Aujourd’hui, il sera question de se souvenir de son histoire et d’un grand-père disparu.
Il se souvient. Il se souvient d’un pays, celui qui a accueilli ses grands-parents. Il se souvient de la ville où iels se sont installé·es, cette ville où iels n’avaient plus peur. Il se souvient que c’est là que son père est né, qu’il est né français juste parce qu’il était né en France. Il se souvient que son grand-père est parti à la guerre, défendre ce pays qui était maintenant le sien. Il se souvient du policier qui a averti sa grand-mère d’une grande rafle, il se souvient que c’est grâce à cet homme que sa famille a échappé aux trains. Il se souvient de la famille de paysan·nes qui a caché son père et son frère. Il se souvient des gens, de ceux qui ont permis qu’il soit là aujourd’hui.
Je me souviens est un album extrêmement fort. Gilles Rapaport y raconte ce qui semble être sa propre histoire. Il rend hommage aux femmes et aux hommes qui ont aidé sa famille, à celles et ceux qui continuent de le faire. Avec des phrases simples, mais percutantes, il raconte la fraternité, dit l’importance de l’accueil, de l’égalité. Le texte n’est jamais pesant, Gilles Rapaport préfère se souvenir de celles et ceux qui ont eu des actions positives (celles et ceux qui n’ont pas dénoncé, l’enseignant qui a été si important pour son père, les voisin·es qui prévenaient quand son grand-père devenu sénile s’égarait…). Mise à part une image plus rude que les autres, on voit surtout des sourires. Comme toujours, les illustrations de Gilles Rapaport sont magnifiques. Sur la dernière image, l’enfant souriant est entouré de pièces de puzzle où l’on aperçoit des gens qui ont permis qu’il soit là. Un superbe album qui marque.
Alors que son grand-père vient de mourir, Holly fait un rêve. Elle revoit le vieil homme qui vient la chercher pour la mener au cœur de la nuit d’hiver contempler les étoiles. Holly sort avec son manteau par-dessus son pyjama. Comme avant, il a pris son saxophone. Il a décidé de lui apprendre un petit rituel pour repousser le chagrin, lui explique qu’il doit partir et qu’elle ne peut pas le suivre là où il va, qu’encore bien aventures l’attendent. Le lendemain, en observant le cercueil où se trouve son grand-père, Holly se sent un peu moins triste.
Ce qui m’a tout de suite séduit dans Holly et le souffle d’espoir, ce sont les superbes planches de Tristan Gion. La façon dont il représente la mort, la lumière des scènes de nuit, l’ambiance générale… C’est une nouvelle fois un très beau travail accompli ici par l’illustrateur. Bien que j’aie trouvé le texte un peu trop long, l’histoire pleine d’espoir sur la mort et surtout sur la vie qui continue m’a touché. Une très jolie version audio est proposée en ligne ; seul bémol, ce n’est pas le texte du livre (le titre en ligne est d’ailleurs différent, il s’agit sans doute d’une version de travail). Holly et le souffle d’espoir est un très joli album sur la mort, thème ultra traité en littérature jeunesse, mais ici d’une façon très poétique.
Je me souviens![]() ![]() de Gilles Rapaport Gallimard Jeunesse 13,50 €, 204×276 mm, 36 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur éco-responsable, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Holly et le souffle d’espoir![]() ![]() Texte d’Anne Bouchard, illustré par Tristan Gion Petit Kiwi 14 €, 207×237 mm, 44 pages, imprimé en Union Européenne, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !



