Aujourd’hui je vous propose deux albums ébouriffants et burlesques, poétiques et drôles La grande course des Jean de Clémence Sabbagh et Magali Le Huche et Le portrait du lapin d’Emmanuel Trédez et Delphine Jacquot ! À vos marques, prêt·es, partez !
Installez-vous confortablement, la Grande Course des Jean ne va pas tarder à démarrer ! Ils sont tous là, en costume lycra et en tenue fluo, à s’échauffer au bord de la piste : parmi eux, certains sont déjà favoris : Jean-Maurice, Jean-Alfred, Jean-Johnny… Mais la course des Jean révèle bien des surprises… Attention à ne pas se prendre la pluie de pépins, ou bien à ne pas foncer dans le mur… Le suspense est à son comble… Qui franchira le premier la ligne d’arrivée ?!
La grande course des Jean est un album G E N I A L ! Clémence Sabbagh nous propose une histoire et une narration très originales. En effet, on suit cette grande course des Jean (qui compte près de 3721 participants… c’est dire !) au travers des commentaires des journalistes sportifs ! C’est une idée formidable, le ton des commentateurs sportifs est très bien reproduit : les moments de doute, d’exaltation, la dramaturgie propre au sport lorsque le favori s’effondre… Ah ! On s’y croirait presque ! Mais la force de l’ouvrage réside en son humour, l’autrice n’est pas avare de quelques bons jeux de mots qu’elle saupoudre au fur et à mesure de l’histoire : les participants se retrouvent « au pied du mur », « se prennent une pluie de pépin » tandis que les noms des personnages feront hurler de rire les plus jeunes. Les illustrations de Magali Le Huche nous plongent dans un monde coloré et pop, tourbillonnant à l’image de cet album ! Chaque Jean a son identité propre (ce sont tous des animaux) aux coupes de cheveux plus ou moins improbables (mention spéciale pour Jean Johnny). C’est stimulant pour les yeux, éclatant de couleurs et foisonnant de détails. Les doubles pages où l’illustratrice dépeint les paysages et le décor dans lesquels évoluent nos Jean sont particulièrement réussis. On s’amuse à tenter de retrouver nos chers héros : Jean-Maximus, Jean-Maurice…. L’album se clôt sur une belle leçon de vie. En effet, aucun Jean ne franchira la ligne d’arrivée… Au final, qu’est-ce que signifie gagner ?! Je vous laisse méditer là-dessus avec cet album énergique et vivifiant qu’il faut lire à voix haute !
Il était une foi un sieur Lapin qui vivait dans un manoir. Coup de théâtre, un matin, ce monsieur reçoit une lettre… d’Amérique ! C’est une jeune belette, une actrice qui souhaite l’épouser. Elle lui demande de répondre à sa proposition en lui envoyant son portrait. Ni une, ni deux, Lapin décide d’aller se faire tirer le portrait. Il demande conseil à son ami Cochon qui lui fait rencontrer Maître Renard… Un artiste très en vogue qui peint des tableaux très originaux… Lapin est circonspect… D’autant plus lorsqu’il découvre que Renard a peint un tableau monochrome blanc… Mais qu’importe, il ne connaît rien à l’art et tout le monde le félicite !
Avec Le portrait du lapin, Emmanuel Trédez nous propose une fable grinçante et cynique sur le monde de l’art et l’obsession du paraître. En effet, Lapin est un monsieur très riche mais qui ne connaît rien de rien à la peinture. Il va se faire rouler dans la farine par son ami Cochon et Maître Renard qui est un véritable escroc. Pour paraître « à la mode », par peur qu’on se moque de lui, Lapin accepte de payer « l’œuvre ». Tout est bien construit dans cet album, habile et fin. Le milieu mondain est particulièrement bien croqué, avec ses codes — ridicules —, son obsession de paraître « in » et la peur d’être mis sur le banc de touche. L’auteur nous conte cette histoire comme une fable morale (ou finalement, on ne sait plus vraiment qui est le plus cynique…). Delphine Jacquot habille ce récit en rime de ses couleurs et de son style si particulier ! Ces illustrations sont superbes, précises et très détaillées. Elle nous plonge dans une ambiance très début du XXe siècle, Cochon est une sorte d’Al Capone, Maître Renard ne quitte jamais son feutre vert. C’est un hommage rendu à l’Art Moderne, puisque, l’illustratrice a glissé de nombreux indices au fur et à mesure des pages : là, on retrouve un oiseau représenté à la manière de Kiki de Montparnasse, ici un blaireau façon Picasso, là-bas un mobile à la Calder. C’est beau, foisonnant et stimulant pour nos yeux… On en redemande !
La grande course des Jean![]() ![]() Texte de Clémence Sabbagh, illustré par Magali Le Huche Les fourmis rouges 17 €, 245×327 mm, 34 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le portrait de Lapin![]() ![]() Texte d’Emmanuel Trédez, illustré par Delphine Jacquot Didier Jeunesse 14,90 €, 276×308 mm, 32 pages, imprimé en France, 2020. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.





