Aujourd’hui, des mots et des images qui tentent de panser les douleurs et les blessures de guerre.
Elle surgit comme ça. Elle n’attend pas toujours qu’il fasse froid, elle peut même éclater sous un soleil radieux. Et quand elle surprend votre quotidien sans crier gare, c’est toute votre vie qui bascule dans une violence inouïe. Ainsi volent en éclats l’école, les rues de la ville, les toits des habitant·e·s. Quel autre choix que celui de partir, de fuir vers le calme et le plus doux ? Commencent alors les jours d’errance, les heures interminables de marche pour s’emparer de la sérénité qu’offrent d’autres ailleurs. Mais une fois le chaos derrière soi, une autre guerre commence. Plus pernicieuse, plus fourbe. Une guerre intérieure qui divise ceux et celles qui partent et ceux et celles qui refusent que d’autres arrivent. Solitude, rejet, mépris : l’inhumanité prend soudain le visage d’hommes et de femmes qui ont peur et qui préfèrent regarder de loin la misère et la souffrance, comme un poison qui pourrait les atteindre.
Le jour où la guerre est arrivée est un album cruellement d’actualité. Il tente d’expliquer les conséquences désastreuses de la guerre sur les vies ordinaires que l’on dépossède de tout. Ici, les crayons de couleur et les pinceaux s’invitent pour se mettre à hauteur d’enfant afin de mettre des images sur une réalité sombre et tragique. Un texte nécessaire, d’une grande force, servi par un dessin qui n’est pas aussi naïf qu’il n’y paraît. Un joli tremplin pour engager des échanges avec les plus jeunes afin d’expliquer avec délicatesse et justesse la douleur et le parcours difficile de ceux et celles qui font le choix de l’exil.
Un album comme une main tendue vers l’autre.
La guerre éclate en se moquant de la fragilité de la paix en sursis. Et pour la raconter, trois voix vont surgir des pages. Celle d’un vieil homme trop âgé pour quitter sa terre d’origine, celle d’une demoiselle qui n’a pas froid aux yeux et celle d’une lionne qu’on arrache à sa jungle pour la mettre en cage. Trois vies qui vont se retrouver liées au fil des pages de ce petit roman polyphonique.
À travers ces récits qui se font écho, c’est un monde en guerre qui se dessine sous nos yeux et sous le trait de Madeleine Pereira. Dans cette ville du Moyen-Orient ravagée par les bombardements, la
population s’active pour survivre face au manque et au danger. Le texte, très subtil et joliment écrit, dépeint la crise humanitaire qui s’ajoute au conflit en préférant laisser la guerre en toile de fond et en laissant surgir beaucoup d’humanité à travers ses personnages qui font de la solidarité une valeur commune. Toutes les histoires ne finissent pas toujours aussi bien, mais apporter un peu de beauté et de romanesque dans ce monde-là parvient à rendre ce récit lumineux même au cœur des heures les plus sombres de cette ville.
Un petit roman pour redonner du courage face à l’adversité.
Le jour où la guerre est arrivée![]() ![]() Texte de Nicola Davies (traduit de l’anglais par Nelle Hainaut-Baertsoen), illustré par Rebecca Cobb Éditions Mijade 14 €, 285 x 243 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2019. |
La Lionne, le vieil homme et la petite fille![]() Texte de Nathalie Clément et d’Yves-Marie Clément, illustré par Madeleine Pereira Éditions du Pourquoi Pas ? 9,50 €, 150 x 190 mm, 77 pages, imprimé en France, 2019. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.


