Il y a des paradis artificiels qui permettent aux âmes de s’égarer et de flotter sur des mers étranges, et puis il y a des paradis naturels dans lesquels vivent des animaux et des êtres que la société exclus et ne semblent plus voir… Des lieux préservés, soustraits au monde qui parfois s’offrent à certains regards…
Un matin, un petit ours découvre une carte postale envoyée il y a bien longtemps à son grand-père avec quelques mots griffonnés bien mystérieux « Salutation du dernier avant-poste ». « L’avant-poste ? » Qu’est-ce que cela signifie ? Un endroit magique, merveilleux explique le vieil ours. Un endroit où vivent des animaux sauvages qui pourraient bien dévorer les plus curieux·euses des visiteur·euses ! Ni une ni deux, ce drôle de binôme décide de partir en quête de cet Eldorado insaisissable. Mais en quelques années-ours, les choses ont bien évolué…
Merveille d’intelligence et de poésie l’album de Cecilia Heikkilä est une odyssée contemporaine. Nos deux ours se lancent dans une quête éperdue avec la soif et l’envie des premiers aventuriers. Leur but : (re)découvrir ce lieu idyllique ou vivent encore en paix des animaux sauvages, loin de la civilisation industrielle. L’autrice-illustratrice nous propose une réflexion pertinente et lucide sur notre monde actuel. Ainsi, le vieil ours a bien du mal à reconnaître certains lieux de sa jeunesse transformés en parcs d’attractions pour touristes. Mais derrière cette désillusion subsiste encore un peu d’espoir. Car l’Eldorado merveilleux existe vraiment. C’est un lieu qu’il est nécessaire de préserver semble marteler page après page Cecilia Heikkilä. Cette belle aventure qui nous questionne avec sensibilité sur notre rapport au monde, à la faune et à la flore, l’autrice-illustratrice nous la dépeint avec des couleurs chaudes et lumineuses. Sous ses crayons et ses pinceaux, « l’avant-poste » devient un lieu réconfortant et chaleureux. Un lieu qu’il faut conserver !
Braise et Incendie s’aiment passionnément. Un peu marginaux, un peu fous, ils décident de vivre reclus au milieu des bois pour vivre avec ardeur cet amour. Mais ils n’échappent pas aux mensonges et calomnies des villageois méfiants. Une enfant naît : c’est Flamme. Une enfant mi humaine-mi renarde au pouvoir surnaturel… Un jour elle rencontre une enfant du village…
Quelle beauté que cette Danse des flammes ! Anahita Ettehadi et Clémence Monnet nous plongent dans un univers lumineux, sensible et magique. Tout prend sens au contact de ce drôle de couple qui s’aime trop fort, vit trop intensément au milieu de la nature et qui semble faire corps avec le vivant… À tel point que leur fille est mi-humaine mi-renarde ! C’est d’ailleurs elle – superbe métaphore – qui arrivera à réconcilier le village et ses parents. Face à l’hostilité des habitant·es, Flamme va montrer que la différence est une force. Ce sublime texte est à interprétation multiple : à la fois réflexion subtile sur l’héritage familial (car Flamme, fruit de la passion brûlante de ses parents fait naître le feu), acceptation des différences et aussi et surtout hommage vibrant à la nature et au pouvoir du vivant. A partir de ce beau conte, Clémence Monnet dessine un univers magique et merveilleux, où les personnages semblent se fondre dans une nature riche et luxuriante. C’est une forêt à la fois intrigante et attirante que nous révèle page après page cet album, une forêt où l’on aimerait se perdre et pourquoi pas croiser une petite Flamme…
Un endroit merveilleux ![]() ![]() de Cecilia Heikkilä (traduit du suédois par Catherine Renaud) Cambourakis 14 €, 221×287 mm, 48 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La danse des flammes ![]() ![]() Texte de Anahita Ettehadi, illustré par Clémence Monnet L’étagère du bas 14 €, 206×276 mm, 40 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.





1 thought on “Paradis naturels”