Dans le premier livre du jour, il sera question d’une fille dont la rumeur va faire d’elle un garçon, dans le second, d’un garçon dont le bruit court qu’il est gay. Un roman et un manga qui m’ont parfois interrogé (voire dérangé).
Tout a commencé par une photo reçue sur Instagram, envoyée d’un compte anonyme. Gabrielle (surnommée Gaby) semblait endormie, son pantalon et son slip étaient baissés et l’on pouvait apercevoir un pénis et des testicules dans son entrejambe. C’est vrai que la rumeur courait déjà au lycée que Gabrielle n’était pas une fille. Ses cheveux courts, son absence de poitrine, ses sourcils épais, la façon dont elle s’habillait et se comportait… Certain·es avaient même osé lui poser la question, mais Gaby n’était pas du genre à répondre à ce genre de questions… Est-ce que l’absence de réponse était un signe ? Maintenant que la photo était là, il n’y avait plus de doute, même si l’intéressée clamait haut et fort que c’était un montage.
Je suis assez embarrassé pour vous parler de Gabriel·le, mais ayant aimé tout de même ce roman, j’avais envie de le chroniquer. Embarrassé tout d’abord pour des raisons personnelles, le récit m’a mis assez mal à l’aise à de nombreuses reprises et un élément de « science-fiction » (que je ne divulgâcherai évidemment pas ici) m’a un peu gêné. De façon moins personnelle, il se trouve qu’en parlant de ce roman autour de moi je me suis aperçu que deux personnes l’avaient lu, un garçon trans et une personne non binaire, et ces deux personnes étaient aussi gêné·es par ce roman, mal à l’aise. Notamment à cause de la fétichisation (dans le sens où l’on se concentre beaucoup sur l’entrejambe de Gabriel·le). Pourtant, le roman est intéressant à plusieurs niveaux. Sur la rumeur, tout d’abord, et le danger des réseaux sociaux, des montages photo. Ensuite, parce qu’il met en avant une jeune fille issue des Premières Nations d’Amérique. Enfin, car on parle des traumatismes et de la mémoire traumatique (sujet dont j’ai déjà parlé cette semaine avec la BD Embrasse-moi chroniquée lundi), mais aussi du consentement. Des sujets importants qui me poussent à parler de Gabriel·le… tout en disant mon embarras. Et, peut-être pour terminer sur une chose plus positive, je me dis qu’un livre qui met mal à l’aise, qui dérange, interroge, est forcément un livre intéressant et que ce roman est très bien écrit !
Quand Noshiro, 17 ans, arrive dans son nouveau lycée ; il remarque tout de suite Sanada, un adolescent qui se tient toujours à l’écart. Il comprend bien vite que si personne ne veut sympathiser avec lui, c’est qu’on pense qu’il est gay. Pour ce garçon débordant de joie de vivre, hors de question de stigmatiser quelqu’un pour des rumeurs, il décide donc de se rapprocher de Sanada, et tant pis pour ce qu’on dira de lui.
Dans ce premier tome de Comme un nuage (les deux autres tomes de cette trilogie sont sortis depuis), on rencontre trois adolescent·es (l’habituel triangle amoureux) : le jovial Noshiro, le renfermé Sanada (qui a parfois du mal à supporter l’extravagance de son ami) et Yamamoto, grande complice de Sanada. On passe un très bon moment à lire le quotidien de ces trois ados, la découverte les un·es des autres, leur amitié, leur jalousie, leurs exaspérations, leurs interrogations… Peut-être un petit bémol, on croise régulièrement dans le récit l’ex-petit ami de Sanada qui a presque 10 ans de plus que lui, qui ramène un autre adolescent dans son appartement et lui dit adorer « les jeunes beaux garçons »… Cela mis à part, c’est un bon manga qui parle d’homosexualité et d’hétérosexualité, du coming out, de l’acceptation des autres, des rumeurs…
Gabriel·le![]() de Vivien Bessières Rouergue, dans la collection Doado Noir 14,50 €, 140×205 mm, 176 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Comme sur un nuage![]() Scénario d’Okura (traduit du japonais par Jordan Sines), dessins de Coma Hashii Akata, dans la collection Médium 7,25 €, 166×177 mm, 249 pages, imprimé en Italie, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !

