Aujourd’hui, on plonge dans le monde coloré de Suzanne avec l’album Suzanne préfère le rouge de Michel Pastoureau l’historien médiéviste spécialiste des couleurs et Laurence Le Chau, puis l’on découvre le quotidien de Monette, une petite fille un poil timide qui va voir sa vie se transformer grâce à une moustache… dans La Moustache de Monette de Caroline Fontaine-Riquier.
Suzanne doit se rendre à un anniversaire… et sa mère veut absolument qu’elle mette sa robe rose. Hors de question pour Suzanne qui préfère 1000 fois plus son beau pantalon rouge ! Sa maman tente de l’en dissuader « tu verras, toutes les petites filles seront habillées de rose, sauf toi. Avec ton pantalon rouge on te prendra pour un garçon » Mais Suzanne est têtue et se rend à l’anniversaire vêtue de son pantalon rouge, la couleur de la joie et de la force !
Suzanne préfère le rouge est un très joli album, intelligent et sensible. L’historien Michel Pastoureau troque sa casquette de médiéviste/spécialiste. Mais il n’abandonne pas pour autant son « dada » : les couleurs ! Au travers de l’histoire de Suzanne et de son pantalon rouge, l’auteur aborde plusieurs thèmes : la question du genre d’abord et de l’association quasi systématique d’une couleur à un sexe (en se rendant à l’anniversaire, Suzanne constate que tout le monde porte une couleur différente, que le bleu n’est en aucun cas l’apanage des garçons et qu’elle a très bien fait de venir en pantalon rouge !). Suzanne préfère le rouge nous parle aussi de ce moment si particulier et intense qu’est l’enfance : où le regard des autres et le jugement d’autrui peuvent être un frein à l’affirmation de soi (Suzanne n’ose pas offrir son cadeau à son amie, qu’elle juge trop « médiocre » par rapport à celui des autres. Le jeu où chacun doit dire sa couleur préférée est un moment particulier où chacun doit révéler ses goûts). Les illustrations de Laurence Le Chau accompagnent à merveille le texte de Michel Pastoureau : à chaque page c’est une explosion de couleurs, chacune d’entre elles correspondant à une émotion particulière, un moment précis…
Un très joli album sur la construction de soi !
Monette est une petite fille timide qui n’arrive pas à se faire des amis et se réfugie dans les livres… Un jour elle découvre un livre qui conte les aventures d’un géant moustachu courageux. « Si seulement j’avais une moustache » soupire Monette, « je serais certainement plus courageuse » ! Un soir le géant vient visiter Monette dans sa chambre, et lui prête sa moustache… Grâce à elle, Monette se sent pousser des ailes… Mais attention à ne pas la perdre !
Caroline Fontaine-Riquier nous propose un album drôle et poétique avec La Moustache de Monette. L’autrice nous plonge dans le quotidien d’une petite fille timide et rêveuse, qui grâce à son imagination débordante va pouvoir se faire des amis. Car c’est là le point central de l’album : la rencontre fictive ou réelle (?) de Monette avec le géant et le port de sa moustache – invisible aux yeux de toutes et tous – va donner à Monette le courage d’aller parler aux enfants de son école. L’album oscille entre réalisme et onirisme (car notre petite héroïne ayant malencontreusement perdu la moustache du géant va devoir aller aider ce dernier à se battre contre un dragon). Les aventures que la petite fille vit la nuit avec son complice deviennent des histoires en feuilleton que Monette raconte à ses nouveaux·elles ami·e·s tous les mercredis après-midi ! C’est une formidable ode à l’imagination et au pouvoir de la littérature que nous livre Caroline Fontaine-Riquier. Le texte est porté par les illustrations de l’autrice-illustratrice qui nous plongent dans un univers très rétro et très doux… comme dans un rêve !
Un bel album sur la timidité et le pouvoir de l’imaginaire !
Suzanne préfère le rouge![]() ![]() Texte de Michel Pastoureau, illustré par Laurence Le Chau Privat Éditions 14,90 €, 208×277 mm, 36 pages, imprimé en France, 2018. |
La moustache de Monette![]() ![]() de Caroline Fontaine-Riquier Albin Michel Jeunesse 14,50 €, 246×308 mm, 40 pages, imprimé en France, 2018. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


