Aujourd’hui, je vous présente Lise et Piri, deux jeunes filles juives qui vont vivre leur adolescence pendant la guerre.
Lise adore les hirondelles, elle leur trouve d’ailleurs plusieurs similitudes avec les gens qui comme elle vivent à Paris en 1942 en étant juifs·ves. Alors que sa vie n’est déjà pas très rose, un événement encore plus tragique va se produire, mais Lise, grâce à son courage, va faire un acte héroïque qui changera la vie de deux de ses proches.
Dans le superbe roman de Sophie Andriansen, Lise et les hirondelles, on parle de la rafle du Vel d’Hiv’ et de la Shoah (tout comme dans Max et les poissons, son magnifique roman que nous avions chroniqué ici), mais c’est surtout de Lise dont l’autrice nous parle. Lise ne vit pas que les bouleversements liés à la guerre, mais c’est aussi son corps qui change (elle devient une adolescente) et le regard des garçons sur elle. La jeune fille qui devient une femme va devoir se cacher, voyager, son histoire sera faite de rencontres, de moments de peur, mais également de joie. Avec beaucoup de délicatesse et une très belle plume, Sophie Adriansen nous raconte donc cette adolescence-là. Pas de scènes trop violentes ici (le roman est parfaitement adapté dès 10 ans d’après moi), mais l’autrice ne cherche pas pour autant à nous faire croire que tout se termine bien pour tout le monde et l’on sent à la lecture qu’elle s’est inspirée d’une histoire vraie, ce qu’elle nous raconte d’ailleurs à la fin.
Un très beau roman sur l’adolescence d’une jeune juive en 1942.
Piri, une jeune ukrainienne, a neuf ans en 1939 quand la guerre éclate. Alors qu’elle passe ses vacances chez sa grand-mère, les batailles autour du village font qu’elle ne pourra pas rentrer aussi vite que prévu chez ses parents. L’ambiance est lourde, parfois Piri voit même flotter des corps sur la rivière à côté du village. La petite fille espiègle, qui met parfois Dieu à l’épreuve, ne comprend pas pourquoi le fait d’être juive est un souci, pourquoi elle ne peut pas sympathiser avec un soldat hongrois et qui est ce Hitler, dont les journaux parlent. Le temps passe, Piri espère passer les fêtes en famille, elle aimerait recevoir même une lettre de ses parents. Il lui faudra pourtant attendre quelques mois pour les revoir et les laisser repartir, elle doit encore rester, pour l’instant avec sa grand-mère. Puis, parce que c’est enfin possible, Piri part, non pas en Amérique, comme tout le monde le conseille, mais chez elle à Beregszàz, pour vivre à nouveau avec sa mère, son frère et ses sœurs. La ville a changé, l’ambiance n’est plus la même, ils ne sont plus regardés de la même façon. Un jour, Piri et sa sœur sont même poursuivies dans la rue par des hommes armés de bâtons. Piri va aider ceux et celles qu’elle peut, prenant exemple sur le caractère fort de sa mère.
Le titre de Sur la tête de la chèvre est une référence au Lévitique 16 qui raconte qu’Aaron a confié à une chèvre tous les péchés des enfants d’Israël puis l’a envoyée dans le désert pour qu’elle porte, dans un lieu aride, toutes les fautes. C’est aussi une phrase que dit la mère de Piri lorsque des hommes lui confisquent la chèvre qui était la source de la nourriture de ses enfants. Dans ce premier tome de l’autobiographie d’Aranka Siegal, on suit l’histoire de cette jeune fille du début de la guerre à son départ pour Auschwitz. Entre temps, il y aura eu le ghetto dans lequel sa mère se bat pour garder ce qu’il leur reste de dignité. Sur la tête de la chèvre, c’est l’histoire d’une famille qui fait tout pour ne pas baisser les bras, les premières amours d’une jeune fille qui voit le monde qu’elle connaissait s’écrouler, un peuple qui se résigne.
Un témoignage poignant sur la jeunesse d’une jeune fille juive pendant la guerre dans l’Europe de l’Est.
Deux autres chroniques sur le même sujet : ici et là.
Lise et les hirondelles![]() de Sophie Adriansen Nathan 14,95 €, 140×210 mm, 234 pages, imprimé en France chez un imprimeur éco-responsable, 2018. |
Sur la tête de la chèvre![]() d’Aranka Siegal (traduit par Tessa Brisac) Folio Junior 8,50 €, 124×178 mm, 336 pages, imprimé en Espagne, 2018 (édité pour la première fois en France en 1987). |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !

