Aujourd’hui, je vous propose deux ouvrages pour un dépaysement total outre-Atlantique ! Entre histoires de souvenirs, de mémoire, d’amitié, de transmission, voici deux albums forts et beaux. Deux coups de cœur.
Durant l’été, Clover, une petite fille, s’amuse dans son vaste jardin au sein d’une ville divisée par une clôture. Les habitant·es y sont séparé·es par leur couleur de peau. Elle observe ainsi, de l’autre côté de la barrière, une autre petite fille, Annie, qui, elle aussi s’amuse, seule. Un jour, alors que cette dernière semble s’ennuyer, elle demande à rejoindre Clover et ses ami·es. La cheffe de bande refuse. De même, sa mère lui interdit de se lier d’amitié avec une blanche de peau. Clover parviendra-t-elle à remettre en question les normes sociales et les préjugés de sa communauté ?
Sur fond de ségrégation raciale, l’album aborde des thèmes encore et toujours d’actualité. Bien qu’écrit en 2001, son autrice reconnaît en préambule que si bien du chemin a été parcouru depuis, il reste encore des barrières à franchir…
C’est bien ce que font Clover et Annie en grimpant et basculant de l’autre côté de la barrière qui les sépare, physiquement et symboliquement. Ainsi, à elles deux, elles illustrent l’espoir, la tolérance et l’amitié. De fait, leur innocence et leur joie se lisent sur leurs visages magnifiquement illustrés à l’aquarelle. Le tout en fait un album nécessaire, poétique et touchant qui contient en son sein les germes d’un futur meilleur porté par l’innocence de l’enfance encore préservée des préjugés raciaux et sociaux, espérons le.
En voiture sous le soleil ardent de l’Ohio, une famille sino-américaine interrompt brusquement sa virée à travers les champs de maïs. Pour cause, un champ de cresson a retenu l’attention des parents. Mais le soir, lors du repas, la plus jeune de l’adelphie est partagée entre un sentiment de confusion et de honte à l’évocation des souvenirs de sa mère autour du plat de cresson. Car c’est là l’occasion pour cette dernière de faire remonter une foule de souvenirs d’enfance et d’aborder avec ses enfants leurs origines chinoises. La jeune fille parviendra-t-elle à saisir l’importance de connaître ses racines ?
La cueillette du cresson et sa dégustation, telle une madeleine de Proust, deviennent durant le repas du soir le prétexte à raviver les souvenirs de la mère de famille et ainsi partager avec ses enfants leurs origines. Le repas devient d’ailleurs, par là même, l’occasion de créer un nouveau souvenir familial. Les illustrations, dans les tons sépia aux allures vintage, sont d’une puissance évocatrice fabuleuse et d’une beauté saisissante.
Elles mettent en valeur avec poésie, délicatesse et pudeur, la question des origines, des émotions complexes (on retient la moue boudeuse de la jeune fille) de la transmission tout en invitant également à la réflexion sur la construction de soi et sur les liens familiaux. Magnifique ! Rien d’étonnant alors à ce que l’ouvrage ait été récompensé par la médaille Caldecott, le prix le plus prestigieux en illustration jeunesse aux États-Unis. Rien que ça !
L’autre côté ![]() Texte de Jacqueline Woodson (traduit de l’anglais par Christiane Duchesne), illustré par E. B. Lewis D’eux 18 €, 281×248 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le goût du cresson![]() Texte de Andrea Wang (traduit de l’anglais par Chun-Liang Yeh), illustré par Jason Chin HongFei 16,90 €, 287×226 mm, 40 pages, imprimé en République tchèque, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.

