Aujourd’hui, on découvre deux beaux albums bien différents. Le premier nous fait rencontrer une petite fille au cœur gros, et le second nous embarque dans l’univers des contes d’une manière un peu particulière…
La petite Chloé a un problème de taille : elle a perdu sa langue. Incapable de prononcer le moindre mot, elle décide d’aller chercher de l’aide au magasin de son quartier, dans l’espoir de trouver une langue à acheter. Mais l’épicier ne peut rien pour elle, et lui conseille d’aller trouver le vieux matou du coin : peut-être a-t-elle donné sa langue au chat ? Le chat, lui pense qu’elle a un cheveu sur la langue, et l’envoie voir le coiffeur, qui la renvoie vers le docteur… De rencontre en rencontre, la colère et le désarroi de Chloé montent peu à peu, d’autant que chez elle, assise sur le canapé, sa mère continue de pleurer le départ de son père… Et si c’était dans les bras de cette dernière que se trouvait la solution à son problème ?
Écrit avec des enfants d’un quartier de Valenciennes dans le cadre d’une résidence d’auteur, La petite fille qui a perdu sa langue évoque des thèmes difficiles avec beaucoup de douceur. Conflits familiaux, absence d’un parent et incapacité à s’exprimer s’entremêlent dans cette belle histoire aux allures de conte moderne. Le décor très urbain (on y retrouve un magasin Spar, de nombreux noms de rue, de grands immeubles…) est brillamment mis en images par les illustrations de Bruno Liance, en noir et blanc et ponctuées çà et là de touches de couleurs qui donnent un côté très onirique à l’ensemble. Ces dernières mettent parfaitement en valeur la richesse du texte, et permettent d’en percevoir toutes les subtilités : de petits éléments de décor, les regards des personnages… Il y a dans ce livre autant de beauté dans les mots qu’entre les lignes, et bien qu’il puisse être un peu déroutant au premier abord, à l’image de sa petite héroïne muette, il mérite vraiment que l’on s’y attarde pour en découvrir tous les trésors.
Un album juste et sensible, à lire et relire pour en apprécier toute la saveur.
C’est une histoire qui commence comme beaucoup d’autres : « Il était une fois un loup, grand et méchant. » À l’image, un loup au regard mauvais s’approche d’un petit chaperon… Mais soudain, une voix mécontente vient s’immiscer dans le livre : « Ah, non, pas un loup, les pauvres petits lecteurs pourraient faire des cauchemars ! Pourquoi pas un joli petit chien à la place ? ». Et l’histoire recommence, un peu modifiée : « Il était une fois un gentil petit caniche qui avait attrapé un pigeon… » Mais les pigeons, c’est plein de microbes ! Il ne pourrait pas plutôt manger des bonbons ? Ou même un navet, tant qu’à faire, c’est quand même bien meilleur pour la santé ! Et l’histoire de recommencer, encore et encore, jusqu’à ce que les personnages un poil énervés décident de reprendre les choses en main…
Quand Muriel Zürcher et Ronan Badel déconstruisent les contes traditionnels, le résultat est vraiment hilarant ! Faussement interactif, le livre se transforme peu à peu sous nos yeux en une histoire complètement délirante. La voix qui intervient tout au long du livre ressemble à bien des égards aux réflexions que l’on peut entendre ou que l’on se fait à la lecture d’albums : un loup, mais ce n’est pas un peu trop effrayant ? Et les histoires de pipi-caca-prout, ce n’est pas un peu vu et revu ? L’ensemble est ultra-rythmé, sans cesse surprenant, et brillamment illustré par Ronan Badel, dont les crayonnés aux airs de bande dessinée accompagnent parfaitement l’histoire. On regrette juste le tout petit format du livre qui le rend un peu difficile à partager, car un album aussi drôle donne carrément envie de le faire connaître à tout le monde !
Un petit album vraiment malin et drôle du début à la fin !
La petite fille qui a perdu sa langue![]() ![]() Texte de Dominique Sampiero, illustré par Bruno Liance Gallimard Jeunesse dans la collection Giboulées 12,90 €, 200×260 mm, 28 pages, imprimé en Roumanie, 2016. |
Il était trop de fois![]() ![]() Texte de Muriel Zürcher, illustré par Ronan Badel Éditions Thierry Magnier 10,90 €, 106x260mm, 32 pages, imprimé en Italie, 2016. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.


