Aujourd’hui je vous propose une immersion dans le monde sauvage… Le·la « sauvage » c’est l’autre, celui·celle qu’on rejette au ban de la société. Pas assez civilisé·e, pas assez humanisé·e. Et pourtant les « sauvages » ont tant à nous apprendre.
Les sociétés humaines se sont toujours construites sur un antagonisme : nous/elleux. Depuis le Moyen-Âge en Europe, une figure est apparue : celle du/de la « sauvage ». Qu’iel vive dans les bois et prenne la forme de créature terrifiante ou bien sur des territoires nouvellement colonisés, le·la « sauvage » est une invention humaine et occidentale permettant de proposer des contre-modèles à une société dite « civilisée ». Mais aujourd’hui, le terme de « sauvage » a évolué et avec lui la conception du vivant et de la nature.
C’est un album magnifique et intelligent que nous proposent Alexandre Galand et Delphine Jacquot avec ce Sauvage ? Ce documentaire est une invitation à la réflexion autour du mot « sauvage ». Terme polymorphe, il désigne aussi bien « l’autre » qu’une nature riche et luxuriante, difficile à dompter. Dans tous les cas, pendant longtemps, il a eu une connotation négative. L’ouvrage se décompose en quatre parties : Les sauvages de légendes et Des « sauvages » pour l’Occident (ou comment l’Occident a construit une figure de sauvage à travers les siècles), La nature sauvage et Les sauvages masqués. C’est très bien construit, truffé d’informations, de détails, à la lisière de l’anthropologie et de l’art (mais toujours très accessible).
Alexandre Galand s’est appuyé sur une littérature précise et rigoureuse pour écrire ses textes. Ainsi, on découvre des « sauvages » légendaires : des dieux et déesses, des héros bibliques, des créatures à la frontière de l’humanité, mais également des populations colonisées soumises au regard du « Blanc colonisateur ». Subtilement, s’esquisse une histoire décentrée, déseuropéanisée. Une histoire par le bas qui met en lumière des populations méprisées, honnies, mises en lumière et en couleur par la formidable Delphine Jacquot. Au fond, c’est un ouvrage qui nous questionne sur notre rapport à l’autre : qu’iel soit humain·e, animal ou végétal.
Au cœur de la forêt vit celle que les villageoi·es surnomment a Poupée du Loup. Nul·le ne connaît son véritable nom. La rumeur murmure que c’est une sorcière qui mange les enfants. Lorsqu’elle arrive en ville, tout le monde s’écarte. Pourtant ,celle qui passe son temps à jardiner et à faire de la sculpture n’a qu’un désir : être acceptée par les autres. Elle décide alors de leur offrir quelque chose, gage de sa bonne foi : l’éternité.
Avec l’histoire de cette Poupée du Loup Mathilde Poncet nous plonge dans un univers solaire et coloré. Au milieu des bois, donc, vit une drôle de personne, une femme à l’identité mystérieuse qui semble faire corps avec les éléments. Celle-ci vit entourée d’animaux sauvages, porte un chapeau extraordinaire où la faune et la flore s’entremêlent, et aime s’adonner à l’astronomie et à la botanique. Parce qu’elle est différente, marginale, les gens du village en concluent que c’est une « sorcière ». L’éternité est un album sur le poids de la rumeur et ses conséquences, sur la stigmatisation d’autrui du fait de sa différence et sur l’importance des schémas qui existent dans nos sociétés. Si elle tente de se faire accepter en leur proposant l’éternité (la recette est à découvrir dans l’album…), c’est grâce aux enfants surtout qu’elle va pouvoir être
réhabilitée. Elleux sont encore dénué·es de mauvais sentiments, « déconstruits » socialement. C’est tout ce monde que nous dépeint Mathilde Poncet. Un monde où la nature luxuriante et riche est un refuge, chaque page est une invitation à la rêverie tant l’univers de cette Poupée du Loup oscille entre le réel et l’imaginaire. Les illustrations aux crayons de couleur sont vives et multicolores, truffées de détails (ainsi la forêt apparaît comme un espace habité, diversifié), et nous donnent envie de partir à la recherche de cette mystérieuse sorcière (ou bien d’en être une !).
Sauvages ? ![]() ![]() Texte d’Alexandre Galand, illustré par Delphine Jacquot Seuil Jeunesse 20,90 €, 272×387 mm, 63 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
L’éternité![]() ![]() de Mathilde Poncet L’étagère du bas 15 €, 221×282 mm, 40 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




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