Aujourd’hui, des larmes, des complexes… et du rire, avec deux albums étonnants et détonants !
L’héroïne de cette histoire est une girafe tout ce qu’il y a de plus normal : des pattes élancées, un pelage joliment tacheté et surtout un long, très long cou qui la complexe terriblement. Persuadée que tout le monde se moque d’elle, elle tente désespérément de le camoufler à grand renfort d’écharpes et de nœuds papillon, mais rien n’y fait. Si seulement elle pouvait avoir le superbe cou du lion, ou celui, si puissant, de l’éléphant… Alors qu’elle part une fois de plus se cacher, la voilà qui tombe (littéralement) sur une tortue au cou minuscule mais au complexe tout aussi énorme que le sien. Et si cette rencontre était l’occasion pour elles d’apprendre à s’aimer telles qu’elles sont ?
Après Banquise blues (que nous avions chroniqué ici), Jory John et Lane Smith nous régalent une fois de plus avec un album réussi à tous points de vue. Malgré un thème et une structure proches du précédent, on n’a ici aucune impression de redite. Cette fois, c’est dans la savane que le duo nous emmène avec cette histoire très juste sur la question des complexes : se trouver toujours « trop quelque chose », scruter les autres par envie ou peur des moqueries, être obsédé par son corps au point de fuir les regards… Avec beaucoup d’humour et de légèreté, l’album invite à se poser les bonnes questions et y apporte quelques réponses franchement réconfortantes. Le texte est si maitrisé que l’on en trouve tout naturellement le ton et le rythme, et les illustrations de Lane Smith lui font parfaitement écho. De la mise en page qui varie constamment aux expressions irrésistibles des personnages, chaque instant de la lecture nous offre son lot de surprises et d’inventivité.
Gros coup de cœur pour cet excellent album qui invite à s’accepter tel·le que l’on est !
Alors qu’elle ramasse du grain dans la plaine, une petite colombe se blesse à la patte et laisse échapper un long « hou hou houuuu » plaintif. Ses gémissements parviennent aux oreilles d’un coyote qui, persuadé que ce qu’il entend est un chant mélodieux, lui ordonne de recommencer pour qu’il puisse en apprendre l’air. Malgré les récriminations de l’oiseau, le coyote refuse de croire que ce qu’il a entendu n’est qu’un sanglot, et considère même que le contredire est faire insulte à son oreille musicale… Sous la menace, la petite colombe s’exécute, et Coyote repart avec le précieux chant… avant de l’oublier quelques instants plus tard ! Et ce n’est que le début d’une longue série de péripéties pour les deux animaux qui ne sont clairement pas au bout de leurs peines !
Muriel Bloch nous propose dans ce petit album une adaptation d’un conte amérindien assez peu connu. Si la structure du récit et le duo de personnages que l’on y retrouve sont assez classiques,
le thème du conte est lui plutôt original et particulièrement bien développé. Le son perdu, puis retrouvé, puis perdu, puis retrouvé rythme le texte et le rend délicieux à lire à voix haute et à écouter. On retrouve celui-ci habilement figuré par un ruban coloré qui serpente au fil des très jolies illustrations de Marie Novion, mises en valeur par la typographie manuscrite qui donne à l’ensemble un charme tout particulier.
Un délicieux petit album pour faire travailler ses cordes vocales !
Girafe blues![]() ![]() Texte de JoryJohn (traduit par Emmanuel Gros), illustré par Lane Smith Gallimard Jeunesse 14 €, 217×269 mm, 40 pages, imprimé en Italie, 2018. |
Coyote et le chant des larmes![]() ![]() Texte de Muriel Bloch, illustré par Marie Novion Seuil Jeunesse 12,50 €, 240×175 mm, 40 pages, imprimé au Portugal, 2018. |
Aime les crêpes et les animaux rigolos.


