Aujourd’hui, je vous entraîne dans la vallée pour une aventure littéraire, à travers deux livres : un album et un roman ; tous deux porteurs de l’espoir d’un monde meilleur.
Apolline est une petite fille qui aime cultiver les fleurs, en particulier les tournesols. Elle vit heureuse dans sa vallée. Voir grandir ses fleurs suffit à sa joie. Malheureusement, un jour, sa quiétude est perturbée par un nuage noir menaçant à l’allure de loup. Il dévore le soleil et assombrit la vallée, comme l’avenir. À l’image de ses tournesols, la fillette se flétrit et se meurt. Puis au chagrin succède la colère, source d’énergie, pour lutter contre la noirceur de ce nuage. Mais quand la colère ne se montre pas bonne conseillère, alors elle doit chercher ailleurs en elle des solutions.
Deux personnages sont au cœur de cet album : Apolline, qui tel un Appolon dieu du soleil, est la reine des tournesols ; et le loup(-nuage), le grand méchant de toujours. Haine, abattement, tristesse et colère ne peuvent durer. La demoiselle ira puiser en elle les ressources nécessaires pour faire bouger les choses. On pourrait voir en cet album une mise en mots et en image du célèbre dicton « Après la pluie, le beau temps ». Mais on ne peut s’arrêter à ces quelques mots : la démarche d’Apolline est plus profonde, presque philosophique. La colère et la haine ne pourront la guider vers un monde meilleur ; seuls le respect et la bienveillance la mèneront sur le bon chemin. La citation de Martin Luther King en début de livre et l’explication du terme « vallée de l’espoir » en fin d’album donnent un relief particulier au texte. Ce livre a été illustré tout en noir et blanc, seules quelques touches de jaune, synonyme de joie et de bonheur, illuminent l’histoire. Un livre, porteur d’espoir…
Jeanne, adolescente de 17 ans, vient de vivre une rupture amoureuse douloureuse. Pour l’aider à sortir de cette période compliquée, sa mère décide de lui faire quitter Lyon pendant les vacances de Toussaint, et de l’envoyer chez sa sœur Miette dans un petit village de la vallée de la Roya, à proximité de la frontière italienne. Cette perspective ne réjouit pas vraiment l’adolescente, et l’attitude de sa tante, lors de son arrivée, ne l’aide pas à se réjouir davantage. En effet, dès la première soirée, cette dernière doit s’absenter après le dîner, et ne lui fournit que des explications approximatives. Le lendemain, Miette s’absente de nouveau ; Jeanne, quant à elle, fait la connaissance de Mamadou, un Africain. Rapidement, la tante va révéler à sa nièce ses secrets et ceux de la vallée. La situation géographique de l’endroit en fait un lieu de passage pour les migrant·es qui souhaitent quitter l’Italie et continuer vers la France. Miette et quelques habitant·es de la montagne se sont constitué·es en association pour leur apporter leur aide. Engluée dans ses problèmes personnels, Jeanne se montre d’abord distante vis-à-vis du sujet. Puis, peu à peu, guidée par sa tante et les militant·es de la vallée, elle va s’ouvrir. Ce nouveau combat l’aide à panser ses propres blessures. Riche de cette expérience, portée par sa fougue adolescente et son dégoût de l’injustice, Jeanne fera siennes ces idées, et les portera bien au-delà de la vallée.
Jeanne, la narratrice de l’histoire, croit partir pour des vacances. Toutefois, ce qu’elle va vivre ressemble davantage à un voyage initiatique. En rentrant à Lyon, après ces deux semaines dans la vallée de la Roya, elle ne sera plus la même : elle aura grandi, mûri. Comme pour Jeanne, la crise migratoire actuelle peut paraître assez lointaine, pour nos adolescent·es, alors qu’elle se déroule à nos portes. L’engagement de Miette permet à Jeanne d’ouvrir les yeux. Le récit de l’adolescente pourra avoir la même fonction sur la lectrice ou le lecteur. La frontière entre réalité et fiction est bien mince. La grande maîtrise du sujet, et l’écriture de Sylvie Deshors l’ont encore davantage. Ce livre pourra permettre aux ados d’élargir leurs réflexions, d’ouvrir le débat avec les adultes et les jeunes qui les entourent, sur la crise migratoire, mais également sur des thématiques plus larges telles que l’entraide, la solidarité, le militantisme… Un récit, porteur de sens, à glisser entre toutes les mains.
Apolline et la vallée de l’espoir ![]() de Heng Swee Lim (texte français de Christian Demily) Grasset 15,50 €, 210×260 mm, 48 pages, imprimé en Espagne, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
La vallée aux merveilles ![]() Texte de Sylvie Deshors, illustré par Edmond Baudouin Rouergue, dans la collection DoAdo 12,50 €, 140×205 mm, 173 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Fille des années 80, amoureuse des livres depuis toujours. La légende raconte que ses parents chérirent le jour où elle sut lire, arrêtant ainsi de les réveiller à l’aube. Sa passion des livres, et plus particulièrement des livres jeunesse, est dévorante, et son envie de partage, débordante. Elle est sensible aux mots comme aux images, et adore barboter dans les librairies et les bibliothèques. Elle aime : les albums au petit goût vintage et les romans saisissants, les talentueux Rebecca Dautremer et Quentin Gréban, les jeunes pousses Fleur Oury et Florian Pigé, l’humour d’Edouard Manceau et de Mathieu Maudet, les mots de Malika Ferdjoukh et de Marie Desplechin.


