Aujourd’hui, deux romans entre deux mondes. Deux villages d’un côté, deux enclos de l’autre. Il sera question de quitter l’adolescence, et cela ne se fera pas sans sacrifice. Âmes sensibles, s’abstenir. (Mais soit dit en passant, je vous souhaite surtout de les aimer autant que moi.)
Tu seras une femme ma fille… Mais à seize ans, ton corps, ton sexe et ta personnalité deviendront un danger. Alors tu seras évincée, mise de côté. Soumise à l’exil comme la pire des épreuves. Parce que tu deviens femme, on se méfiera de toi. Il faudra alors contenir la magie de ton âge. Celle que craignent tant les hommes et les femmes de ta communauté. Dans cet enclos qu’ont connu ta mère, tes sœurs ainées et toutes les femmes du village, la seule règle qui compte est de survivre : aux autres, aux braconniers qui rôdent et pour lesquels ta peau vaut de l’or, à toi-même et à ton esprit de révolte. Reviendras-tu de ce bannissement imposé par la société qui t’a enfantée ? Oseras-tu dire non à ceux qui t’enferment dans ce mauvais rôle ? Choisiras-tu le silence comme toutes celles qui reviennent ? Seul l’avenir — peu radieux — te le dira…
Voilà un roman profondément engagé, qui explore intelligemment le féminisme et la féminité. L’Année de Grâce est une dystopie glaçante par ses échos étrangement familiers et par ses combats toujours à mener. Qu’est-ce qu’être une femme dans un monde qui vous impose de vous taire, d’être l’épouse, la soumise, la taiseuse ? Qu’est-ce qu’un monde qui ne vous offre que l’ombre et le silence ? Qu’est-ce qu’une société qui condamne sans vergogne la moitié de sa population à un cruel rituel qui traumatise en vous dépossédant de votre dignité et de votre singularité ? Il semblerait que L’Année de grâce tente d’apporter des réponses à ces questions fondamentales-là.
Parti en vacances avec sa sœur aînée, Tom s’ennuie. Sa parade ? Des balades en pleine nature lui font un bien fou et lui offrent de belles parenthèses qui ont ce goût doux et amer de la solitude et de la liberté. Au fil de ses errances, le jeune garçon se retrouve face à un chemin qui n’apparaît sur aucune carte. Face à lui, un avertissement non négligeable : suivre cette voie n’a rien d’anodin puisque c’est s’offrir un aller sans retour. Comment ne pas avoir l’audace de céder à la tentation de basculer dans un ailleurs qui offre une autre vie ?
Comme des sauvages est un roman dans lequel la nature happe le héros et mène la danse. Elle l’attire, l’appelle, l’entraîne de son côté pour voir le monde autrement. Mais elle fixe également des règles drastiques qu’il faut savoir accepter et ni les lecteur·rices ne sont prêts à affronter ce qui se joue dans ces pages. Vincent Villeminot signe ici un roman qui ne cesse d’interroger et de mettre en tension le lien entre la nature humaine et la nature sauvage. Il pose les jalons d’une réflexion qui questionne nos modes de vie, notre rapport au monde. De manière plus générale — et diablement habile — il bouleverse aussi, sous sa plume cinglante, la place que tout·e auteur·rice accorde à ses héros. Et entre les lignes, il sonde avec une justesse incroyable la manière dont on choisit de quitter l’enfance… Et si grandir signifiait avant tout d’apprendre à accepter les abandons ?
L’Année de grâce![]() de Kim Ligget (traduit de l’anglais par Nathalie Peronny) Casterman 19,99 €, 140×220 mm, 448 pages, imprimé en Espagne, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Comme des sauvages![]() de Vincent Villeminot Pocket Jeunesse 18,90 €, 140×220 mm, 320 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.

