, une bande de singe observe jour après jour l’horizon désertique, où il ne se passe presque rien. Un matin, un pingouin sorti de nulle part brise la monotonie du paysage, en installant son campement à la lisière des arbres. Sous les yeux amusés de la famille simiesque, le nouveau venu dresse de mystérieuses sculptures faites de pierres, pour ensuite les démonter inlassablement chaque soir. Mais que vient faire cet étranger venu du froid en plein désert, et quel peut donc bien être le sens de toutes ses pingouineries ?
Par le biais d’une situation aussi improbable qu’intrigante, Le Visiteur interroge le regard qu’on porte sur des évènements bousculant nos habitudes. Le pingouin est une sorte d’artiste nomade créant des installations éphémères, il semble œuvrer pour la simple beauté du geste, la joie de la répétition sans but. Il est aussi sensible à l’environnement, car il prend soin de laisser le lieu où il est dans le même état qu’il l’a trouvé, soucieux de minimiser son impact au maximum.
Tout d’abord les singes s’amusent de lui, le jugent un peu bizarre et ne cherchent pas à le comprendre. Jusqu’au moment où un petit macaque plus curieux que les autres va à la rencontre du pingouin, et se met à créer avec lui. En s’inspirant des pingouineries qu’il a observées, il apporte sa propre pierre à l’édifice et invite ainsi ses ami·es (et nous par la même occasion) à s’ouvrir à l’inconnu. Après le départ du pingouin, les singes se rendent compte du précieux héritage que ce mystérieux visiteur leur a légué : celui d’un monde plus grand et plus beau. La trace qu’il leur a laissée n’est pas physique, mais prend racine dans leur esprit et leur mémoire.
Page après page, les illustrations éclatantes nous immergent dans des paysages de forêts vierges et de déserts brûlants. Lisa Zordan fait passer beaucoup d’émotions dans son travail d’image, notamment grâce à l’utilisation d’une palette de couleurs franches et vives. La dualité des ambiances, l’aridité des dunes et de la luxuriance de la canopée contrastent et s’équilibrent (tout comme les personnages même de l’histoire, que rien ne destinait à se rencontrer).
Avec une loufoquerie toute poétique, Le Visiteur sensibilise au partage, et à l’amitié qui se passe de mot : il s’agit d’un album étonnant, qui aborde l’importance de prendre du recul, de mieux observer pour comprendre l’autre.
D’une forme quasiment abstraite, un débat se crée : s’agit-il d’un lapin ou bien d’un canard ? Dans tous les cas, un chasseur la traque… Alors, comment cet animal réversible pourra s’échapper ? En s’envolant ou bien en se blottissant dans un terrier ?
Une seule image peut cacher plusieurs sens, que l’on perçoit différemment selon son bagage culturel. Le canard-lapin est l’une des figures ambiguës les plus célèbres, analysée par le philosophe Ludwig Wittgenstein pour appuyer son raisonnement autour des associations cérébrales (induites par nos acquis sociétaux, notre éducation…).
Alice Brière-Haquet explore cette idée dans un nouvel opus de la jolie série Philonimo, avec des phrases simples qui invitent à la réflexion et au questionnement.
Selon le point de vue, la perspective change et l’histoire prend une autre allure ! En faisant appel à ce que l’on croit voir, ou bien ce que l’on veut croire, un seul sujet peut ainsi avoir de grandes oreilles ou alors un gros bec.
Loïc Gaume jongle avec les formes bistables et crée des images presque abstraites. Dans ses illustrations, il joue avec la géométrie, les couleurs, les creux et les pleins, invitant lectrices et lecteurs à en faire de même. J’ai trouvé qu’il y avait ici une musicalité des figures, presque comme dans un tableau de Joan Miró.
Le canard de Wittgenstein est l’un de mes livres préférés de la série ! C’est un petit ouvrage très réussi sur les associations de la pensée et les illusions, qui ouvre à des discussions intéressantes et des réflexions sur notre propre mode de perception.
Hulotte est une petite chouette très timide. Alors quand la maîtresse annonce que chaque élève doit présenter un exposé devant le reste de la classe, c’est la panique totale !
De la couverture aux pages de garde, j’ai adoré toutes les illustrations de Hulotte ! Les aquarelles de Juliette Lagrange dégagent une lumière incroyable, et son travail de composition possède un dynamisme saisissant. Les perspectives exagérées nous placent directement à la même hauteur que la minuscule héroïne duveteuse : les passant·es sont gigantesques, les arbres ont des allures de maisons ou d’école… Entre les pages du livre, on entend le bruissement des feuillages, le murmure de la ville et surtout les battements de cœur de Hulotte, semblable à un vrai tambour à mesure que le jour de l’exposé approche.
Pour surpasser sa peur, elle s’aide de son doudou et surtout, elle choisit un thème qu’elle adore : la botanique. En effet, elle aime planter et faire pousser toute sorte de choses, et son enthousiasme va devenir un canal d’échange et de partage avec ses camarades de classe. Ainsi, grâce à son courage et à sa passion, la petite chouette va dépasser la crainte d’être jugée et s’ouvrir aux autres.
Hulotte est un album coup de cœur, qui décomplexe avec bienveillance la timidité, et parle de l’importance d’entretenir ses hobbies (et de les partager si l’on veut !).
Mon ami![]() Texte de Pog, illustré par David B. DraperMijade éditions 12 €, 233×282 mm, 28 pages, imprimé en Belgique, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le Visiteur![]() Texte de Didier Lévy, illustré par Lisa ZordanÉditions Sarbacane 15,90 €, 232×323 mm, 40 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le canard de Wittgenstein![]() Texte d’Alice Brière-Haquet, illustré par Loïc Gaume3 œil, dans la collection Philonimo 9 €, 115×155 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Hulotte![]() de Juliette LagrangeKaléidoscope 13 €, 250×250 mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.




Texte de Pog, illustré par David B. Draper