Aujourd’hui, je vous présente deux romans d’amour, L’aimée de Renée Vivien et Amour Chrome de Sylvain Pattieu.
Une femme apparaît à la narratrice. Et celle-ci tombe amoureuse, d’une passion sans retour. Une passion non réciproque qui va faire battre son cœur jusqu’au fonds de ses os, qu’elle transfigure en une aventure autour de l’amour, de l’envie d’aimer qui nous anime, du besoin d’aimer parfois plus prégnant que celui d’être aimée. Dans cet amour qui prend tout, la narratrice n’est pas seule. Sur son îlot de femmes, beaucoup sont tombées amoureuses de Lorély. Alors, un jour, la narratrice part. Mais son départ, ressemble à une errance.
L’aimée, ce sont la beauté, la poésie et l’incandescence du Portrait de la jeune fille en feu faites livre. J’ai aimé me plonger dans l’histoire de Renée Vivien. Une histoire triste, d’une mélancolie qui étrangement console l’âme. Sa plume est déstabilisante, à la fois éthérée et incarnée. La petite société de femmes dans laquelle elle vit est comme une respiration, un lieu où s’entrecroisent des amours, des destins, des fureurs et des désespoirs, toutes tournées autour de la même personne, de la même amante, qui elle-même désespère de ne savoir aimer. Une communauté intrigante et fouillée, aux passions grandes comme toutes les histoires d’amour qui nous dépassent. C’est un livre nimbé d’une espèce de tristesse joyeuse. Je l’ai vécu comme un voyage, une vague, qui emporte, et peut vous noyer ou vous relâcher sur le rivage, au gré de son humeur. Si j’avais su que les « vieux » livres pouvaient ressembler à cela, je m’y serais penché plus tôt !
J’ai dit plus haut que les deux étaient des histoires d’amour. Amour Chrome, c’est aussi une histoire d’adolescence. Ce moment où les vieilles amitiés s’effilochent le long du chemin, ce moment où l’on brûle encore d’une petite étincelle et où l’on découvre ce qui peut l’attiser — dans le cas de Mohammed-Ali, ce qui l’attise, c’est le graff (il préfère ça à tag, ça fait plus artiste), et Aimée, collégienne passionnée de foot. Il mène deux vies, une le jour, où il va au collège, écoute en cours — c’est un bon élève —, et se retrouve coincé à faire un exposé sur le Festival du Film Lesbien avec Lina et Margaux, les deux filles les plus grande-gueule de la classe. Une autre la nuit, où il sort dans les rues avec sa bombe et ses idées et dessine des lettres rondes sur les murs.
Amour Chrome, c’est une portion de la vie de Mohammed-Ali, un concentré d’existence et d’énergie, écrit de façon moderne, rythmée, d’une écriture battante qu’on a du mal à lâcher et nous entraîne dans son monde. Celui d’un collégien attachant et parfois perdu, comme tous⋅tes les collégien⋅nes. Tous les personnages sont incarnés et réalistes et se dessinent autour de nous au fur et à mesure qu’on tourne les pages, avec chacun leur histoire, chacun leurs problèmes, que l’on appréhende grâce à un système d’alternance de narrateur⋅ices ; l’histoire principale est celle de Mohammed-Ali, mais s’incrustent de temps en temps entre ses mots ceux de la petite galaxie de personnes qui gravitent autour de lui. Un peu comme la première saison d’une série, à la suite de laquelle on a envie de retrouver les personnages, autour de lieux centraux que sont le collège et la ville. C’est positif, et vibrant à la fois, avec des hauts et des bas. C’est donc avec joie qu’on accueillera le tome 2 de cette saga en quatre tomes.
L’aimée, ou Une femme m’apparut![]() de Renée Vivien Talents Hauts, dans la collection Les Plumées 7,90 €, 110×175 mm, 207 pages, imprimé en France, 2019 (première édition : 1905). Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Hyppalage T.1 — Amour Chrome![]() de Sylvain Pattieu l’école des loisirs, dans la collection Médium + 14 €, 150×219 mm, 180 pages, imprimé en France, 2019. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Jeune homme aimant la littérature jeunesse, les cartes Pokémon et les animés. Pour résumer son attachement à la lecture, il aime citer Stéphane Servant : « Les livres sont des terriers / Les livres sont des phares. Il y brûle de petits feux / Qui me tiennent le cœur au chaud / Quand il pleut sous mon toit. »

