Aujourd’hui, je vous parle de deux livres sur le lien sororal, qu’il soit nimbé de tendresse et de découverte comme dans Le jour où je suis devenue grande sœur, ou bien d’épreuves et de courage à la manière du roman Sœurs de guerre.
Leonor a cinq ans et demi et va devenir grande sœur. Elle a choisi elle-même le prénom de son petit frère et attend son arrivée à la fois avec impatience et curiosité. Il s’appellera Max, puisqu’il sera évidemment le roi des monstres.
Elle se déguise en super héroïne pour l’impressionner, lui confectionne des sablés en pâte à modeler de toutes les couleurs et découpe plein de confettis pour l’accueillir comme il se doit. En préparant cette fête improvisée, elle s’imagine ce qui pourrait le divertir et lui faire plaisir, car elle prend ce nouveau rôle très au sérieux.
Le moment tant attendu arrive, Leonor entend les bruits de pas de ses parents qui s’approchent dans le couloir, la porte d’entrée qui s’ouvre… Max est là ! Comment va se dérouler leur rencontre ?
Tendre aussi bien au niveau du texte que des illustrations toutes douces et ouatées, Le jour où je suis devenue grande sœur est une lecture sur l’arrivée d’un nouveau-né et sur le passage du statut d’enfant unique à celui de fratrie. Ce petit album cartonné un peu doudou peut rassurer les enfants sur ce chamboulement qui parfois fait peur.
En se mettant à la place de la petite fille, notamment en utilisant la première personne et un vocabulaire simple, Martina Aranda imagine des situations mignonnes et amusantes. En effet, Leonor est soucieuse du moindre détail lorsqu’elle se prépare pour accueillir son petit frère puis lorsqu’elle s’occupe de lui, mais à la manière d’une fillette de cinq ans (et demi !). Priorité donc au vernis sur les orteils, aux cotillons coloriés au feutre… Et ensuite à la curiosité et à l’immense tendresse qu’elle ressent lorsqu’elle observe son cadet : il gigote comme s’il était lui aussi un super héros et sent bon le lait de toilette.
Un livre tout doux et réconfortant autour de l’arrivée d’un bébé, du point de vue d’une petite fille débordant d’impatience et d’inventivité.
Moscou, 1946 : Ziba se replonge dans des souvenirs encore cuisants et douloureux, vieux d’à peine quelques années : La perte de la quasi-totalité de sa famille, massacrée par des soldats allemands… Comment elle a décidé dans la même journée d’abandonner le projet d’auditionner comme chanteuse pour s’engager dans l’armée rouge et venger les siens… Les longs mois au camp d’entrainement et la formation de tireuse d’élite où elle rencontre Anouchka, surnommée Anya et qui va devenir son binôme.
Les deux jeunes filles sont opposées en tout : leurs classes sociales, leurs origines, leurs caractères et jusqu’à la raison les ayant poussées à rejoindre l’armée. Si Ziba est une Tzigane attachée plus que tout à sa liberté et à son indépendance, habituée à la vie nomade et à peu de moyens, Anya est issue d’une famille bourgeoise russe et prend les armes pour retrouver son amour malgré les protestations de ses parents, mais aussi par noblesse patriotique et foi communiste.
Cependant, malgré leurs différences et leur mésentente froide des débuts, le front, l’horreur de la guerre, mais surtout le machisme notoire de la plupart des soldats vont les rapprocher jusqu’à les rendre inséparables. Leur dissemblance va devenir une complémentarité, en parallèle à l’esprit de sororité qui va se créer dans le groupe de combattantes soviétiques. Car pour ces jeunes filles, pour la plupart des adolescentes âgées à peine de 18 ans, le danger est partout et il leur faudra veiller les unes sur les autres pour survivre.
Sœurs de guerre est un roman rendant hommage aux jeunes femmes mobilisées, dont on parle très peu voire pas du tout. Malgré le courage et le patriotisme dont elles ont fait preuve, leur talent en tant qu’artilleuses ou les médailles dont elles ont été décorées (bien maigre récompense), elles ont été brimées et raillées par la suite. Outre les preuves qu’elles ont dû faire pendant les entrainements et au front, considérées comme incapables et inégales aux hommes, elles ont essuyé la réputation de prostituées et de divertissements pour les soldats à la libération.
En plus de la désolation et des mort·es qui s’amoncellent jour après jour, elles doivent supporter une humiliation constante que la paix n’absoudra pas.
L’autrice dresse un portrait pudique de ces combattantes déchues à travers Ziba et Anya, ces deux héroïnes qui s’apprivoisent et s’épaulent, faisant front chacune à leur manière face aux épreuves et aux manipulations. La résolution implacable de la première et la conscience politique naïve de la seconde proposent deux idéaux, deux points de vue face à un combat commun. Catherine Cuenca ne s’attarde pas sur l’horreur des champs de bataille, mais développe ces personnages, ces artilleuses oubliées au profit de la gloire des hommes.
Un roman puissant sur le sort des femmes soviétiques pendant la guerre, l’injuste absence de reconnaissance, mais surtout sur l’esprit de sororité.
Voici un extrait pour découvrir ce livre : https://bit.ly/soeurs_de_guerre_extrait
Le jour où je suis devenue grande sœur![]() de Martina ArandaL’école des loisirs, dans la collection Pastel 11,50 €, 158×217 mm, 48 pages, imprimé en Belgique, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Sœurs de guerre![]() de Catherine Cuenca Talents hauts dans la collection Les héroïques 16 €, 151×211 mm, 288 pages, imprimé République tchèque, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.


de Martina Aranda