Alzheimer pourrait ne résonner qu’avec l’angoisse de voir disparaître la relation avec ces grands-parents qu’on aime tant. Aujourd’hui je vous propose de découvrir deux albums qui font la part belle à la complicité avec une grand-mère et un grand-père étonnant·es.
On avait prévenu Léon que sa grand-mère était devenue « bizarre ». Elle met les mains dans la terre alors qu’avant elle avait horreur de ça ; et puis elle se trompe dans les prénoms. Pour l’enfant qui au début semblait appréhender les bizarreries, la rencontre est des plus simples. Rentrant dans le jeu de sa grand-mère, la relation se nourrit de l’exploration du jardin, de l’écoute, d’une certaine liberté quant à la réalité et c’est encore mieux pieds nus.
L’imagination devient le super pouvoir de l’aïeule et le jeune enfant, d’abord méfiant puis rapidement captivé, se laisse embarquer dans ce monde parallèle, poétique et non dénué d’un certain humour. Je trouve fascinante la capacité d’adaptation de l’enfant. Maria Elina, par le biais d’une après-midi passée à observer les petites bêtes du jardin, nous montre que la complicité est toujours possible, la tendresse bien présente. La perspective de la perte progressive de la mémoire chez nos aîné·es est particulièrement effrayante. Comment en parler aux enfants en en disant suffisamment mais pas trop ? Ma grand-mère est un ouvrage tout doux, où l’apparence un tantinet surannée de l’ambiance révèle une grande douceur dans la joie simple de ce moment partagé. Dans ce jardin au parfum de « zone intermédiaire », le tragique de la maladie se tient dans une parenthèse végétale. Pas de jugement, pas de contradiction qui éloignerait ce qui peut encore maintenir la relation… À l’inverse probable des adultes, Léon accueille sans s’effrayer, partage sans juger, écoute sa grand-mère et ses histoires pour mieux s’émerveiller. C’est sans doute ça le plus important…
La mémoire de Grand-père s’effiloche : les mots sont fugaces, ils se perdent dans des chausse-trappes. Jadis observateur attentif, le collectionneur de papillons a dorénavant ses souvenirs qui s’éparpillent aux quatre vents. Pour sa petite fille qui l’observe tendrement, l’important se niche désormais dans ce qui reste : la douceur de la voix, une main qui caresse les cheveux ou qui garde l’autre dans la sienne.
Qui prend l’autre par la main au juste ? Le grand-père qui, autant que faire se peut, cherche à dire qu’il est encore là…ou la petite fille qui ainsi lui permet de maintenir leur lien, leur complicité par le biais du toucher… Peut-être un peu les deux. Pour comprendre qu’on peut partager beaucoup dans les silences, l’album fait la part belle aux illustrations d’Evanne Dufeil. Au temps qui passe et qui dilue les souvenirs, la poésie est dans les battements d’ailes de papillon, dont les caresses jouent avec le temps, avec le pelage d’un chat ou avec un ciel constellé d’étoiles. Puisque les souvenirs s’en sont allés, Franck Achard nous le dit : un grand-père papillon s’émerveille de tout ce qu’il redécouvre. Les mots questionnent sans répondre, constatent sans s’inquiéter. À voix haute ou en chuchotant, ce texte se savourera à toutes les voix !
Ma grand-mère![]() ![]() de María Elina (traduit de l’espagnol par Lise Capitan) Obriart 18 €, 200×260 mm, 44 pages, lieu d’impression non indiqué, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Grand-père papillon![]() ![]() Texte de Franck Achard, illustré par Evanne Dufeil Møtus 14 €, 205×290, 36 pages, imprimé en Europe, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Elle aime l’océan, les chats, le chocolat et lire depuis qu’elle a ouvert les yeux. Son confident est un certain lapin blanc. Des livres au petit déjeuner, au déjeuner, au goûter, au dîner : elle n’est jamais rassasiée !





1 thought on “Quand la mémoire s’effiloche chez nos grands-parents…”