Parfois dans les pages, tout est fait pour que le regard se perde, explore, s’interroge. Entre fascination et amusement, les choses ne sont pas ce qu’elles semblent être. Ou bien elles attendent d’être reconnues, découvertes, appréciées pour leur effet surprise ! Avec ces quatre albums, je vous propose aujourd’hui d’en prendre plein les yeux…
Il y a la rencontre merveilleusement inopinée entre elle et lui. Lui, c’est un animal sauvage. Pour elle, il y a l’avant et l’après rencontre. Et son après est auréolé de l’écho de la fascination. Dès lors, l’enfant le voit partout : sur les flacons de l’étagère, dans une collection de timbres, dans les œuvres du musée, sur les vitres du bus, dans les ombres chinoises du soleil couchant… L’imagination se projette et prolonge la magie de la rencontre partout où le regard de l’enfant se pose.
Nastasia Rugani sème, dissimule, croque, cache, crayonne, suggère tant de choses dans ces pages rosées. Le regard s’égare, s’attarde sur chaque page pour y retrouver l’ami en question. Comme c’est amusant de le découvrir dans les nuages, sur les broderies de la serviette de toilette ou dans les mains des copains ! La douce obsession nourrit le quotidien de manière légèrement envahissante. Je t’ai vu une fois est un petit format qui renferme un trésor de créativité, celle qui se veut intarissable, inspirante pour quiconque plonge dans ces pages. Si l’amitié ici se décline dans cette palette qui relie l’imaginaire au réel, elle est aussi l’occasion de rapprocher les enfants. « Ouvrez les yeux », semble nous murmurer l’album. Observez vos alentours, émerveillez-vous en tout temps, soyez disponible, laissez-vous surprendre !
Il était enfin prêt ce grand monsieur. Et si bien coiffé, quand… Catastrophe ! Un coup de vent et voilà sa perruque préférée envolée ! Va-t-il réussir à la retrouver ? C’est le début d’une recherche désespérée et désopilante !
Marie Mirgaine dépossède une tête de sa chevelure artificielle et convoque simultanément notre curiosité, notre amusement et notre compassion. Dans cette recherche semée d’embûches, plusieurs fois le grand gaillard a cru la retrouver, sa perruque adorée. Il faut bien avouer que ces fausses retrouvailles sont tellement drôles : tantôt une brassée d’algues lui habille le crâne, tantôt une vieille serpillère ou encore un chat bien décontenancé de se retrouver ainsi perché. Je ne révèlerai pas les méprises les plus odorantes… Quoique, si je vous parle de fromage dégoulinant, cela vous inspire quelle réaction ? Mais où est-elle ? a de quoi ravir les petit·es lecteur·rices et je les entends déjà rire aux éclats avec les plus grand·es !
Promenons-nous dans la savane, tant que le zèbre n’y est pas… Ah pardon, en fait, il y est. De même qu’un rhinocéros assoiffé. Il y a aussi un éléphant et une girafe qui passaient par là. Juste à côté, dissimulée dans les hautes herbes à l’abri des regards, une fillette ne perd pas une miette de ce défilé. Quand soudain, un petit chien arrive vers elle, manifestement pas impressionné par l’environnement. Une course s’engage. Mais quel est cet adversaire qui se fond dans le paysage ?
Les illustrations font la part belle au noir et au blanc. Les valeurs s’explorent dans des variations de gris, de reflets sous la lune. Tout à coup, l’ombre des jambes plissées d’un pachyderme laisse la place au décor d’un quartier plus urbain. On se demande qui joue avec qui : les enfants qui réinventent leur partie de cache-cache ou l’auteur qui déroute si habilement ses lecteur·rices ? Jean-Claude Alphen signe là un très bel album sans texte. Tout y est contraste : de l’attente à la fuite, de la prudence à l’audace, de la nuit au plein jour… Le regard s’attarde, explore encore. L’histoire s’invente et se réinventera à chaque ouverture du livre. Génial, n’est-ce pas ?
Je crois qu’il n’y a pas plus universel pour les enfants que d’être fasciné·e par les cailloux. En ramasser un ou plusieurs, les garder au fond d’une poche ou bien au chaud dans le creux de la main. Apprécier leurs contours polis, leur rugosité, leurs nuances colorés… Tchao caillou, c’est l’histoire d’un dialogue entre un enfant et un caillou. Élémentaire !
Si vous pensiez que les cailloux ne parlent pas, il va falloir réviser votre copie. Celui-ci est, certes, relativement laconique au début de l’échange. Mais comme l’enfant a beaucoup de questions à poser, et tout autant de choses à raconter, petit à petit le caillou se prête au jeu. Les réponses s’étoffent, deviennent propices à nourrir l’échange. La condition des cailloux est abordée, de même que leur âge, leurs perspectives d’avenir et, très important, ce qu’ils ne sont pas (à savoir des œufs). Quel régal que cette improbable conversation entre ce vénérable témoin du temps et le jeune enfant ! Les illustrations qui accompagnent cette discussion mi-géologique, mi-philosophique foisonnent de détails espièglement colorés. Ici, point de cœur de pierre ! Ce très joli album, en piquant d’abord ma curiosité, se révèle un coup de cœur ! Car toute terre à terre que soit la pierre, j’aime refermer l’ouvrage en me demandant de quelle montagne ou planète elle provient…
Je t’ai vu une fois![]() ![]() de Nastasia Rugani L’école des loisirs 11 €, 130×190 mm, 48 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mais où est-elle ?![]() ![]() de Marie Mirgaine Les fourmis rouges 15,90€, 200×230 mm, 36 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Cachée![]() ![]() de Jean-Claude Alphen D’eux 18 €, 210×260 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Tchao caillou !![]() ![]() Texte de Giuseppe Caliceti (traduit de l’italien par Laetitia Cordonnier), illustré par Noemi Vola CotCotCot 19,90 €, 260×210 mm, 44 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Elle aime l’océan, les chats, le chocolat et lire depuis qu’elle a ouvert les yeux. Son confident est un certain lapin blanc. Des livres au petit déjeuner, au déjeuner, au goûter, au dîner : elle n’est jamais rassasiée !





