Aujourd’hui, je vous propose deux odes à la nature, deux parenthèses enchantées. Dans la première, des animaux sauvages réinvestissent un lieu déserté par les humain·es tandis que dans la seconde, un écureuil téméraire et hardi s’emploie à faire renaître la forêt.
C’est un espace en marge de la ville, un parc de jeux bruyant et animé l’été, qui, l’hiver, est abandonné des promeneur·ses. Ce territoire artificiel, les animaux se le réapproprient durant la saison morte : d’abord une renarde qui vient creuser son terrier dans le bac à sable, puis des canetons qui s’amusent dans la piscine municipale. Les beaux jours revenant, tout ce petit monde s’éclipse… Tous, sauf une : une ourse brune est bien décidée à rester.
Nina Neuray nous offre, pour son premier album, une réflexion puissante et lumineuse sur le vivant et la cohabitation possible entre les espèces — animales, humaines comme végétales. À la lisière nous raconte donc l’histoire non pas de personnages mais d’un espace : celui d’un terrain de jeux. Celui-ci se transforme de saison en saison, au gré de ses occupations successives : là où les enfants humain·es y voient un lieu dédié aux jeux, pour les animaux sauvages il s’agit d’un refuge hivernal. Tout pourrait bien se passer, mais c’est sans compter la présence des humain·es, dominant·es et conquérant·es, qui mènent une véritable guerre de territoires en chassant les animaux au printemps (Nina Neuray fait du personnel du parc de véritables soldat·es, armé·es de fourches et de brouettes). Le parc est même séparé de la ville par un pont et progressivement par un mur. À la frontière de la bande dessinée et de l’album, l’ouvrage ébloui par ses illustrations, colorées et riches en détails. Au contact des animaux, le parc se métamorphose, l’autrice-illustratrice créant un univers à la frontière du rêve et de la réalité.
Au cœur d’une forêt très ancienne il existe un endroit où, paraît-il, il n’existe aucun arbre. Cette étrange rumeur intrigue une jeune écureuille. Lors de sa première cueillette de glands, elle décide d’aller l’enterrer dans cette clairière magique. Mais l’année d’après, elle ne le retrouve pas. Elle décide de réitérer l’opération… En vain. Désespérée, elle se rend à nouveau dans cet étrange lieu où disparaît son trésor et s’interroge… Et si les glands étaient en train de devenir des arbres ?
L’écureuil et le trésor perdu est un hymne au vivant et au renouveau de la nature. On suit les tribulations d’une jeune écureuille saison après saison qui prend conscience de son rôle essentiel dans la préservation de la forêt et dans sa renaissance. Si l’histoire est portée par un texte bref et concis, ce sont surtout les illustrations qui captivent : très épurées et s’inspirant de la broderie de par la répétition de motifs. La gamme chromatique est modifiée en fonction des saisons, permettant aux enfants de se repérer dans cette forêt foisonnante et dense. On prend un grand plaisir à admirer les plans larges représentant les différentes essences des arbres comme à se perdre au milieu des feuilles et des branchages. La forêt devient une œuvre d’art, un endroit superbe à préserver, mais qu’il est aussi nécessaire de faire vivre et revivre, semble nous dire Coralie Bickford-Smith.
À la lisière![]() ![]() de Nina Neuray La Partie 18 €, 205×297 mm, 40 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
L’écureuil et le trésor perdu![]() ![]() de Coralie Bickford-Smith (traduit de l’anglais par Marie Ollier) Gallimard Jeunesse 15,90 €, 217×276 mm, 64 pages, imprimé en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




