Il semblerait que la petite Boucle d’Or ait inspirée auteur·rices et illustrateur·rices ces derniers mois. Je vous propose donc aujourd’hui deux versions détournées de ce conte.
Leur chocolat étant bien trop chaud, les trois ours décident de le laisser refroidir et d’aller saluer Boucle d’Or. Petit Ours est ravi, Boucle d’Or beaucoup moins. Elle n’a pas le droit d’ouvrir aux inconnu·es ; en plus, ces trois-là ont décidé de faire la visite complète de la maison. Une visite dynamique, pourrait-on dire. Ce sont des ours, ils et elle sont un peu bourru·es. Papa Ours brise le canapé en s’y asseyant et Maman Ours s’essuie la bouche dans les rideaux, avant de s’octroyer une sieste bien méritée. Enfin, disons, un petit somme ; car, s’être assoupi quelques minutes, c’est reparti pour la découverte de la demeure. Les bêtises s’enchaînent pièce après pièce, mais cela ne semble poser problème qu’à Boucle d’Or. La pauvre, elle ne sait plus où donner de la tête. Enfin, les trois ours décident de quitter les lieux. Trop dangereux, chez ces humain·es ! C’est le moment que choisissent les parents de la petite blonde pour rentrer. Il ne lui reste donc plus qu’à leur expliquer pourquoi la maison se trouve sens dessus dessous !
Cela fait des siècles que Boucle d’Or rend visite aux trois ours, il est donc plus que temps que ces dernier·ères fassent de même. Nous passons donc du point de vue de la petite blondinette à celui de Petit Ours ; et autant vous dire que cela vaut le détour. Qu’est-ce qu’on rigole ! Le comique de situation, ça fonctionne toujours. Ils paraissent bien sous tout rapport ces trois ours, mais les illustrations nous racontent bien d’autres choses. On appréciera les dessins de la maison en coupe, qui nous laisse entrevoir chaque pièce du domicile, et la pagaille laissée par les quadrupèdes. On notera également le travail sur la couleur, tout en or et ours (jaune et marron), presque doux, en opposition avec la tornade qui s’abat. Un livre à lire et à relire, afin de découvrir toujours plus de petits détails semés çà et là, mais aussi pour s’assurer une bonne tranche de rigolade à chaque fois.
Ce matin-là, le beau temps étant au rendez-vous, Papa Ours, Maman Ours, et Bébé Ours décident de sortir planter des bulbes à l’arrière de leur maison, avant de prendre leur petit-déjeuner. C’est ce moment-ci, que choisit un petit garçon à la chevelure blonde, pour pénétrer dans la maisonnette. Il goûte le chocolat chaud laissé sur la table et qui lui fait tant envie, mais renverse le bol. Sentant qu’il a fait une grosse bêtise, il part se cacher, parsemant la maison de ces traces de pas chocolatés. À leur retour, les ours n’ont pas de peine à retrouver la (petite) bête qui se cache dans leur maison. Effrayé, le petit garçon tente de fuir par la fenêtre. Mais, ouf ! Une grosse patte le rattrape.
Avec cet album, Adrien Albert nous livre SA version du célèbre conte ; une version d’une grande modernité, qui s’éloigne habilement de la version traditionnelle sans pour autant la renier. L’auteur redistribue les rôles : la chevelure blonde appartient à un petit garçon, Papa et Maman Ours, tout comme leurs voisins, vivent de manière égalitaire (oublié, notamment, le grand/moyen/petit) dans une maison au décor très épuré et coloré, très contemporain. Adrien Albert va même plus loin en jouant sur les aspects sauvage/civilisé, en un aller-retour permanent entre l’animal et l’humain. Par exemple, dans un passage, le petit garçon est pris pour une bête ; puis, quelques pages, plus loin, les ours ont face à lui une réaction presque humaine, de consolation et de réconfort envers lui. D’ailleurs, on pourra observer, dans les illustrations, les un·es ou les autres marcher à 4 ou à 2 pattes. On apprécie ces personnages qui s’affranchissent de leurs rôles habituels, tout autant que le narrateur, qui comme une petite voix dans nos têtes, met en garde sur la situation ou donne son point de vue. Et voilà, comment Adrien Albert arrive encore à nous surprendre et à nous amuser avec une histoire que l’on croyait connaître par cœur.
Les Trois Ours chez Boucle d’Or![]() ![]() de Sibylle Delacroix Bayard jeunesse 12,90 €, 255×350 mm, 32 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Notre Boucle d’Or![]() d’Adrien Albert L’école des loisirs 12,50 €, 263×259 mm, 36 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.





1 thought on “Connaissez-vous vraiment Boucle d’Or ?”