Si aujourd’hui, comme tous les jours, c’est la course, alors cette chronique est faite pour vous. D’abord, partons à la poursuite d’un lapin qui court toute la journée. Ensuite, pour se reposer, imaginons que c’est dimanche. Mais un bon dimanche, alors, pas celui qui fait déprimer ! Mais au fait, qui a bien pu inventer cette étrange journée ?
Avec En coup de vent, Anne Herbauts revisite la course d’un lapin pressé qui n’est pas sans rappeler celui d’Alice au pays des merveilles, pour s’amuser du rythme fou du quotidien. Les lecteurs et lectrices sont invité·e·s à suivre la journée d’un lapin, de son réveil au coucher. L’animal, sur la page de droite, court constamment vers la suite du livre, comme voulant en s’en échapper au plus vite. Traversant « en coup de vent » des scènes routinières, de la toilette aux courses en passant par le petit déjeuner, il sème sur son passage divers objets que l’on aura plaisir à retrouver dans les scènes en papier découpé situées en pages de gauche. Anne Herbauts joue avec le format de cet album souple et sans texte, nous incitant d’abord à feuilleter le livre comme un flip book (ces petits livres que l’on feuillette très vite et dont les images donnent l’impression de s’animer comme un film). On se réjouira ensuite de reprendre les scènes une à une, révélant une autre facette de l’histoire : il est inutile d’aller trop vite !
Après une semaine intense, le week-end est souvent bienvenu. En particulier le dimanche, la matinée qui s’étire, le marché, les promenades en famille… Mais aussi (et ça c’est moins drôle), l’ennui et le blues du dimanche après-midi.
« Allongée sur le tapis du salon façon étoile de mer ramollo, Polly compte les moutons de poussière sous le canapé. Au-dessus d’elle, le lustre se balance en grinçant comme un vieux fantôme.
Dehors, la pluie s’écrase sans discontinuer. On dirait que des milliards de petites météorites de bougonnerie bombardent le monde.
Polly a le cafard. C’est normal, c’est dimanche après-midi ».
C’est vrai, ça : qui a bien pu inventer un jour aussi déprimant que le dimanche ? Pour Polly, il est grand temps de trouver une solution à ce problème. Direction la rue de la Semaine. Les maisons y sont au nombre de sept, bien sûr. Et chacune est à l’image de son propriétaire. Ainsi, monsieur Samedi est d’humeur excellente, et sa maison est toute colorée ! Monsieur Dimanche, en revanche, vous vous en doutez, est assez déprimé. Polly va donc enfin comprendre ce qui a bien pu arriver, et essayer de l’aider à rectifier un peu l’assaisonnement dans la recette de ce jour si particulier.
Paru dans la très chouette collection de premières lectures « Mini poulpe » des éditions Poulpe Fictions, ce court roman signé Coline Pierré est illustré avec malice par Estelle Billon-Spagnol. De la scène du début où Polly est allongée sur le tapis du salon à la rue de la Semaine avec ses maisons de guingois, en passant par ce pauvre monsieur Dimanche avec son air tristounet, tout est si joli que l’on s’attarde volontiers sur les illustrations pendant la lecture. Voilà le livre parfait pour réconcilier toute la famille avec le fameux jour du blues. L’histoire toute simple n’en est pas moins habile pour s’interroger sur la façon dont chacun·e peut envisager les choses : prendre les jours du bon côté, c’est important, et ça peut tout changer !
En coup de vent![]() ![]() d’Anne Herbauts Casterman 13,95 €, 180×230 mm, 64 pages, imprimé en France, 2019. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
L’Invention du dimanche![]() Texte de Coline Pierré, illustré par Estelle Billon-Spagnol Poulpe Fictions, dans la collection Mini poulpe 6,50 €, 190×140 mm, 47 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

« Un instant, un seul, lui fait déserter son corps : le temps des livres. Le corps de l’enfant qui lit n’est plus qu’un tas de vêtements qu’il a jetés n’importe où. Le livre est ouvert sur la moquette. Les vêtements glissent du lit ou font les pieds au mur. Il est en train de lire. […] Il n’y a plus personne dans la chambre. L’enfant est très loin de là, dans un corps plus ample, au milieu des vagues, loin de nous. » Timothée de Fombelle, Neverland.



