Deux personnalités exceptionnelles, voilà ce que je vous propose de rencontrer à travers les pages de ces deux ouvrages. Que l’on soit né·e avec un handicap physique ou dans un pays où être noir·e est presque un crime, si l’espoir est le principal moteur, alors tout devient possible.
La vie prend parfois l’apparence d’une mer d’huile. Tout semble fluide, sans houle. Pourtant, le soir où Jack est inconsolable dans son bain, c’est comme une lame de fond qui vient chambouler le cœur de ses parents. D’abord, ils ne comprennent pas. Il faut dire que le caractère heureux de leur fils les a habitués à le voir sourire en toute circonstance. Qu’est-ce qui a bien pu déclencher ce titanesque chagrin ? Dans un torrent de larmes, l’enfant finira par leur répondre qu’il veut devenir marin. Pas un « marin d’eau douce », précise-t-il, un vrai marin sur l’océan. Avec son équipage bravant vagues et tempêtes, il veut parcourir le monde. Comment oser le détromper, se demandent ses parents. Quand un rêve apparaît, peut-on le condamner pour la seule raison que ce petit garçon est paralysé ?
Stupéfaction pour les lecteurs et lectrices qui n’apprendront le handicap de l’enfant qu’à la presque fin de l’album. Une deuxième lecture des illustrations révèlera les subtils indices semés par Léa Louis. Cette découverte fait émerger plusieurs questions : comment réagir quand un·e enfant fait part d’un souhait semblant hors de portée ? Faut-il faire semblant, bercer Jack d’illusions ou le confronter à une cruelle réalité ? S’il y avait une autre option… Avec habileté et délicatesse, Jean Poderos nous présente des parents qui choisissent le chemin de la confiance. Passé l’instant de surprise, iels accueillent le rêve en lui accordant une vraie considération. Ce faisant, iels réalisent quelque chose de tellement précieux : iels ancrent sa vie de possibles et non de limites. Après tout, il y a bien des exemples d’hommes et de femmes qui ont réalisé des choses extraordinaires en faisant fi des obstacles. Le ton sobre et la détermination du texte de Jack marin d’eau douce sont accompagnés d’images où la lumière et l’espoir l’emportent sur la nuit et le chagrin. J’en retiendrai que pour voguer dans la vie, que notre embarcation soit bateau de papier, voilier ou chalutier, l’important c’est avant tout d’y croire !
Le destin de James Cleveland Owens est digne d’un conte. Comment aurait-il pu imaginer, pendant sa rude enfance en Alabama, où entre les quatorze kilomètres courus tous les jours pour aller et revenir de l’école et ses poumons fragiles, qu’il était déjà en train de forger son incroyable destin d’athlète ? Quand il ne court pas, il travaille dans les champs de coton avec ses parents. Le racisme fait tristement partie de son quotidien. Il ne compte plus les « sales nègres » qui ont frappé ses oreilles. Sa famille, étranglée par la misère, décide un jour de migrer de l’Alabama vers un État du Nord des États-Unis : l’Ohio. Ici, James Cleveland devient Jesse. La ville n’est pas pour autant une terre de Cocagne et le racisme a la dent dure. Discrètement, au milieu de la grisaille un homme a repéré ce gamin qui court comme il respire. Charles Riley est professeur d’éducation physique. Il sera son premier entraîneur !
Les éditions de l’Élan Vert via la collection Ponts des Arts nous proposent un roman au format carnet de voyage, qui réussit à équilibrer texte, illustrations et photos d’archives pour mieux nous faire plonger dans l’Amérique du début du vingtième siècle. Le respect et l’enthousiasme de Cécile Alix pour l’enfant, l’homme, le père, le quadruple champion olympique transparaissent du début jusqu’à la fin de l’ouvrage. Elle souligne l’absurdité des haines en mettant dans la balance la haine raciale qui sévit aux États-Unis contre le nazisme qui fait déjà rage en Allemagne. Aux Jeux de Berlin en 1936, être noir n’est pas un problème. Stupéfait d’être considéré, Jesse se liera d’amitié avec un autre champion : Luz Long. Une photo immortalise leur complicité, révélant que le vrai sport ne se nourrit pas de préjugés raciaux. Bruno Pilorget illustre cette tranche de vie avec des encres vives. La puissance répond à la précision. Sous le pinceau, Jesse Owens s’élance, prend appui et
s’envole. Pour tout vous dire, ce livre a eu un gros effet sur moi, convoquant des émotions variées allant de la révolte à la compassion en passant par la colère pour arriver enfin à la reconnaissance. Jesse Owens a contribué à l’Histoire. Il fait partie de celles et ceux qui ont œuvré pour faire avancer les droits des Afro-Américain·es. Son aura dépasse largement les frontières de son pays. Si le récit s’achève sur les éclatantes prouesses des jeux olympiques de Berlin, à la fin de l’ouvrage un dossier didactique nous donne les grandes lignes de la vie de Jesse après 1936, ainsi que les dates et faits marquants liés à la ségrégation. À l’heure où les droits fondamentaux des hommes et des femmes sont régulièrement remis en question, tolérance et fraternité sont plus que jamais à défendre activement. Homme inspirant comme il y en a peu, dépassant toutes les limites, il est vraiment temps de faire découvrir Jesse Owens aux jeunes générations !
Jack Marin d’eau douce![]() ![]() Texte de Jean Poderos, illustré par Léa Louis Éditions Courtes et Longues 22 €, 235×333 mm, 56 pages, imprimé en Italie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Il court ! Jesse Owens, un dieu du stade chez les nazis![]() ![]() Texte de Cécile Alix, illustré par Bruno Pilorget L’élan vert, dans la collection Pont des Arts, les carnets 16 €, 156 × 199 mm, 96 pages, imprimé en Europe, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Elle aime l’océan, les chats, le chocolat et lire depuis qu’elle a ouvert les yeux. Son confident est un certain lapin blanc. Des livres au petit déjeuner, au déjeuner, au goûter, au dîner : elle n’est jamais rassasiée !




