Et si l’on allait se balader un peu, loin de nos contrées, dans des histoires dépaysantes ? Voici deux albums qui nous plongent dans des cultures lointaines.
La petite Smilla se fait enlever par une vieille dame en blanc. C’est une sorcière, la Sorcière blanche. Quand il rentre de la chasse, son père Miki n’a plus que ses yeux pour pleurer (ses bras lui sont tombés d’étonnement…). Il se rend chez le shaman pour obtenir de l’aide, mais celui-ci refuse de faire quoi que ce soit : Miki n’a pas d’argent ni de cadeau à lui offrir. Anuun, le Garçon-au-sourire, lui propose bien de l’aider, mais Miki n’a pas confiance : au village, tout le monde le prend pour un idiot. Annun n’en a cure, il prend ses patins, et le voilà parti à la recherche de Smilla. Anuun n’est pas un idiot. Au contraire, il est un peu sorcier et, dans sa tête, il voit où la sorcière se cache. Au bout d’un long long chemin, il arrive devant sa tente et, grâce à une chanson magique qui endort, il parvient à lui faire fermer ses paupières. Anuun en profite pour récupérer Smilla. Mais la sorcière se réveille ; folle de rage, elle les poursuit. Un long combat s’engage, qu’Anuun réussit à gagner. Tenant dans ses bras Smilla comme si elle était le plus grand des trésors, il rentre au village. Tous sont heureux de revoir la petite fille mais elle n’a pas l’air dans son assiette… Anuun comprend : il a ramené le corps de Smilla mais pas son âme ! Le voilà bon pour un nouveau voyage chez la sorcière…
Sorcière blanche est un beau conte d’inspiration inuit qui nous fait voyager à la rencontre du monde polaire. On y découvre surtout la culture inuit, les croyances avec l’importance du shaman et de la sorcellerie, les tatouages, les modes de vie avec la chasse au phoque, et même les coutumes vestimentaires. Les illustrations de Ghislaine Herbéra sont vraiment fantastiques, elles déploient une grande puissance évocatrice. Les étendues neigeuses se parent de mille reflets, gris, bleu et même rose, et les personnages, extrêmement vivants, sont très expressifs.
Un album qui nous offre une magnifique plongée dans les légendes du Grand Nord.
À Achtarag il y a bien longtemps vivait un épicier qui vendait du pain, des fruits et surtout du miel, doux comme le soleil. Son seul bien était un gros chat gris. Un berger du roi vint un jour de Dzarkachen lui acheter de ce fameux miel dont la réputation dépassait les frontières. Il était accompagné de son énorme chien. Et le malheur arriva… Pendant que l’épicier vantait la qualité de son miel, un pot à la main, une minuscule goutte en tomba. Une abeille qui passait par là ne put résister à la tentation et se précipita pour avaler le délicieux nectar. Mais le chat veillait et n’hésita pas à assommer la bestiole. Le chien ne voulut pas être en reste et se mêla à la bataille. Quoi ? Son chat, attaqué par cet énorme molosse ? Le sang de l’épicier ne fit qu’un tour, et il se mit à frapper avec rage l’animal. Le berger ne pouvait laisser cet affront impuni, et il attrapa sa massue. Une chose en amenant une autre, les deux villages entrèrent en guerre. Et il se trouve que ces deux villages appartenaient à deux royaumes dont les rois ne pouvaient laisser passer l’occasion, trop belle, de conquérir leur voisin. Bientôt, tout ne fut que désolation. Et tout cela pour une malheureuse goutte de miel…
La goutte de miel est un conte traditionnel arménien, allégorie du génocide arménien. Sur la structure d’un conte-randonnée, il démontre par l’absurde comment un minuscule événement peut déclencher des conséquences imprévisibles, et dramatiques, et la réaction en chaîne déclenchée par le besoin de vengeance. Ici, il s’agit de l’adaptation en vers de Hovhannès Toumanian, qui date de 1909 ; la traduction française reprend cette forme poétique, faisant jouer les sonorités entre elles. Quant aux illustrations de Séta Papazian, elles s’inspirent de l’iconographie arménienne, n’utilisant pratiquement qu’une large palette de gris, dans laquelle brille l’or de la goutte de miel.
Un album poétique qui aborde avec finesse les thématiques de l’engrenage de la violence et de son absurdité.
Sorcière blanche![]() texte de Carl Norac, illustré par Herbéra À pas de loups 16 €, 220×280 mm, 48 pages, imprimé en Belgique, 2016. |
La goutte de miel![]() de Séta Papazian (d’après un conte arménien de Hovhannès Toumanian) Cipango 15 €, 250×250 mm, 28 pages, imprimé en République tchèque, 2015. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !

