Aujourd’hui, on parle du fait de croire. Croire en ce qu’on nous raconte, croire en ce que voient les autres ou avoir des certitudes sur la vie.
Tilly et Martin habitent dans le même immeuble et se connaissent depuis leur naissance. Les deux enfants se demandent comment c’est d’habiter ailleurs, être quelqu’un d’autre… Tilly sait que chez sa copine P’tit Puce, on peut enlever les coussins du canapé, sortir les casseroles des placards et jouer à la marchande avec de vrais aliments… et chez P’tite Puce il y a même des meringues ! Chez Martin, on rigole moins, sa mère répète que tout n’est pas drôle dans la vie et qu’il et elle comprendront plus tard… Tilly a des certitudes sur plein de choses, mais régulièrement ses observations lui font se rendre compte que les choses ne sont pas si simples…
Coup de cœur pour ce magnifique album dans lequel on retrouve les réflexions de deux enfants, leurs observations. Tilly regarde (et compare) comment les gens vivent chez eux, ce qu’on a le droit d’y faire ou de ne pas y faire (quel enfant n’a jamais été surpris par ce genre de différence chez ses ami·es), se demande pourquoi sa mère n’a pas de monnaie quand elle croise un SDF (mais d’ailleurs, pourquoi ne pas lui donner la carte bancaire, y’a encore plus de sous dessus !), Tilly se rend compte que quand la classe va à la piscine, Boris ne se baigne pas… Difficile de résumer tous les sujets abordés ici, ils sont très nombreux (le texte de l’album est assez long, mais on ne s’ennuie pas une seconde et c’est un régal à lire),
Eva Staaf et Emma Adbåge racontent avec beaucoup de finesse et énormément d’intelligence ce que les enfants observent et ne comprennent pas toujours (et leurs réflexions nous font souvent réfléchir aux petites choses que l’on fait ou ne fait pas par réflexe bien souvent). Comme toujours avec les livres qui nous viennent de Suède, on parle ici avec justesse (et à hauteur d’enfant) de notre monde d’aujourd’hui, tel qu’il est vraiment. Et Tilly qui croyait que… est un album sur lequel on a envie de revenir souvent, le relire régulièrement, observer encore les détails des planches… Une pépite !
Dans un village, tout le monde connaissait la Furie. Personne ne l’avait jamais vue, bien sûr, mais chacun·e avait son opinion. Certain·es disaient entendre ses terribles cris la nuit, d’autres prétendaient qu’elle rampait sans bruit, prête à attaquer… Si personne ne voyait la Furie de la même façon, toutes et tous étaient d’accord sur un point : il ne fallait pas laisser s’approcher la Furie du village. La meilleure solution pour ça était de construire un mur… Albertine en avait assez d’entendre parler de cette Furie sans que personne ne sache vraiment qui elle était, elle décida de partir à sa rencontre…
La Furie est un très bel album qui parle, en premier lieu de la rumeur et de la peur de l’autre. Ici, tout le monde a peur… mais sans savoir de quoi ! On construit des murs… sans savoir de qui l’on se protège ! Agnès Laroche et Mathilde George nous racontent ce qu’il se passe quand on se laisse déborder par des peurs irrationnelles sans essayer de chercher la vérité. Un autre thème important est abordé ici (et je suis obligé de vous divulgâcher l’histoire en le disant), les réfugié·es, l’accueil de l’autre. Car les cris que l’on entendait dans la forêt ne sont que ceux d’un bébé qui a faim, un bébé qui, avec deux femmes, a fait un long voyage. Côté représentation, on n’est pas en reste, puisque c’est une petite fille noire qui va oser aller faire ce que personne n’ose, qu’au village les femmes aussi construisent les murs et que les hommes portent les bébés en écharpe (l’album est sorti chez Talents Hauts, maison d’édition qui lutte contre le sexisme). Mathilde George illustre le texte d’Agnès Laroche avec de belles planches très colorées et pleines de modernité. Un bel album à travers lequel on parle de bien des sujets importants.
Cachée derrière un mur une créature téléphone. Ses paroles sont sans équivoque, la créature contacte Vénus depuis la Terre. Elle fait un rapport sur ses observations, notamment sur le bazar qui règne dans un endroit qui semble habité par un garçon qui joue à la console. La créature a repéré celle qui semble régner sur les lieux, celle-ci est dans la cuisine où elle maltraite une carotte. Soudain, c’est la panique, la cheffe s’adresse à la créature, se pourrait-il que la cape d’invisibilité ne fonctionne plus ?
Beaucoup d’humour dans cet album signé Michaël Escoffier et Matthieu Maudet (l’un des meilleurs duos en littérature jeunesse). Ici, on parle donc des mondes imaginaires (ou pas) des enfants, mais aussi des chamailleries entre frères et sœurs. Impossible de vous raconter la fin, mais si l’album est très bon de bout en bout, la chute est totalement inattendue et fera rire grand·es et petit·es ! Déjà sorti en 2012 aux éditions Thierry Magnier, Balivernes et PilPoil ont la bonne idée de rééditer ce super album, et pour l’occasion Matthieu Maudet a ajouté des couleurs à ses planches pour les rendre encore plus pétantes !
Alors qu’il venait de lire un livre sur le loup, Léon décida d’aller vérifier si tout ce qu’il avait lu était vrai. En route il rencontra plusieurs animaux qui, chacun, lui dirent ce qu’ils avaient entendu de terrible sur cet animal féroce. Forcément, quand Léon rencontra le loup, il avait un peu d’appréhension, mais enfin il allait pouvoir vérifier si ce qu’on dit du loup était vrai…
Tout comme dans La furie (mais d’une tout autre façon), on parle donc ici de la rumeur, des « on dit ». Léon va pouvoir vérifier à la source si le loup mange les enfants, leur grand-mère et les bûcherons ! Sauf que ce que le lapin n’avait pas prévu, c’est qu’on dit aussi certaines choses sur les lapins… La chute est drôle et bien trouvée et permet de rappeler que les a priori fonctionnent dans les deux sens… et c’est souvent quand on est concerné qu’on se rend compte de la bêtise des stéréotypes !
Et Tilly qui croyait que…![]() ![]() Texte d’Eva Staaf (traduit du suédois par Aude Pasquier), illustré par Emma Adbåge Versant Sud 14,90 €, 222×286 mm, 28 pages, imprimé en Europe, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La Furie![]() ![]() Texte d’Agnès Laroche, illustré par Mathilde George Talents Hauts 14 €, 238×200 mm, 20 pages, imprimé en Italie chez un imprimeur éco-responsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Allô Vénus![]() ![]() Texte de Michaël Escoffier, illustré par Matthieu Maudet Balivernes / PilPoil 13 €, 218×187 mm, 34 pages, imprimé en République tchèque, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
On dit du loup![]() ![]() Texte de Géraldine Collet, illustré par Célia Marquis Les 400 coups, dans la collection Grimace 11 €, 222×223 mm, 32 pages, imprimé en Chine, 2019. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !





