Aujourd’hui, deux romans très forts, qui sonnent particulièrement juste, dans lesquels il est question de pères. L’un est faible, l’autre fort… à vous de voir lequel est lequel…
Tout le monde est attablé. Tout le monde est là. Son frère, sa sœur, ses neveux et nièces et bien sûr ses parents. C’est un repas de famille comme les autres, un repas où comme toujours il se tait, il tremble, il regarde ce petit monde s’agiter et tente de rester calme quand on lui demande une nouvelle fois de sourire. Mais si ce soir le vernis craquait ? Si ce soir il racontait, s’il parlait ? Si c’était enfin ce soir que tout basculait ?
Tout comme avec le magnifique À copier 100 fois, Antoine Dole propose avec L’instant de la fracture un roman court qui se lit d’une traite, mais continue de nous hanter des heures après. Un roman extrêmement fort qui nous assomme totalement et dont l’action se passe uniquement au cours d’un repas, dans la tête du personnage. Je ne dirai pas de quoi il est question ici, je vous laisse découvrir quel est le mal qui ronge le héros (même si j’ai conscience que vous devinerez peut-être). On parle ici des secrets de famille, des gens qui ne sont pas ce qu’ils paraissent, des choses qui nous rongent de l’intérieur, du fait de parler quitte à faire basculer une famille… ou pas… Antoine Dole parle de son sujet avec une extrême justesse et les personnes qui ont vécu des choses similaires au personnage principal de l’histoire risquent de retrouver les dialogues intérieurs qu’elles connaissent.
Un roman extrêmement fort, magnifiquement écrit, sur l’enfance volée et les secrets de famille.
Il y a eu des signes avant-coureurs. Son père souhaitait rester dans les buts lors des parties de foot, il perdait à la course, trouvait de plus en plus souvent des excuses pour les balades. Puis elle a eu la confirmation que les choses allaient mal… une maladie « orpheline », une maladie sans nom à laquelle ce père plein d’humour avait donné le sobriquet de « tartiflette ». Les jours passent, les choses s’empirent et bientôt le père ne pourra plus monter à l’étage… et ce n’est que le début.
Sophie Adriansen sait décidément parler de sujets graves sans aucune lourdeur et en s’adressant aux plus jeunes. Après la Shoah (Max et les poissons et Lise et les hirondelles), elle s’attaque cette fois-ci à la maladie d’un parent. Elle raconte avec beaucoup de justesse le sentiment d’impuissance et d’injustice, l’incrédulité et la colère d’une enfant de 10 ans qui voit son père devenir handicapé (ayant, personnellement, vécu la même chose, au même âge, j’ai trouvé que tout sonnait particulièrement juste). Elle parle aussi du regard des autres (et de leur bêtise). Les chapitres sont courts et parfaitement adaptés à de jeunes lecteurs et lectrices (dès 10 ans d’après l’éditeur) et l’humour vient casser régulièrement les scènes qui pourraient être dures.
Un superbe roman sur une jeune héroïne dont le père est touché par une maladie grave.
L’instant de la fracture![]() d’Antoine Dole Talents Hauts dans la collection EGO 7 €, 125×190 mm, 64 pages, imprimé en République Tchèque, 2018. |
Papa est en bas![]() ![]() de Sophie Adriansen Nathan 5,95 €, 120×180 mm, 118 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


