L’automne ne tardera pas à chasser définitivement l’été. Alors je vous propose deux titres dans lesquels les arbres feuillus ont le joli rôle… Deux lectures qui donnent assurément envie de profiter de toute la beauté du monde, vue d’en haut…
Côme, baron du Rondeau, est un garçon de caractère. À la suite d’une dispute familiale, ce dernier décide d’élire domicile dans les arbres qui bordent le domaine parental. Il n’a alors que douze ans et offre un facétieux pied de nez à ses proches en refusant catégoriquement de redescendre. Jour après jour, la vie dans les cimes prend forme et le jeune homme redouble d’ingéniosité pour organiser sa vie perchée. Autour de lui, on espère secrètement qu’il finira bien par regagner la terre ferme. Les années passent et – à la surprise de toutes et tous – la marginalité lui va comme un gant. En prenant de la hauteur, Côme observe son monde s’agiter sans lui. Son quotidien est fait de rencontres, autant d’occasions pour lui de se construire et de mieux appréhender le monde, de le questionner et d’en déceler les codes. Un art de vivre qui mêle philosophie, indépendance et envie furieuse de mener son existence comme bon lui semble. Néanmoins, cette apparente liberté ne serait-elle pas illusoire tant l’univers qu’il s’est réinventé a aussi les allures d’une prison de bois et de feuillages ?
L’adaptation du roman d’Italo Calvino par Laure Martin est une réussite de bout en bout. Elle parvient à respecter l’esprit de l’œuvre et toute la fraîche légèreté qui s’en dégage. Le scénario trouve le juste équilibre en s’appuyant sur les temps forts de l’œuvre sans pour autant l’adapter de façon trop linéaire. Si le roman – qui s’offre parfois quelques longueurs – peut rebuter les plus jeunes, le travail de l’autrice-
illustratrice ne dénature en rien l’esprit de l’histoire originelle. Les puristes se retrouveront peut-être moins dans le texte qui élague quelque peu la langue de Calvino et le travail de traduction de Juliette Burnant ce qui permettra toutefois aux lecteurs et lectrices moins enclin·es à la lecture de classiques de faire un premier pas vers ce roman italien. Côté planches, les couleurs lumineuses s’emparent des hauteurs et inondent la campagne d’Ombreuse si bien dépeinte par Italo Calvino. On passe d’une case à l’autre en suivant les petits sauts de Côme de branche en branche. Au cœur des espaces feuillus, c’est tout un monde qui naît et se crée loin de la maison de maître dont il pourrait pourtant jouir à l’envi. Ce Robinson des arbres vit ainsi au milieu des livres et fait de son univers un paradis reconstruit, une chambre bien à lui, un domaine dont il est le roi. Alors que très souvent les adaptations me déçoivent et me paraissent toujours un peu fades, j’aime ici la manière dont Laure Martin a su en restituer l’esprit. Une fable aussi passionnante de son héros !
Cela commence par une petite feuille qui virevolte. En automne, elle serait passée inaperçue mais ce jour-là, elle ressemble à une invitation pour Titou qui lève le museau vers le ciel. Dès lors, une question le taraude. « Comment c’est, tout là-haut ? » Alors qu’il s’affaire et ramasse des prunes au pied de l’arbre, il constate avec effroi que son butin fruitier n’est plus. Une déconvenue en appelant une autre, le voilà assommé par des projectiles qui ressemblent étrangement aux noyaux des fruits précieux subtilement dérobés. Ni une, ni deux, il retrousse ses manches et se décide enfin à escalader l’arbre gigantesque afin de régler ses comptes avec les chapardeur·ses des cimes. D’une branche à l’autre, bien des rencontres lui ouvrent les portes d’un univers qu’il ne connaît pas. Et une nouvelle question s’empare de lui… Pourquoi ce petit monde s’agite tant, grisé par l’impatience d’un événement qui se prépare ?
Hé ! Là-haut est un album parfait à offrir aux petit·es curieux·ses soucieux·ses de s’intéresser au monde qui les entoure. À l’instar de Titou, chacun·e se trouvera pris au jeu de cette ascension un peu folle et partagera l’envie de notre souris d’en savoir toujours plus sur ce qui l’attend pour ce rendez-vous au sommet. Les nombreux effets de contre-plongée nous donnent l’impression de prendre de la hauteur en suivant notre héros… Immersion assurée ! Enfin la palette de couleurs joue progressivement sur cette ambiance de fin de journée, entre chien et loup, qui ménage un certain suspense quant au mystérieux événement qui mobilise tous les personnages. Un très bel album, particulièrement doux qui donne envie de grimper aux arbres plus souvent, qu’on soit adulte ou enfant.
Le Baron perché de Laure Martin d’après l’œuvre d‘Italo Calvino Jungle 16,95 €, 225 x 288 mm, 120 pages, imprimé en Pologne, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Hé ! Là-haut !![]() de Christine Davenier L’École des loisirs dans la collection Loulou & Cie 11,50 €, 203 x 278 mm, 40 pages, imprimé en Malaisie, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com. |

J’aime les gens qui doutent, aller voir ailleurs si j’y suis, oublier le temps dans une librairie, boire du vin et du thé, entretenir mon goût démesuré pour les petites listes… Amoureuse du cinéma de Miyazaki, des chansons de Pierre Lapointe, des pinceaux de Mélanie Rutten, des BD de Renaud Dillies, de la poésie de Vinau, des livres illustrés et des romans qui bousculent avec de jolis mots.

