Aujourd’hui, partons à la découverte de deux mangas pour adolescent·es mettant en scène de manière très originale les relations entre jeunes femmes, qu’elles soient amicales, amoureuses ou un peu les deux…
Kurumi est née et a grandi dans l’Enclos, un centre de recherche où sont élevées des petites filles, situé au cœur d’un dôme artificiel. Le jour de leurs 10 ans, en fonction de leurs résultats scolaires et de leurs compétences, elles sont placées dans l’une de ces quatre sections : art, sciences, production et labeur. Afin de ne pas être séparée d’Hikari, sa meilleure amie, Kurumi espère entrer dans la section artistique malgré sa maladresse légendaire. Sayaka, une autre camarade excellente dans tous les domaines, remet sérieusement en doute les chances de Kurumi et la démoralise constamment. La veille de ses 10 ans, très stressée par son placement, elle demande à Hikari de venir se coucher avec elle. Les deux fillettes discutent et s’endorment des espoirs plein la tête. Le lendemain matin, lorsque Kurumi ouvre les yeux, elle n’est plus dans le même lit, ce n’est plus Hikari mais Sayaka qui dort à côté d’elle, son corps a changé et elle n’est visiblement plus dans l’Enclos. Quatorze années ont passé, et Kurumi n’en a aucun souvenir !
Ce premier tome (d’une série de six) met en place une intrigue fascinante qui s’inspire visiblement de plusieurs grandes dystopies de la littérature adolescente (je pense notamment à Divergente de Veronica Roth) pour mieux s’en affranchir. Cette amnésie de quatorze ans nous fait basculer du genre futuriste à celui du thriller, voire même de l’horreur. Kurumi vit maintenant avec Sayaka, une fille qu’elle ne portait pas dans son cœur à l’époque et qui semble être aux petits soins pour elle, tellement qu’elle en devient
presque inquiétante. Selon Sayaka, notre héroïne se réveille chaque matin en ayant oublié tout ce qu’elle a pu lui raconter la veille et tous les autres jours. On ne sait pas ce qu’il est advenu d’Hikari, et surtout, le monde à l’extérieur du dôme est particulièrement hostile à l’égard des anciennes protégées de l’Enclos. Bref, beaucoup de mystères et une légère dose d’angoisse : de quoi donner envie de lire la suite et d’en savoir plus sur cette étrange société futuriste. Pour ajouter un niveau d’intérêt supplémentaire à ce manga, notons que l’entre-soi féminin de l’Enclos donne à voir des relations et des réflexions rares dans les mangas mettant en scène des personnages de cet âge-là : pour Kurumi, les garçons ne sont que de vagues idées sans existence réelle, elle ne voit sa vie qu’aux côtés de ses camarades (des filles uniquement, donc), et son mariage qu’avec Hikari. J’espère que les prochains tomes développeront cet aspect, vers une romance lesbienne, qui sait ?
Aya est une lycéenne très populaire. Toujours bien entourée, elle ne trouve pourtant personne avec qui partager sa passion pour le rock. Le soir, après les cours, elle se rend chez son disquaire. L’employé est un jeune homme très mystérieux, toujours caché derrière un masque noir, extrêmement charmant. Aya est fascinée par ce garçon, d’autant qu’elle peut discuter de son amour de la musique avec lui. Mitsuki est dans la même classe qu’Aya, très effacée, un peu à part, personne ne la remarque et cela lui convient. Tous les soirs, elle enfile sa tenue noire unisexe préférée et son masque pour que personne ne la reconnaisse et va travailler dans le magasin de disques de son oncle. Eh oui ! Le disquaire dont Aya est en train de tomber amoureuse n’est autre que Mitsuki, une fille ! Alors que Mitsuki se rend compte des sentiments naissants d’Aya à son égard, elle va devoir faire un choix : se dévoiler pour mettre un terme à la méprise, ou ne rien dire et faire durer ces moments privilégiés dans le magasin…
She wasn’t a guy est une série de mangas (encore en cours de parution au Japon) qui a connu un premier succès dans sa version numérique en 2021. L’autrice, Sumiko Arai, publiait à l’époque son histoire en feuilleton sur Twitter. Le manga a ensuite été repris dans une revue en ligne, puis édité en livre au Japon en avril 2023 avant d’arriver sur les étagères françaises en juin 2024. Son succès s’explique par un savant mélange entre romance, graphisme marquant et références à la pop culture. L’histoire naissante entre Aya et Mitsuki, tout d’abord, est à la fois très mignonne et intense en émotions puisqu’on ne sait pas comment va réagir Aya en réalisant qu’elle tombe amoureuse d’une fille. Les scènes
de rapprochement entre les deux héroïnes sont pleines de tension et on se surprend à sourire un peu béatement à plusieurs reprises (et ça fait du bien !). Le graphisme, ensuite, sort des sentiers battus et complète le noir et blanc habituel par un joli vert pomme qui vient ajouter du dynamisme au dessin. Les références à la culture rock et populaire, enfin, notamment dans le domaine de la musique, semblent avoir également beaucoup plu au lectorat japonais. Je ne saurais que trop vous conseiller de lire ce premier tome en écoutant les playlists disponibles sur toutes les plateformes de streaming musical sous le titre original du manga « The guy she was interested in wasn’t a guy at all ». On y trouve Blur, les Strokes, Nirvana ou encore les Foo Fighters. Bref, un manga vraiment original qui modernise le genre du manga yuri (centré sur les relations intimes entre femmes) et dont le deuxième tome sortira en octobre. Vivement !
She is beautiful – tome 1 Scénario de Jun Esaka (traduit du Japonais par Marie-Saskia Raynal)Kurokawa, dessins de Takahide Totsuno 7,95 €, 132 x 185 mm, 240 pages, imprimé en France, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
She wasn’t a guy – tome 1 de Sumiko Arai (traduit du Japonais par Morgane Paviot)Mangetsu, dans la collection Life 9,95 €, 147 x 208 mm, 192 pages, imprimé en Italie, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aime tellement parler des livres qu’elle en a fait son métier et son hobby ! Libraire généraliste la semaine, Manon écrit pour plusieurs médias le week-end et monte sur des volcans endormis en Auvergne dès qu’il lui reste cinq minutes.


Scénario de Jun Esaka (traduit du Japonais par Marie-Saskia Raynal)