Aujourd’hui je vous parle de deux livres qui traitent de l’amour et de la nécessité de le partager. Dans Papi Gaga, un grand-père se rappelle de son enfance passée et la partage avec son petit fils : ensemble, ils vont alors créer de nouveaux souvenirs. Amour s’adresse aux enfants du monde entier et rappelle l’importance et la force de ce sentiment.
Le petit Jérônimo vit dans une maison en ville, auprès de ses parents et de Claudia, l’employée de maison. Quelle joie pour lui lorsque son grand-père adoré, qu’il surnomme affectueusement Papi Ga, les rejoint pour habiter avec eux. Avec lui tout est farfelu et rigolo, il est toujours prêt à s’amuser, à se lancer dans des combats endiablés de canne contre épée !
Seulement, ses parents et Claudia semblent vite s’agacer lorsque son papi évoque de vieux souvenirs (particulièrement celui de Boa Esperança). Les adultes disent de lui qu’il est devenu gâteux, « gaga », et c’est pour cela que le petit garçon décide de l’appeler Papi Gaga… Après tout, on le surnomme bien Jéjé !
Lors d’un week-end, les parents prennent la poudre d’escampette pour se rendre à un mariage, bientôt suivi par Claudia qui ne résiste pas à une soirée entre ami·es. Voilà que grand-père et petit-fils se retrouvent en tête-à-tête, livrés à eux-mêmes…
Et si c’était l’occasion pour justement retourner à Boa Esperança ? De s’adonner à la fabrication et à la course de boites à savon, de se lancer dans des parties endiablées de billes ou encore d’assister au spectacle magique d’un cirque ambulant ? Tout comme dans les souvenirs de papi Gaga ?
Papi Gaga est roman court, au goût de nostalgie, et où l’on lit toute la tendresse et tout l’amour intergénérationnel pouvant exister entre un grand-père et son petit-fils. L’innocence et l’insouciance forment un pont entre plusieurs décennies, créant un lien très fort entre Jéjé et Gaga, deux personnages au cœur d’enfant, prêts à se glisser hors du monde ennuyeux des adultes pour s’amuser et pour rêver.
Le petit garçon étant le narrateur, il porte un regard candide, où tout est magique et propice au jeu et à la découverte. Mais il remarque aussi le comportement infantilisant de ses parents et de Claudia face aux radotages de son papi, s’étonnant qu’ils soient plus enclins à aller à des fêtes ennuyeuses plutôt que de rester à profiter de ses histoires incroyables.
Les illustrations vintages et empruntées au style des années 50, nous ramènent tout droit à l’époque de la jeunesse de Papi Ga, lorsque lui-même a appris tous ces jeux qu’il transmet à son tour. On peut même dire qu’elles apportent au texte un côté intemporel, qui traverse les époques et permet à toutes les générations de se retrouver dans ce récit plein de complicité et de tendresse.
Un roman attendrissant sur un grand-père et son petit-fils qui partent en vadrouille et vivent une aventure pleine de nostalgie.
Un nouveau-né entend la douce mélopée de l’amour contenu dans la voix de ses parents. Cette mélodie semble être présente partout, dans les sons mais aussi les odeurs et les couleurs, dans les jeux et la nature, dans les rides d’un grand-père et le goût d’une tranche de pain trop grillée. Mais parfois, tout cet amour est oublié et balayé, quand des malheurs surviennent, que des disputes éclatent ou que des êtres aimés disparaissent.
Pourtant, même s’il ne permet pas toujours d’éviter ces chagrins, il permet toutefois de les surmonter. Car l’amour que nos proches nous portent, celui caché dans un geste envers un·e inconnu·e, celui qui brille dans les étoiles et passe entre les gouttes de pluie, nous laisse une marque qui nous permet d’avancer. Il devient une force que l’on transmet alors à notre tour, qui rayonne.
La poésie du texte de Matt de la Peña est aussi vibrante que poignante, car elle ne se contente pas de déployer un message sans aspérité autour de ce sentiment entier. En effet, il évoque avec franchise les blessures que son absence ou son départ peuvent causer, ce que l’apparition de la haine peut provoquer mais aussi l’implacabilité d’événements accidentels ou inéluctables, que tout l’amour du monde ne peut éviter. Il évoque aussi l’importance de s’aimer soi-même afin de mieux aimer les autres, quelle que soit leur condition physique, leur couleur de peau ou bien leur religion.
Amour est universel également grâce à ses illustrations, aux couleurs vives et éclatantes, où chaque page met en scène un enfant différent au cœur de paysages urbains. Les personnages que l’on y croise sont issus de milieux socio-économiques et culturels différents. Certains vivent dans une caravane et d’autres dans une maison, jouent avec des arrosages publics ou rangent leurs jouets dans des coffres pleins à craquer.
Il y a beaucoup de franchise dans ce livre, beaucoup de douceur et un peu de mélancolie : Amour est un album poignant et honnête, dont les mots résonnent comme les battements d’un cœur et dont les couleurs vibrent comme celles d’un coucher de soleil.
Papi Gaga Texte de Marcia Abreu (traduit du portugais par Dominique Nédellec), illustré par LalalimolaLa joie de lire dans la collection Hibouk 9,90 €, 130 x 150 mm, 112 pages, imprimé en Pologne, 2020. |
Amour Texte de Matt de la Pena (traduit de l’anglais par Paule Brière), illustré par Loren LongD’eux 16 €, 248 x 287 mm, 36 pages, imprimées Chine, 2020. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.


Texte de Marcia Abreu (traduit du portugais par Dominique Nédellec), illustré par Lalalimola
Texte de Matt de la Pena (traduit de l’anglais par Paule Brière), illustré par Loren Long