Aujourd’hui on part, en direction des États-Unis, à la rencontre de Ruby Bridges, icône – malgré elle – des droits civiques, puis l’on suit les mésaventures d’une petite fille chinoise et de sa grand-mère… Préparez-vous à un magnifique voyage !
Dans une classe, une maîtresse fait étudier à ses élèves un tableau représentant une petite fille noire entourée de policiers. Cette petite fille c’est Ruby Bridges, immortalisée par le peintre Norman Rockwell. Et pour comprendre son histoire, il faut plonger dans l’Amérique ségrégationniste de l’après Seconde Guerre mondiale. En Louisiane, les quartiers noirs et les quartiers blancs sont strictement séparés, les Noirs et les Blancs ne se mélangent pas. Jusqu’à l’année 1960, où un programme particulier permet aux enfants noirs (après réussite d’un test) d’intégrer des écoles de blancs… Ruby réussit haut la main ce test… Et cette expérience va bouleverser sa vie…
Ruby tête haute est un ouvrage bouleversant, magnifique, qui retrace le parcours de Ruby, six ans, icône malgré elle du combat pour les droits civiques. En intégrant une école auparavant réservée aux enfants blancs, Ruby va découvrir la haine de l’autre, le racisme, la stigmatisation et les procédés d’intimidation qui ont lieu contre sa famille. L’ouvrage est particulièrement bien construit : après
un « prologue » qui permet aux lecteur·trice·s d’entrer dans la vie de Ruby, l’autrice « laisse la parole » à la petite fille. Tout est vu à hauteur d’enfant : on suit le parcours de cette petite fille – de chez elle à l’école -, où se pressent des hordes de femmes et d’hommes refusant la mixité et l’égalité de traitement. Ruby met du temps à comprendre qu’ « elle est le problème », que « cette foule ne s’aime que de détester ». Les illustrations de Marc Daniau, de véritables tableaux, insistent sur la solitude de Ruby, sur la solidarité qui règne dans les quartiers noirs et sur la haine qui anime les foules « blanches ». Heureusement, Ruby peut compter sur des allié·e·s en or, notamment son institutrice ! On sort de cet album bouleversé.
Un magnifique album qui nous parle du combat pour les droits civiques et donne espoir : gardez la tête haute !
L’année de ses six ans, une petite fille chinoise est contrainte de fuir son village, ravagé par une tempête. Ses parents l’envoient chez une grande tante qui habite une ville en pleine mutation. Une drôle de grande tante, pas ravie de vieillir et qui porte des fausses dents. Petit à petit, l’héroïne découvre la jeunesse de son aïeule : une jeunesse riche, faite de musique, de chant, de politique, de joie, mais également d’amour… Car cette grande tante, pas si lisse qui ça, garde en elle un secret qui la lie intimement à un arbre, planté dans un petit jardin au bout de sa rue… Un petit jardin qui risque de disparaître sous le béton…
L’arbre de Tata est un album magnifique. Au travers de la relation entre cette petite fille et sa grande tante, Yu Liqiong interroge la notion de transmission intergénérationnelle et notamment ce moment (très juste)
où l’enfant découvre que l’adulte a eu une jeunesse. Cette découverte transforme instantanément l’image que la petite fille a de son aïeule. Si cette relation est le point clef de l’album, il ne faut pas oublier en toile de fond ce qui s’esquisse : la transformation des villes chinoises, la destruction des quartiers traditionnels au profit d’une architecture moderne et sans âme : car à la place de l’arbre tant chéri par la vieille femme c’est
une supérette flambant neuve qui s’élève à la fin de l’album. La mort de la grande tante coïncide finalement à la fin d’un monde. Cependant, l’album n’est ni noir ni désespéré. Car si la ville change, la petite fille est toujours porteuse d’une mémoire, d’une histoire… Et l’espoir de faire renaître « l’arbre de Tata », même fictivement, apparaît comme un véritable acte de résistance ! Les illustrations de Zaü accompagnent parfaitement ce très beau texte et reconstituent à merveille les mutations de l’urbanisme chinois. Avec une gamme chromatique réduite et un dessin puissant, Zaü nous plonge dans un monde poétique, riche et dense, que l’on a du mal à quitter une fois l’album refermé !
Un superbe album qui nous parle de transmission et de transformation ! Un véritable coup de cœur !
Ruby tête haute![]() ![]() Texte d’Irène Cohen-Janca, illustré par Marc Daniau Les éditions des éléphants 15€, 245×337 mm, 40 pages, imprimé en France, 2017. |
L’arbre de Tata![]() ![]() Texte de Yu Liqiong (traduit par Chun-Liang Yeh), illustré par Zaü HongFei 15,90€, 237×268 mm, 40 pages, imprimé en France, 2017. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


