Partons pour deux très belles lectures, deux livres esthétiques et délicats, tant dans leur illustration que dans leur propos.
Direction la Corée, tout d’abord, avec un roman graphique signé Mi-Jin Jung et Ja-Seon Gu paru chez Sarbacane.
Un paysage de neige, une maison perdue au milieu des arbres. Est-ce une auberge ? À l’intérieur, un homme seul. Il range. Un chat entre alors, et la conversation s’engage. Puis c’est un chien qui arrive, un hamster, puis un oiseau. La maison apparaît alors comme un refuge, une étape pour ces étonnants pensionnaires. D’une oreille bienveillante, l’homme les écoute raconter leur vie, puis les aide à préparer la suite de leur voyage. Où vont-ils ? Lorsque tous sont prêts (quelques affaires dans un sac, de la nourriture, une empreinte de patte posée sur une feuille de papier, comme une dernière trace), le départ peut avoir lieu, ensemble et dans la bonne humeur, pas après pas dans la neige.
La délicatesse des dessins de Ja-Seon Gu accentue la douceur qui se dégage de ce voyage, dont on devine le but à mesure que les animaux avancent sur le chemin en compagnie de leur guide humain. Car il s’agit bien d’un guide, d’un passeur, qui accompagne les animaux vers pour un voyage. Le dernier ?
Un livre poétique et doux, d’une grande force d’évocation sur la vie, l’attente, la disparition, dont la portée universelle touche à tout âge.
« Fleuve, qui es-tu ?
Grand-mère, Qu’est-ce qu’un fleuve ? Un fleuve, c’est un fil, dit Grand-mère. »
C’est le début de l’album, et le début d’un voyage. Assise au bord du fleuve, tout en brodant, la grand-mère raconte ce qu’est un fleuve à sa petite fille qui tresse une couronne de fleurs. Chaque double-page de ce documentaire singulier commence par une phrase à la fois factuelle et poétique :
« Un fleuve, c’est un voyage.
Un fleuve, c’est une maison.
Un fleuve, c’est une source de vie.
Un fleuve, c’est un nom.
Un fleuve, c’est une mémoire.
Un fleuve, c’est une profondeur. » […]
Dans cet album, les enfants pourront apprendre que les bords des fleuves sont les endroits les plus densément peuplés au monde ; que leurs écosystèmes sont parmi les plus diversifiés sur Terre ; que leurs profondeurs recèlent de traces de notre passé ; que l’électricité mondiale utilise pour une part l’énergie hydroélectrique issue des fleuves, mais que les barrages ont aussi de graves conséquences sur les populations et sur l’environnement ; que les noms des fleuves, si l’on a parfois oublié leurs origines, ont presque toujours quelque chose à nous raconter ; que les croyances ancestrales des Grecs voulaient que la Terre soit ceinte d’un immense fleuve source de toute l’eau sur Terre…
Une mine d’informations distillées dans de superbes doubles-pages aux illustrations aussi douces que précises sur ces fleuves si précieux pour notre planète.
Qu’est-ce qu’un fleuve ? est un superbe album multiple : c’est une histoire à raconter, un documentaire d’un nouveau genre, qui fait appel aux émotions et aux sensations, et l’ensemble est une très belle réussite.
Avant de partir![]() ![]() Texte de Mi-Jin Jung (traduit du coréen, traducteur·trice non crédité·e) illustré par Ja-Seon Gu Sarbacane 15 €, 270×200 mm, 59 pages, imprimé en France, 2019. |
Qu’est-ce qu’un fleuve ?![]() ![]() de Monika Vaicenavičienė (traduit du suédois par Catherine Renaud) Cambourakis 16 €, 290×290 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2019. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.


