Je vous présente aujourd’hui deux romans. Dans le premier il est question de retrouver une vie sociale (et passer moins de temps sur les écrans), dans le second de quartier délabré (et de magie).
Ilyes a 9 ans, il est en CM1. Il est un peu énervé à cause de la « gigapunition ». Soi-disant que son téléphone a un mauvais impact sur lui, les mots « addiction » et « sociabiliser » ont même été prononcés, alors il est non seulement privé de téléphone, mais il doit en plus s’enregistrer chaque jour sur un appareil préhistorique de son père. Pas de vidéo, non, non, juste enregistrer sa voix. C’est un psy qui a eu ces idées. Son téléphone ne lui sera rendu que s’il réalise ces enregistrements quotidiens dans lesquels il parle de sa vie et s’il se fait un vrai ami (si proche qu’il pourra l’inviter à dormir chez lui). Les psys ont de ces idées…
C’est sous forme de journal (comme si on lisait les retranscriptions des enregistrements d’Ilyes) qu’on découvre le quotidien d’un enfant qui va redécouvrir la vie sans smartphone. On aurait pu craindre un énième récit dont la morale est « la vie c’est mieux sans écran », mais Thomas Gornet est trop malin pour ça. C’est plein d’humour, mais aussi d’émotion (j’ai été particulièrement touché par le personnage d’Olia, petite fille neurodivergente) et ça se lit super facilement grâce aux courts chapitres (parfait pour les enfants qui ont du mal à « s’engager » dans de longs romans). C’est un bonheur que de retrouver l’écriture de Thomas Gornet (lire son interview à propos de ce livre ici) dont c’est le premier texte inédit depuis onze ans !
Nino, 12 ans, vit avec sa mère et sa sœur dans un quartier en cours de destruction. Il ne reste presque plus que sa famille dans les immeubles qui composent sa cité et il sait que bientôt iels seront expulsé·es. Le maire, qui veut construire là une zone commerciale, leur met déjà une énorme pression pour les faire partir, et si sa mère résiste face à cet horrible personnage, elle ne pourra pas résister indéfiniment. Un soir, Nino et sa sœur décident de lire une formule magique inscrite sur du papier toilette (où chaque feuille propose des infos), on ne sait jamais…
Je n’aime pas seulement l’écriture d’Alexandre Chardin (qui est pour moi l’un des meilleurs auteurs jeunesse actuels), j’aime aussi ce truc qu’il a de nous emmener là où l’on ne s’attend pas à aller, son grain de folie (qui, à part une personne un peu dérangée, penserait à faire apparaître un sorcier grâce à une formule trouvée sur du papier toilette ?). Il sait se servir du quotidien et de questions sociales (ici un quartier populaire déserté) et de questions écologiques pour en faire des histoires qui nous surprennent (ici, on va tout de même assister à une pluie de grenouilles, croiser un pingouin nommé Paul-Émile ou encore visiter une forêt dans un appartement !), ça ne l’empêche pas de parler de sujets graves, mais de façon totalement loufoque et déjantée.
À l’écoute![]() de Thomas Gornet Rouergue, dans la collection Dacodac 9,90 €, 140×190 mm, 112 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Magie verte contre magie grise![]() d’Alexandre Chardin Casterman 12,90 €, 145×210 mm, 272 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur ecoresponsable, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !

