« Le vrai collectionneur est davantage intéressé par la quête que par la possession. » affirme Umberto Eco. Que l’on collectionne pour le plaisir, pour combler un manque ou pour matérialiser des souvenirs, les deux albums du jour nous invitent, que l’on soit grand·es ou petit·es, à reconsidérer nos collections.
Yvette collectionne les bouts de bois en forme de Y comme l’initiale de son prénom. Sa grand-mère, elle, lui conte les collections originales, voire farfelues, de personnes de son entourage, avant de lui présenter la sienne.
Sur le chemin du retour de l’école, Yvette et sa grand-mère entament un dialogue autour de collectionneurs dont les objets récoltés sont aussi surprenants et drôles que leurs propriétaires. Il y a Luigi qui garde en souvenir une pierre ou un galet pour parer aux trous de mémoire. Il y a les voisins de Mamita qui collectionnent les chiens et les chats, de toutes les couleurs et de toutes les tailles, ou encore Alfred qui accumule les pingouins dans sa demeure et se comporte comme eux. Ces collections en disent long sur leurs propriétaires… Mais le suspense demeure, que collectionne papy ? Et Mamita alors ? Yvette est bien curieuse. Les illustrations très colorées, chaudes et fourmillantes de détails sont à la fois tendres, généreuses et ne manquent pas d’humour pour mettre en valeur les collectionneurs exposés (dont on retrouve une brève biographie à la fin de l’ouvrage. On notera par ailleurs que le nom du père de l’auteur y est mentionné. Bel hommage.) tout au long de l’histoire ainsi que les liens indéfectibles entre les deux protagonistes. Ainsi, au-delà de l’aspect tangible des objets collectionnés, cette histoire interroge sur ce qui est vraiment précieux aux yeux de celui ou celle qui les collectionne.
Car collectionner ne signifie pas seulement accumuler. C’est également observer le monde scrupuleusement et créer du sens à travers ces objets. L’album aborde aussi, en filigrane, la perte de mémoire, lorsque Mamita ne retrouve plus le chemin de la maison, mais ce, sans s’appesantir comme beaucoup d’albums peuvent le faire ces dernières années. Plus encore, cette histoire fait l’éloge de la transmission et des liens intergénérationnels entre une petite-fille et sa grand-mère, conteuse et raconteuse d’histoires hors pair. Car derrière chaque collection ne se cache-t-il pas un·e collectionneur·euse et encore derrières elleux, une histoire ?
Llewelyn adore récolter des objets, des instants de bonheur et les collecter dans des bocaux. Les contempler ensuite le remplit de bonheur. Un soir, il rencontre Evelyn. Débute alors une tendre histoire d’amitié entre les deux personnages et avec elleux, leur collection. Au fil des saisons, cette dernière et leur attachement réciproque s’agrandissent d’ailleurs également pour un bonheur sans cesse renouvelé grâce aux bocaux. Mais un jour, Evelyn doit déménager. Comment faire perdurer leur amitié et leur collection malgré la distance et l’éloignement ?
Deborah Marcero livre ici un album poétique d’une tendresse infinie qui met en valeur l’amitié et les moments partagés. En effet, les bocaux collectionnés par les deux personnages principaux, Llewelyn et Evelyn, accueillent leurs souvenirs en mettant ainsi en évidence l’importance des moments passés ensemble pour les chérir.
Symboliquement, leurs collections rappellent aux lecteurs et aux lectrices la nécessité de s’émerveiller face à ce qu’offre la nature. Les illustrations pleine page ou sous la forme de vignettes génèrent une certaine dynamique de lecture et valorisent chaque petit détail contenu dans les bocaux. L’amitié entretenue par les deux personnages malgré l’éloignement, à l’heure du tout numérique, rappelle le caractère primordial des interactions IRL (in real life.) Elle pointe du doigt les possibilités offertes par les autres moyens de communication proposés par la poste, par exemple, avec l’envoi de colis et de courriers, afin de rendre tangibles les relations interpersonnelles, scellant ainsi des liens indéfectibles. Alors, n’hésitez pas à lâcher vos écrans et à reprendre la plume ainsi qu’à collecter vos souvenirs pour mieux les partager.
L’étrange collection de Mamita![]() ![]() Texte de Thomas Médard, illustré par Lisbeth Renardy Les Fourmis Rouges 16 €, 206×293 mm, 36 pages, imprimé en Pologne, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La collection de trésors![]() ![]() de Deborah Marcero (traduit de l’anglais par Maud Desurvire) Glénat jeunesse 14,50 €, 222×285 mm, 40 pages, imprimé en Europe, 2023. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Les pieds sur terre et la tête dans les nuages, Laetitia est une éternelle rêveuse qui partage sa vie entre la terre et la mer. Bien que tombée dans la marmite aux mots dès l’enfance, ce n’est que sur le tard qu’elle se découvre une passion pour la Littérature jeunesse avec un L majuscule et collectionne depuis lors les albums qui font la part belle à l’imagination et font l’éloge des mots.


