Moins éphémère et immédiate que le courrier électronique et autres messages instantanés, la lettre de correspondance a l’avantage de s’inscrire dans la durée et de donner une dimension plus formelle et sensorielle à la communication. Idem pour le journal permettant d’extérioriser ses émotions, qu’il soit destiné à être lu ou non. Découvrons, aujourd’hui, deux albums qui mettent en valeur ces deux moyens d’expression.
À travers son journal, une petite fille s’adresse à sa mère partie en expédition polaire. Elle rend compte du manque, de l’attente, des petits événements quotidiens mais aussi du rapprochement avec son père. Les jours et les semaines passent, quand rentrera sa mère ?
Une petite fille, impatiente et curieuse, se languit de l’absence de sa mère, scientifique, partie travailler sur la banquise. L’album aborde avec justesse, sensibilité et humour la séparation d’avec un parent parti travailler loin de son foyer. Une situation somme toute assez banale, mais souvent douloureuse pour l’enfant concerné·e. L’emploi du journal, destiné à être lu par la mère à son retour, permet ainsi à la petite fille d’extérioriser ses émotions et met en exergue la dimension cathartique de l’écriture. Aux illustrations aux tons chaleureux, symbolisant le foyer parental, répondent celles aux tons froids qui suggèrent la froidure de l’hiver polaire. Ce contraste saisissant met en valeur deux mondes séparés par des milliers de kilomètres, mais dont la distance est, en quelque sorte, gommée par les lettres et autres cadeaux expédiés par la mère, et le journal tenu par la petite fille. Cette dernière y écrit d’ailleurs ceci : « Je garde précieusement toutes tes enveloppes. J’aime la douceur de leur papier, leur parfum, ton écriture dessus. Vingt-trois enveloppes. Vingt-trois façons d’être avec toi. » Ces quelques mots rendent compte des liens mère/fille indéfectibles malgré les kilomètres qui les séparent.
Octave est triste. Il envie terriblement son amie Félicie. Pour cause, celle-ci reçoit des lettres de sa cousine Célestine, tandis que lui n’a ni courrier, ni boîte aux lettres, ni cousine. Qu’à cela ne tienne, il se rend chez le quincaillier pour se procurer une belle boîte aux lettres. Ce dernier lui donne l’adresse de sa cousine Winifred qui habite en Australie. Commencent alors une tendre correspondance et une belle amitié.
Joli coup de cœur pour cette histoire qui met en évidence l’amitié par-delà les frontières et permet, ingénieusement, de faire apprendre l’alphabet aux plus jeunes tout en les sensibilisant aux subtilités de la langue française. En effet, l’album joue sur la polysémie du mot « lettre » qu’Octave prend justement au pied de la lettre (sans mauvais jeu de mots). Car lettre après lettre (tant au sens propre qu’au sens figuré), les lettres de l’alphabet voyagent à travers des enveloppes. Il en va ainsi du W, seul signe inscrit sur la première lettre destinée à Winifred, qui lui répondra par un O en retour, etc. Les lettres de l’alphabet traversent l’océan pour le plus grand plaisir des correspondant·es qui s’empressent d’encadrer au mur les lettres adorablement calligraphiées ou de les accrocher à un fil pour en faire une guirlande. Puis, lettre après lettre, Octave finira par comprendre que mises bout à bout ces lettres forment des mots, puis des phrases. Le tout génère le sourire chez les lecteurs et lectrices et une certaine empathie pour ces correspondant·es. Alors, à vos stylos et papiers à lettre !
Ma mère des banquises![]() ![]() Texte de Didier Lévy, illustré par Tiziana Romanin Les Éditions des Eléphants 15 €, 210×287, 40 pages, imprimé en Slovaquie, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La boite aux letrres![]() ![]() Texte de Pierrette Dubé, illustré par Aurélien Galvan Père Castor 5,95 €, 177×209, 32 pages, imprimé en République tchèque, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.




