Aujourd’hui, je vous propose de regarder s’écouler le temps dans une maison ou autour d’un arbre.
1580 Dans un coin de marécage, des animaux vivent en toute liberté. Vingt ans ont passé, la ville a commencé à grignoter le marécage, un fossé est construit ici. Les années passent et nous voilà en 1635, maintenant une belle maison aux murs épais se tient au bord du canal. Autour d’elle aussi, ça s’agite, d’autres maisons sont construites. Les années vont continuer de passer pour la maison, elle va abriter de nombreux·euses habitant·es dont la célèbre Anne Frank.
Il y a quelque chose de fort et d’émouvant dans La maison au bord du canal, l’album de Thomas Harding illustré par Britta Teckentrup qui raconte l’histoire de la maison où a vécu la tristement célèbre Anne Frank. Près de quatre cent ans s’écoulent au fil des pages et l’on découvre la vie d’une maison et de celleux qui y sont passés : un tailleur de pierre, une femme et ses douze enfants, un riche marchand ou encore un chimiste. La maison a accueilli des fêtes, protégé ses habitant·es contre la peste, servi de laboratoire ou d’atelier à un forgeron. Si aujourd’hui elle est célèbre pour avoir abrité Anne Frank (on la visite pour ça), elle a accueilli des personnalités totalement différentes et a été utilisée pour des raisons variées. Elle a vécu des modifications, des abandons, elle a été délabrée et retapée. La force de l’album (en dehors des magnifiques illustrations de Britta Teckentrup), c’est de rappeler qu’un lieu ne se résume pas à un moment précis de son existence, il y a l’histoire qui est derrière. Avant et après. À la fin de l’album, deux pages documentaires (le reste de l’album se lit comme une histoire) expliquent un peu mieux qui sont les gens qui ont vécu là.
Juillet 2020. Des hommes, des femmes et des enfants sont rassemblé·es sous un vieux néflier. Au-dessus de leur tête, un oiseau nourrit son petit. Il n’y a pas si longtemps, l’oiseau était dans son œuf, il n’y a pas si longtemps les enfants étaient encore des bébés et il n’y a pas si longtemps les grands-parents de ces enfants étaient eux-mêmes des enfants.
Au début nous raconte une histoire, celle d’une famille, de 2020 à 1952 (en remontant le temps, donc), mais aussi celle d’un arbre jusqu’à sa naissance (quand les grands-parents ont planté les graines de fruits qu’ils ont mangés). Beaucoup d’émotion ici encore, car on assiste à la naissance d’une famille, on rencontre d’abord les gens avant de découvrir d’où ils viennent, leur enfance, ce qui a fait qu’ils sont là. S’il est parfois difficile de tout relier, une fois l’album terminé on pourra le relire dans l’autre sens, chronologique cette fois et tout sera plus clair (je n’aime pas faire de citations, mais comment ne pas citer l’un de mes livres préférés ici : « À la lumière du passé, tout est illuminé », comme le dit si bien Jonathan Safran Foer dans Tout est illuminé). Ramona Bădescu et Julia Spiers (qui signe ici un très beau travail d’illustration) racontent avec beaucoup de poésie les racines, les origines d’une famille. Il y a beaucoup de « débuts » dans Au début. Le début de l’oiseau, le début de l’enfant, le début des parents de l’enfant, le début de ses grands-parents, les débuts de l’arbre… Remonter le temps permet aussi de revoir de vieilles voitures, les premiers ordinateurs, observer la mode changer. Ce magnifique album pourra toucher toute la famille.
La maison au bord du canal![]() ![]() Texte de Thomas Harding (traduit de l’allemand par Clément Bénech), illustré par Britta Teckentrup La Partie 18,90 €, 263×287 mm, 56 pages, imprimé en Italie, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Au début![]() ![]() Texte de Ramona Bădescu, illustré par de Julia Spiers Les grandes personnes 22 €, 207×317 mm, 84 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !




