Aujourd’hui il sera question d’un mouton rejeté par les cochons, du statut des artistes et de la surconsommation qu’engendre certain·e·s héro·ïne·s pour enfants. Trois albums qui traitent de sujets intéressants, donc, et qui le font avec finesse.
C’est un agneau qui raconte, son père est un mouton et vit au pays des cochons. Pas toujours évident d’être différent des autres… On est regardé de travers, la boulangère prend des grands airs pour vous servir et le voisin vous regarde d’un air méchant. Mais un jour, il se peut bien que certains regards changent sur ce mouton qui vit au pays des cochons…
Alice Brière-Haquet sait traiter les sujets avec finesse, intelligence. Ici, elle parle donc du racisme en nous racontant l’histoire de ce mouton qui est le seul de son espèce dans ce pays, alors forcément les regards sont braqués sur lui ! Mais si l’on se méfie souvent de ce que l’on ne
connait pas, il suffira à notre héros qu’il fasse mieux connaissance avec l’un de ses concitoyens pour que celui-ci le voie d’un autre œil. Niveau illustration, Pénélope Paicheler ajoute beaucoup d’humour à cette histoire qui traite d’un sujet pourtant lourd.
Un très bon album pour parler du racisme qui naît toujours de la méconnaissance de l’autre.
Ulysse est un grand danseur… mais danser ça ne nourrit pas… Ulysse est aussi photographe, mais difficile de faire bouillir la marmite avec ça… Ulysse chante également, mais chanter ça ne rend pas riche… Ulysse a bien des talents, et même en cumulant toutes ses activités il ne peut se payer guère plus que des pommes de terre.
C’est du statut des artistes dont nous parle Hélène Rice dans Ulysse le chien qui mangeait des patates. Ulysse a beau être extrêmement doué dans bien des domaines, et cumuler de nombreuses disciplines, les fins de mois sont difficiles. Mais même si Ulysse ne mange que des patates, il est heureux, n’est-ce pas ça l’essentiel ? Car oui ici ce qui compte ce n’est pas d’être riche, c’est le bonheur… et ça, ça ne s’achète pas !
Un album vraiment réussi pour rappeler que le bonheur est plus important que l’argent et redire au passage que les artistes ne sont pas forcément des gens qui gagnent beaucoup d’argent.
Barbaraba est une autrice-illustratrice chanceuse, elle réussit à décrocher un énorme succès avec ses albums pour enfants mettant en scène un hippopotame appelé Grotoni. Tout le monde aime Grotoni si bien que bientôt voilà l’adaptation en dessin animé, puis les produits dérivés… et c’est là que les choses se gâtent…
Avec Grotoni à tout prix Benoît Preteseille a su parler avec beaucoup de justesse des produits dérivés qui polluent souvent les chambres, les garde-robes et les cartables des enfants. Ce n’est pas un album donneur de leçon, mais juste une histoire qui amène à réfléchir. Grotoni sera bientôt chassé par un autre héros… mais peut-être redeviendra-t-il ce qu’il était au départ, un bon livre ? On parle aussi du fait que les produits dérivés sont souvent moches
et fabriqués par des ouvrier·ère·s exploité·e·s (même si là encore, c’est fait sans gros sabots). C’est finalement un sujet peu abordé en littérature jeunesse, et pourtant essentiel !
Un très bon album sur la société de consommation qui peut également servir de base de réflexion en famille ou en classe.
Un mouton au pays des cochons![]() ![]() Texte d’Alice Brière-Haquet, illustré par Pénélope Paicheler Éditions Amaterra 13,90 €, 226×284 mm, 28 pages, imprimé en CE, 2018. |
Ulysse le chien qui mangeait des patates![]() ![]() Texte d’Hélène Rice, illustré Barbara Rothen Les P’tits Bérets 13,50 €, 225×160 mm, 40 pages, lieu d’impression non indiqué, 2018. |
Grotoni à tout prix![]() ![]() de Benoît Preteseille La ville brûle 14 €, 110×260 mm, 40 pages, lieu d’impression non indiqué, 2018. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


