Aujourd’hui je vous propose deux beaux albums pour apprendre à regarder le monde autour de soi. Alors, ouvrez grands vos yeux et laissez-vous aller à la contemplation !
Un petit garçon oublie de mettre ses lunettes. En rentrant de l’école, le monde lui semble bien farfelu et loufoque. Ainsi, un homme à tête de chien promène en laisse un chien à tête d’homme. En franchissant la porte de sa maison, il ne reconnaît plus son porte manteau, tandis que dans la baignoire, une baleine se prélasse dans un bain de mousse… Et sa chambre est dorénavant envahie par une faune amazonienne… Quelle drôle de vie tout de même !
Avec La berlue, Bérengère Mariller-Gobber nous propose un ouvrage drôle et poétique. On suit les tribulations d’un petit garçon un peu étourdi, qui oublie de mettre ses lunettes sur son nez (le fait-il exprès ou non ? Ça, nul ne le sait !). Sans ses verres, c’est tout un monde qui s’offre à lui. Un monde onirique, burlesque et fantasmagorique. Cet ouvrage sans texte est porté par les superbes illustrations de Bérengère
Mariller-Gobber qui nous plongent dans un univers baroque et coloré. Chaque double page dépeint une situation particulière qui paraît bien banale jusqu’à ce qu’on découvre, ici un homme promenant un tapir, là un chien à tête d’homme. C’est tout l’imaginaire du petit garçon qui est déployé. Avec humour et fantaisie, l’autrice nous incite nous aussi à « poser nos lunettes ». Car les binocles de notre héros rêveur sont une métaphore pour expliquer aux plus jeunes que le regard que nous portons sur le monde est souvent biaisé, et que l’imagination est un vecteur puissant pour transformer le réel. En somme, c’est un beau message d’espoir qui est porté !
La petite souris Levi habite une grande ville peuplée par des dizaines de milliers de souris et où poussent des milliers d’immeubles. Tous les jours, Levi fait le même trajet, rencontre les mêmes voisins et s’arrête à son café préféré pour siroter un thé. C’est dans cette ville qu’il a ses habitudes, ses repères. Mais un jour, il tombe nez à nez avec un ami, le nez fourré dans une carte, totalement perdu. Avec lui, il va déambuler et découvrir de nouveaux espaces jusqu’ici inconnus !
C’est un album délicat que cette Ville inconnue. Une invitation au voyage, à la promenade. D’abord en bas de chez soi, puis plus loin. Seoha Lim nous conte les pérégrinations de deux jeunes souriceaux au travers d’une grande ville. Au contact de son ami, Levi va découvrir de nouveaux quartiers, de nouvelles places et de nouvelles distractions. C’est bouleversant de douceur. Page après page, les jeunes lecteurs et lectrices découvrent des lieux, des attractions avec le même enthousiasme que le héros. Ces lieux qui pourraient être tellement communs (un musée, un parc, une entrée de métro)
prennent alors une autre saveur, une autre coloration parce qu’ils sont vus au travers du regard de Levi. L’autrice-illustratrice nous plonge dans un univers poétique et aérien. Cette délicatesse qui transparaît est surtout le fait d’illustrations aux crayons de couleur. Chaque trait esquisse avec finesse un mouvement, l’ondulation de l’eau dans une fontaine, le mouvement des branches dans un arbre. Au final, l’expédition dans cette ville donne des ailes à Levi, qui soudain, le regard brillant et aiguisé, se met à rêver d’ailleurs… Seoha Lim nous donne surtout envie, une fois l’ouvrage refermé, de mieux regarder autour de nous et de savourer ces minuscules promenades du quotidien qui renferment toujours leur lot de surprises !
La berlue![]() ![]() de Bérengère Mariller-Gobber Voce Verso Editions 14,50 €, 230×155 mm, 40 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Ma ville inconnue![]() ![]() de Seoha Lim Maison Eliza 13,90 €, 235×166 mm, 36 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


