Aujourd’hui, pour se préparer à l’arrivée du printemps, je vous propose de découvrir deux albums gourmands, deux hymnes au vivant, qui célèbrent, chacun à leur manière, le rythme des saisons.
Fauve et Jonquille sont deux écureuil·les qui brillent par leur étourderie. Incapables de se souvenir où iels ont caché leurs provisions, les deux comparses errent dans l’hiver glacial et frôlent la mort. Le printemps revient et les deux ami·es prennent une décision : pour éviter de revivre une famine, iels décident de faire des provisions en vue de l’hiver prochain.
La saison des provisions irradie autant que le pelage des deux héro·ïnes (respectivement roux pour Fauve et jaune poussin pour Jonquille). C’est un cri d’amour au plaisir sensuel et sensoriel, un hymne à la joie et à la nature que nous propose ici Fleur Oury. On suit saison après saison, dans un décor lumineux, les tribulations de deux écureuil·les soucieu·ses de se préparer à l’hiver. On sent une joie immense et gourmande chez l’autrice à énumérer, tel un inventaire à la Prévert, le fruit des cueillettes de Fauve et Jonquille. Pour l’été « des fleurs de trèfles, de mauves, hysopes et serpolet », pour l’automne « glands, faînes, noisettes, noix, bolets, chanterelles ». De ces trésors, ces deux gourmets, un peu artistes sur les bords, les transforment, confectionnant des « confitures de mûres » ou des « tartes aux noisettes et à l’ail des ours… ». Joie aussi et surtout à dépeindre la forêt : un territoire riche pour qui veut bien apprendre à observer. Dans cet espace quasi magique, Fleur Oury, de son trait vif, nous embarque à la rencontre d’animaux épicuriens, de plantes secrètes, de fleurs multicolores. Et il y a, une vraie excitation à s’enfoncer dans les sous-bois à la suite de ces deux petits animaux, et à regarder le lent et beau travail de collecte qu’ils nous offrent. Pour sûr, Fleur Oury a un don : celui de nous amener un peu de joie et de poésie au cœur de cet hiver morose !
Voici l’histoire d’un arbre planté par un petit garçon à l’arrière d’une maison neuve. L’histoire d’une amitié très forte entre un homme qui « plantait des arbres » et un mirabellier. L’homme, Gabriel, grandit, devient adulte, se marie, fait des enfants et, toujours, revient auprès de son arbre.
C’est un album sensible et délicat que Le goût des mirabelles. Un album qui nous raconte, en termes simples et poétiques ce qu’est une vie, de l’enfance jusqu’à la mort. L’ouvrage s’ouvre sur la « naissance » de l’arbre par Gabriel, un petit garçon. Page après page, on suit l’histoire d’amitié qui se tisse entre le mirabellier et l’homme, devenu adulte. Il lui raconte ses secrets, qui font frémir les feuilles du fruitier, lui présente sa femme, Adèle, puis ses enfants. Autour de cet arbre symboliquement « généalogique », se retrouve la famille qui s’agrandit, saison après saison. C’est au tour des enfants de Gabriel d’avoir des enfants, qui eux-mêmes jouent dans les branches du prunier. L’écriture ciselée et précise de Delphine Pessin décrit les mécanismes du vivant et rappelle, en toute simplicité, qu’une vie humaine est vouée à disparaître. Pourtant, nul drame ne se joue autour de la mort d’Adèle partie durant l’hiver. De la tristesse, certes, mais sa présence est toujours là, auprès de l’arbre. Cette réflexion pertinente et juste est portée par les illustrations de Delphine Renon. Et, il fallait au moins toute la délicatesse du trait de l’illustratrice pour mettre en couleur ce beau texte. Son univers rassurant est une célébration de la nature du printemps à l’hiver. Elle dépeint les petits plaisirs du quotidien : un déjeuner sur l’herbe au beau milieu de l’été, une cabane construite dans les hautes branches de l’arbre, le ramassage des feuilles mortes quand l’automne arrive. En bref, c’est la vie qui nous est ici contée.
La saison des provisions ![]() ![]() de Fleur Oury Les fourmis rouges 18,50 €, 245×326 mm, 40 pages, imprimées en France, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le goût des mirabelles![]() ![]() Texte de Delphine Pessin, illustré par Delphine Renon L’étagère du bas 13,50 €, 171×232 mm, 40 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.




