Aujourd’hui je vous propose deux romans formidables, trépidants et enthousiasmants : Celle qui marche la nuit de Delphine Bertholon, un thriller haletant et On habitera la forêt d’Esmé Planchon, une ode à la nature et à la solidarité bouleversante !
Malo a quinze ans, il aime faire du skate, ses copains, traîner en ville et jouer à la console… Alors le jour où son père et sa belle-mère lui nt que la famille va déménager loin de la métropole parisienne, au fin fond du Sud de la France, notre ado n’est pas emballé… D’autant plus que la nouvelle maison, perdue au milieu des bois fait émerger des comportements étranges chez la petite sœur de Malo. Elle hurle la nuit et jure s’être fait une amie : Pauline. Oui mais voilà, le problème, c’est que personne ne voit Pauline… Pourtant, Malo sent bien que quelque chose de bizarre se trame. Aidé de la jeune postière du village et de sa petite sœur, Malo va se lancer sur les traces de cette étrange Pauline et tenter de briser le mystère !
Il y a une chose dont on est sûr·e quand on referme Celle qui marche la nuit, c’est que Delphine Bertholon est une reine du suspense ! L’autrice nous plonge dans une intrigue à la fois très réaliste (le dénouement est particulièrement prenant) et fantastique (la présence de cette étrange Pauline). Tout fonctionne à merveille : le cadre spatial, cette étrange forêt à la fois superbe et inquiétante, la maison isolée, mais aussi le petit village charmant (dont on a du mal à imaginer que des choses sordides se soient passées), l’écriture, très cinématographique et fluide, les personnages (mention spéciale pour le père et la belle-mère deux « néoruraux » bien plus passionnés par la décoration de leur nouvelle maison que par les étranges comportements de leur petite fille) et bien évidemment le suspense, que Delphine Bertholon maîtrise à la perfection. Rien n’est laissé au hasard dans ce roman digne des meilleurs polars américains. La tension qui court au fil du texte est maintenue de manière quasi permanente, page après page et l’on a bien du mal à lâcher ce roman et à quitter cette ambiance, si particulière, qui nous poursuit, même une fois le roman terminé !
Un formidable roman, coup de cœur, cauchemardesque et terrifiant à souhait ! On en redemande !
Pas facile de trouver sa place dans le monde quand on est une jeune fille solitaire, rêveuse et timide et qu’on est obligé de suivre sa mère comédienne, de ville en ville, au gré des tournées. Ce quotidien c’est celui de Joyce, quatorze ans, qui n’a jamais pu terminer une année scolaire au même endroit, et donc, ne s’est jamais fait d’ami·e·s. Pire même : les élèves de sa nouvelle classe, à Lyon, se moquent d’elle… Heureusement, les vacances de printemps arrivent et Joyce va pouvoir partir chez sa grand-mère qui habite un petit village. Mais son programme va être bouleversé par sa rencontre avec deux femmes fantasques et fantastiques au milieu de la forêt : une ancienne prof qui a décidé de vivre tel le héros du Baron Perché d’Italo Calvino : en haut d’un arbre, et une jeune fille militante… Tout pourrait être idyllique… Mais des promoteurs sont bien décidés à raser la forêt.
On habitera la forêt est un roman formidable. On suit le parcours de Joyce, une jeune fille timide, et mal dans sa peau, que sa rencontre avec des personnages hauts en couleur va bouleverser. Alors qu’elle se promène dans le bois à côté de chez sa grand-mère, elle rencontre Sylvia, une ancienne professeure de français, qui depuis la mort de son amoureuse, a décidé de quitter Paris et se ressource en haut d’un arbre et Dorothy une jeune fille noire, engagée, militante féministe qui travaille dans le centre aéré local. Toutes les trois, elles vont construire des cabanes dans les arbres et réenchanter leur monde. L’autrice nous propose un roman bouleversant, des portraits de femmes de tout âge (depuis la grand-mère de Joyce qui va, pour la première fois de sa vie, se livrer à sa petite fille, en passant par Dorothy, Sylvia, et bien sûr Joyce). Ce beau livre initiatique nous raconte l’émancipation d’une jeune fille qui se sent enfin vivante et qui va découvrir la littérature, le militantisme et la solidarité. Car On habitera la forêt est également un roman politique, Joyce, ses amies et les habitant·e·s du village décidant de se battre contre la création d’une usine de sapin de Noël en « habitant » au sens propre du terme la forêt. C’est beau, poétique et surtout très juste. Esmé Planchon signe ici un roman fort et émouvant, une véritable ode aux « gens qui doutent », à la résistance collective et à l’importance de croire en ses rêves.
Un très beau roman, sur le pouvoir de l’imagination, la force du collectif et l’amour de la littérature ! Un coup de cœur !
Celle qui marche la nuit![]() de Delphine Bertholon Albin Michel 12,90 €, 144×215 mm, 236 pages, imprimé en France, 2019. |
On habitera la forêt ![]() d’Esmée Planchon Casterman 12,90 €, 144×220 mm, 240 pages, imprimé en Espagne, 2019. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

