Si vous suivez La mare aux mots, vous connaissez ma passion pour les livres qui viennent de Scandinavie (et pour la Scandinavie tout court d’ailleurs, mais ça c’est un autre sujet !). Voici une nouvelle sélection de titres publiés ces derniers temps avec, en bonus, un DVD.
Il fait beau ce matin, Moomin, Petite Mu et Sniff ont rendez-vous avec Papa Moomin. Ce dernier leur a préparé une surprise : il a construit un bateau qu’il a baptisé l’Orchestre des mers. Maman Moomin est déjà sur place, elle les attendait pour embarquer. C’est maintenant l’heure du départ ! Sauf qu’il n’y a pas assez d’eau dans la rivière, il faut trouver une solution pour faire monter le niveau… Papa Moomin a une idée : il suffit qu’Édouard le Dronte se baigne dans la rivière ! Mais celui-ci n’aura pas envie de poser ses fesses sur un sol avec des cailloux pointus… sauf si on lui ment un petit peu…
Les éditions Cambourakis continuent de publier les albums des Moomins (qu’on aime tant). Les histoires racontées dans les albums qu’elles publient ces derniers temps ont été écrites par Tove Jansson, mais n’avaient pas été illustrées à l’époque. Filippa Windlund les met en images en reprenant le style de la célèbre autrice-illustratrice finlandaise. Je dois dire que c’est un grand bonheur que de découvrir ces nouvelles histoires. Ici, on va donc suivre une aventure des Moomins dans un bateau où, comme toujours, il va leur arriver des tas d’aventures. On sourit de la façon dont est traitée la Tante Hémule ou de l’ironie de Petite Mu, on se demande comment cette histoire va bien pouvoir finir et l’on admire les magnifiques planches. C’est une grande aventure, un texte assez long qui séduira parents comme enfants. Le genre d’album parfait pour des lectures en famille.
Un enfant attend, il s’ennuie. On lui a dit que quand la grande aiguille serait tout en haut il pourrait aller à l’anniversaire de son ami Fred. En attendant, il attend… et s’ennuie. Il pense au cadeau qu’il apportera, un petit château rouge. Il a le même, mais le sien est vert. C’est moche le vert, pourquoi son copain aurait le rouge et lui garderait le vert ? Rouge, c’est mieux, il aimerait avoir le rouge ! Et s’il lui offrait plutôt le vert ? Sa mère n’est pas d’accord, il a acheté le rouge, il doit offrir le rouge ! Mais l’enfant trouve que ce n’est pas juste…
J’aime énormément le travail d’Emma Adbåge et cet album me réjouit encore. Ici, comme souvent avec cette autrice-illustratrice, tout sonne juste. Les expressions faciales et les positions de l’enfant, ses réflexions sur les cadeaux (ce truc de l’enfant qui veut finalement garder le cadeau pour lui, on est nombreux·euses à l’avoir observé !), les corps (chez Emma Adbåge les corps ne sont pas parfaits)… Le château ressemble à la vraie vie, aux situations et aux gens qu’on connaît, et ça, il faut avoir du talent pour réussir à le faire aussi parfaitement. Ajoutons que le texte (traduit par Catherine Renaud) est un régal à lire à voix haute, un pur bonheur. Gros coup de cœur pour cet album qui raconte une petite scène du quotidien.
C’est une petite ville où vivent des adultes, des enfants, des chiens et d’autres animaux de compagnie. Une ville comme toutes les villes. Autour de la ville, il y a la « Nature » avec sa forêt, son lac, ses buissons et même la mer. Les gens de la ville aiment la Nature, l’adorent même et s’extasient en la regardant. Mais quand les feuilles tombent, c’est embêtant, ça salit tout, il faut faire des efforts pour les enlever, alors finalement le grand tilleul de la ville est abattu, le souci des feuilles est réglé. Bientôt voilà l’hiver, l’hiver avec sa neige… C’est chouette la neige, mais trop c’est trop ! On appelle des camions pour qu’on l’enlève et la jette loin et tant pis si avec la neige des tas de déchets ont été enlevés et jetés dans le lac…
Emma Adbåge parle cette fois de notre amour pour la nature qui est conditionné au fait qu’elle ne doit pas trop nous déranger. Pour éviter les mauvaises herbes, rien de tel que le goudron et quand on a sali le lac, on construit une piscine, c’est plus propre. C’est une critique très bien vue de notre société où rien ne doit dépasser, où tout doit aller dans notre sens, sans contrainte. Bien entendu l’environnement de ces gens-là va aller de mal en pis. On voit depuis quelque temps de nombreux livres sur le mauvais traitement que nous infligeons à notre planète, cet album-là est particulièrement intelligent. Ici de petites décisions déclenchent de vraies catastrophes. La Nature est un album totalement réussi.
Tout se passe bien. Un enfant joue, entouré d’adultes et d’autres enfants. L’enfant n’a pas faim, n’a pas mal, tout va bien. Mais voilà que son dinosaure a disparu, un·e autre enfant le lui a pris. Sans doute ne savait-iel pas que c’était SON dinosaure. Le sourire disparaît, tout s’assombrit, le visage s’empourpre puis un cri se fait entendre… Un cri qui sera suivi de larmes, des pleurs difficiles à stopper, une tristesse inconsolable.
Tout se passe bien. Un enfant joue avec son chien, puis part se promener. Dehors le soleil réchauffe l’atmosphère, on peut jouer avec des bâtons. Quand on croise une balançoire, le sourire devient encore plus grand, on éclate de rire. L’enfant a envie de chanter. Assis·e sur la balançoire, iel crie à l’adulte de le·la pousser plus vite et plus fort. Quelle joie !
Ces deux albums écrits par Lotta Olsson et illustrés là encore par Emma Adbåge parlent donc, vous l’aurez compris, de la tristesse pour le premier et de la joie pour le second. Avec des choses simples, des événements que connaissent nombre d’enfants (se faire voler un jouet par un·e autre enfant, faire de la balançoire), iels reconnaîtront ces deux sentiments qui les traversent bien souvent. Tout comme les livres sur la nature (voir ci-dessus), les livres sur les émotions envahissent les rayons de librairie, mais là encore c’est beaucoup plus fin, moins didactique que la plupart de ces albums.
En voilà un qui se réjouit de sortir ! Être dehors, il adore ça. Mais une fois dehors, il voit des enfants et les enfants, il déteste ça. Ça rit, ça crie, ça fait du vélo, quelle horreur ! Alors quand il en voit, il prend son air le plus méchant, il adore leur faire peur. C’est horrible les enfants, il les déteste. C’est comme les lapins, ça ne devrait même pas exister ces bêtes-là ! Et puis les chats, pareil ! Il les déteste les chats, comme il déteste les lapins. Oh et les fleurs ! Ça aussi il les déteste ! Ça ne sert à rien les fleurs ! Comme les papillons, en plus ça n’a aucun goût les papillons. Aucun intérêt, comme les enfants, les chats, les lapins et les fleurs…
Mais quel est donc le narrateur de cette histoire qui semble tout détester (à part les saucisses qui traînent par terre et les corbeaux morts) ? On le découvre petit à petit dans cet album extrêmement réjouissant (et avant de le découvrir, on se marre bien, car ce personnage semble un peu étrange notamment sa passion pour le caca). C’est un album vraiment original, bourré d’humour, rudement efficace (c’est un bonheur de le lire à voix haute) et magnifiquement illustré (par Lisen Adbåge, la sœur jumelle d’Emma Adbåge !). Un vrai régal !
Il était trois frères qui s’appelaient André, André et André. Leur père, prénommé Frank, avait toujours rêvé de s’appeler André. C’était pour lui le plus beau prénom du monde, alors pourquoi en donner un autre à ses enfants ? Mais, vous vous en doutez, avoir trois André à la maison compliquait un peu les choses. On ne savait jamais quel André on appelait et duquel on parlait. Comment faire ? Diviser le prénom en trois ? L’un s’appellerait ainsi An, le second Dr et le troisième é… mais ce n’était pas très juste, deux lettres pour les premiers et une seule pour le dernier. André 1, André 2 et André 3 ? Non, leur mère détestait les chiffres. Non la meilleure solution était un surnom ! Ainsi maintenant il y aurait André le danseur de ballet, André le caissier et André le kiné (sans que personne ne comprenne l’origine de ces surnoms)…
C’est un vrai bonheur que de lire cet album légèrement surréaliste et bourré d’humour. On rit en voyant ces pauvres enfants essayer de coller au surnom dont on les a affublés (mais pas si facile d’être caissier quand on ne sait pas compter ou kinésithérapeute quand on est un bébé qui préfère faire des nœuds plutôt que de les dénouer). On parle ici de ce que les parents projettent sur nous (le père veut qu’ils portent le prénom qu’il aurait aimé avoir, la mère leur donne un surnom qui les conditionnent à faire ce qu’elle veut qu’ils soient). Les belles illustrations de Karin Cyrén, bourrées de couleurs, fourmillent de détails.
Écoutez aussi la chronique de Véronique Soulé sur ce bel album.
Tête de Mule s’était trouvé un emploi de coiffeur, mais il fut vite mis à la porte (faut dire qu’il était nul). En rentrant chez lui, un mot l’attendait sur sa porte : son immeuble allait être détruit, ses affaires avaient été mises dans un container, pour les récupérer il suffisait de payer 70 000 couronnes. Mais comment trouver une telle somme quand on n’a plus d’emploi ? Une conversation entendue dans un bar allait peut-être le tirer de cette impasse. Un collectionneur cherchait quelqu’un pour l’accompagner sur son bateau afin de suivre une piste mystérieuse menant à un objet qui manquait à sa collection : le plus gros œil du monde !
Après Tête de Mule (chroniqué ici), voici donc Mulysse — Tête de Mule prend la mer. Sorti il y a quelque temps déjà (mais il aurait été dommage de ne pas chroniquer ce livre !), ce nouvel opus nous entraîne donc dans une grande aventure qui rappelle celle d’Ulysse. Ici aussi il faudra se cacher d’un cyclope, mais il faudra surtout lui voler son œil ! Comme toujours chez Øyvind Torseter, c’est drôle, bourré de détails et totalement surréaliste. Deux suites sont parues depuis : la première, Factomule, a été chroniquée par Sarah ici ; la seconde, sortie sous le titre Mulosaurus, je vous en parle de suite !
Encore un nouvel emploi pour Tête de Mule, cette fois il travaille au musée d’histoire naturelle. Mais cet établissement perd des visiteur·euses, car tout le monde a déjà vu tout ce qui s’y trouve. Tête de Mule ne voit plus qu’une solution : proposer un nouveau dinosaure ! Il essaye d’en créer un avec tous les os « orphelins », mais ça ne fonctionne pas… Pendant ce temps, le président (en pleine tournée pour rencontrer son peuple) se rend compte qu’il n’y a plus d’essence. Et puisqu’on lui dit que l’essence est liée au dinosaure, il décide d’en chercher un… Forcément Tête de Mule et le président vont unir leurs forces !
Quatrième volet des aventures de Tête de Mule, donc. Dans Mulosaurus on retrouve avec plaisir l’univers foutraque et déjanté d’Øyvind Torseter. Si le héros vivait une aventure à la Ulysse dans l’album dont je viens de vous parler, ici on pense plus à Indiana Jones ! Cette fois, il va descendre des rapides, affronter des zombies et découvrir un monde perdu. L’auteur-illustrateur norvégien continue sa critique des puissants dans cette nouvelle BD à l’univers étrange qui ne ressemble à aucun autre, tant au niveau de l’histoire déjantée que des illustrations étranges où il alterne les techniques, s’autorisant même parfois de petits bricolages.
Jonna vit dans un orphelinat. Elle y vit depuis toujours et se désespère de trouver un jour une famille qui veuille bien d’elle. Mais voilà qu’un jour elle surprend une conversation : le maire de la ville veut faire fermer l’établissement afin de construire un parc aquatique. Celui-ci lance un ultimatum à la directrice de l’orphelinat : elle doit montrer que son établissement est efficace et donc faire adopter des enfants sinon la fermeture sera inéluctable. Jonna décide donc d’accepter d’être adoptée par la première personne qui passe… et celle-ci est une gorille.
Ma mère est un gorille (et alors ?) est adapté d’un roman de l’autrice suédoise Frida Nilsson. Dans ce long métrage destiné aux enfants à partir de 6-7 ans on rencontre donc une petite fille qui va être adoptée par une gorille et qui va devoir affronter sa peur et ses a priori… puis ceux des autres ! À travers le personnage de la gorille, on aborde bien des thèmes, mais il sera surtout question d’amour. Ma mère est un gorille (et alors ?) qui vient de sortir en DVD est un petit film très charmant à voir en famille.
Moomin et l’Orchestre des mers![]() ![]() Texte d’Alex Haridi et Cecilia Davidsson d’après une histoire de Tove Jansson (traduit du suédois par Catherine Renaud), illustré par Filippa Widlund Cambourakis, dans la série Moomin 14 €, 210×288 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le château![]() ![]() d’Emma Adbåge (traduit du suédois par Catherine Renaud) Cambourakis 14 €, 196×238 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La Nature![]() ![]() d’Emma Adbåge (traduit du suédois par Catherine Renaud) Cambourakis 14 €, 215×257 mm, 44 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Tristesse![]() ![]() Texte de Lotta Olsson (traduit du suédois par Catherine Renaud), illustré par Emma Adbåge Cambourakis 14 €, 235×222 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Joie![]() ![]() Texte de Lotta Olsson (traduit du suédois par Catherine Renaud), illustré par Emma Adbåge Cambourakis 14 €, 235×222 mm, 32 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Je déteste les lapins, les fleurs et les enfants![]() ![]() Texte de Per Nilsson (traduit du suédois par Catherine Renaud), illustré par Lisen Adbåge Cambourakis 14 €, 200×261 mm, 36 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
André André André![]() ![]() Texte de Klara Persson (traduit du suédois par Aude Pasquier), illustré par Karyn Cyrén Versant Sud 14,90 €, 232x257mm, 32 pages, imprimé en Europe chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mulysse![]() ![]() d’Øyvind Torseter (traduit du norvégien par Aude Pasquier) La joie de Lire 24,90 €, 268×218 mm, 160 pages, imprimé en Chine, 2018. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mulosaurus![]() ![]() d’Øyvind Torseter (traduit du norvégien par Aude Pasquier) La joie de Lire 24,90 €, 280×254 mm, 104 pages, imprimé en Lettonie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
| Ma mère est un gorille (et alors ?) de Linda Hambäck Les films du Préau Autour de 15 €, 73 min. env., 2022. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !









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