Aujourd’hui je vous propose deux beaux albums, délicats et sensibles. L’un nous conte l’histoire d’une jeune fille maladroite aux talents cachés, quant à l’autre, il suit le long exil d’une famille courageuse.
Irina est une jeune femme rêveuse et terriblement maladroite. Depuis toujours, ce vilain défaut lui gâche la vie. Alors qu’elle entre dans un magasin, attirée par un beau vase, celui-ci lui glisse des mains. Et même lorsqu’elle commence un nouveau métier a priori sans risque (postière), elle arrive quand même à renverser le courrier dans les rues. Dans une grande malle en osier, Irina stocke et accumule tous les objets brisés qui sont passés entre ses doigts… Et va un jour décider de faire de sa faiblesse une force.
Porcelaine est un album lumineux. Claire Caillebotte nous conte une histoire à l’image de son héroïne : fantaisiste, délicate et poétique. Ainsi, cette jeune femme qui traverse l’album comme elle traverse la vie, avec grâce mais maladresse, souffre terriblement de cette gaucherie qui la handicape même dans les moments les plus banals de son quotidien. Il n’y a que dans la nature où Irina se sent à l’aise (les scènes en « extérieur » sont d’ailleurs superbes), car elle se soustrait aux jugements de ses pair·es. Tout pourrait aller de mal en pis, mais c’est sans compter sur l’imagination d’Irina qui décide, un jour, de transformer les objets brisés en de formidables sculptures. C’est un album intelligent, qui démontre qu’une faiblesse peut devenir un atout. Irina la rêveuse se cogne, au sens propre comme au figuré, aux dures lois du réel. Mais
si le réel ne la satisfait pas, peut-être n’est-ce pas à elle de s’adapter, quitte à abandonner ce qu’elle est, nous murmure Claire Caillebotte, peut-être doit-elle inventer ce qu’elle veut être. Les illustrations nous révèlent un monde intimiste et délicat. Le trait fin trace les contours d’un univers éminemment coloré : là, une rue où se succèdent de petites boutiques alléchantes, ici, la maison d’Irina, et enfin la nature, compagne silencieuse et consolatrice de notre héroïne. Ce monde, si riche en détails, si foisonnant de couleurs, c’est à Irina qu’on le doit. Car sans elle, il est évident qu’il serait plus terne et plus gris.
Un jour, Lino, Lila et leur fils Léo ont décidé de quitter leur maison. À contrecœur. Cela faisait des mois qu’aucune goutte de pluie n’était pas tombée et il devenait impossible de cultiver la terre. Alors, iels sont parti·es. Prenant le large sur une barque fragile, iels ont poursuivi·es leur périple sur des terres inconnues soumises aux aléas climatiques. Une nuit, épuisé·es, éreinté·es, iels se sont enfin arrêté·es dans une clairière protégée par de grands conifères. Leur voyage aurait pu continuer, mais c’était sans compter sur les habitant·es de ce pays : les oiseaux, des hôtes très hospitaliers !
C’est un album joyeux, résolument optimiste que nous livre ici Alain Millet, malgré la dureté du thème abordé. Sous ses dehors naïfs — tant par le titre que l’illustration de couverture mettant en avant une famille d’animaux heureux et enthousiastes — c’est bien la question des migrations qui est ici traitée. Ainsi, on suit l’exil d’une famille contrainte de quitter son pays du fait de changements climatiques. Ce déménagement forcé les conduit aux « pays des oiseaux »
et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce peuple se montre particulièrement soucieux d’intégrer les nouveaux et nouvelles venu·es. Avec fantaisie et humour, l’auteur nous parle de la nécessité de se montrer ouvert·e et tolérant·e. Car, les migrant·es, ne sont pas seulement des apatrides sans histoires mais au contraire, des individus aux qualités propres qui, apportant avec eux leur culture, peuvent changer des comportements. Ainsi, la famille de mammifères fait-elle découvrir aux oiseaux les nichoirs — un objet exotique pour les volatiles qui l’adoptent très vite. C’est avec respect et délicatesse, nous dit l’auteur, qu’il sera possible de vivre ensemble. Et apprendre de l’autre n’est pas une faiblesse, mais au contraire, une force. Les illustrations à la gouache, très colorées, nous plongent dans un univers harmonieux, un monde respectueux de l’autre, où des espèces différentes cohabitent sans crainte ni peur. Bien au contraire.
Porcelaine ![]() ![]() de Claire Caillebotte Maison Eliza 16 €, 211×284 mm, 40 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Le premier rayon de soleil![]() ![]() d’Alain Millet L’étagère du bas 11 €, 210×210 mm, 24 pages, imprimé en France, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.



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