Le règne animal (auquel nous oublions bien trop souvent notre appartenance) regorge de merveilles éclatantes et incroyables, où chaque individu possède sa personnalité propre. Aujourd’hui je vous parle de cinq jolis livres qui abordent l’amitié interespèces et la diversité avec bienveillance et originalité.
Qui a dit que les grenouilles étaient forcément toutes vertes ou que tous les oiseaux volaient ? Que les zèbres étaient sans faute noir et blanc et les paons chatoyants ?
Dans Le grand défilé des animaux, Julie Colombet s’amuse à regrouper différentes espèces selon des critères variés, afin de nous en faire découvrir un peu plus sur tout ce petit monde qui ne manque pas de singularités.
À l’aide de ses crayons, elle nous emmène à la rencontre d’êtres à poils, à plumes ou à écailles dans une parade étonnante. Elle parvient à reproduire leurs morphologies avec beaucoup de réalisme tout en y laissant sa signature : des yeux tout ronds et blancs, aux pupilles immobiles, qui semblent nous fixer. Ce décalage entre l’aspect soyeux de son trait, l’étrangeté de ces regards et le fond épuré mettant en valeur les dessins apporte une identité graphique particulièrement intéressante à cet album !
Dans ce bestiaire unique en son genre, les animaux sont regroupés selon leurs points communs (ceux qui creusent des terriers ou qui ont une queue préhensile par exemple) ou des critères tels que leurs courtes pattes ou le masque dessiné par leur pelage. Ces familles hétéroclites sont surprenantes, étonnantes et surtout rappellent la richesse du monde animal.
Un album qui m’a beaucoup plu, notamment grâce à la bizarrerie magnétique du style de l’illustratrice, qui signe ici un bel hommage à la nature.
Une petite voix nous explique à quel point son chat et son papa se ressemblent : même goût pour les sardines, les siestes ou les gratouilles sur le bidon, même couleur de cheveux et de pelage… C’est fou quand même, toutes ces similitudes rigolotes ! Mais qui peut bien se cacher derrière ces paroles malicieuses ?
Entièrement réalisé avec des papiers découpés, Mon chat ressemble à mon papa est un album abordant la thématique de la famille sous un angle à la fois espiègle et bienveillant. Relié·es par leurs passions, leurs petites habitudes et surtout par l’amour qui les unit, ses membres passent outre leurs différences tout naturellement, créant des liens interespèces très forts.
La technique de collage employée apporte beaucoup de profondeur et d’originalité au livre, mixant papiers unis ou à motifs, à l’aspect de dentelles ou avec des grains contrastés.
On lit en filigrane plusieurs schémas dans cet album : familles recomposées, avec ou sans enfants, dont les animaux font entièrement partie.
J’ai adoré Mon chat ressemble à mon papa, qui célèbre l’amour et la diversité avec beaucoup d’esprit !
Patoune est un vieux chien, qui se remémore les souvenirs de sa prime jeunesse, lorsqu’il coursait les lapins ou faisait de longues promenades avec son ami Édouard. Mais maintenant qu’il est âgé, Patoune se sent très fatigué et préfère rester tranquille à la maison, le sourire aux babines en laissant ses pensées vagabonder…
Petit album très émouvant sur la vieillesse des animaux et sur leur disparition, Édouard & Patoune m’a touchée jusqu’aux larmes. On se place du point de vue de Patoune, qui se remémore avec sérénité tous les moments formidables passés aux côtés de son compagnon humain. Ici, pas de rapport d’appartenance ou de domination, il s’agit d’une ode au lien très fort entre un garçon et un chien, de leur amitié à toute épreuve.
Les dessins mêlant plusieurs techniques jouent avec les volumes et la dynamique des formes, apportant naïveté et douceur à ce récit très émouvant.
L’auteur et l’illustratrice créent une histoire pleine de nostalgie, de liberté et de bonheur, qui saura toucher les cœurs de celles et ceux qui ont partagé leurs vies avec un animal ami, tout en permettant d’aborder ce sujet avec les plus jeunes.
Lors d’une sortie scolaire, Anders et ses ami·es tombent sur une vieille carte mystérieuse, indiquant l’emplacement d’un non moins énigmatique château. Sans hésitation, iels décident de se lancer dans l’aventure avec l’aide de leurs compagnons volants : direction les ruines de Rochevieille ! Mais une présence semble les suivre… Serait-ce le nouveau venu en ville, Maksen ? Celui qui a remporté la dernière course aéronautique haut la main en compagnie de son scarabée de compétition ?
Troisième tome des épopées du jeune écureuil et de sa bande, Anders et le château mêle pirouettes aériennes, exploration pleine de suspens et bien sûr amitié à toute épreuve. La bande dessinée est découpée en une dizaine de chapitres courts et très bien rythmés, qui tiennent en haleine du début à la fin. De plus, la vie semble belle à Chiffonville ! Les ados ont l’entière confiance de leurs parents qui ne les infantilisent jamais, et iels sont plutôt responsables et libres de s’amuser et d’apprendre selon leurs envies.
On sent que les membres du groupe sont très soudé·es et respectueux·ses mutuellement, notamment avec les insectes volants géants, qui sont perçus comme des allié·es et non pas de simples moyens de locomotion. Tout ce petit monde a ses propres personnalités et caractères et c’est cette complémentarité qui ressort tout le long de la lecture, quelle que soit la situation rencontrée.
J’ai adoré les suivre au travers du trait rond et épais de Gregory Mackay, qui possède un style à la fois naïf et légèrement cartoonesque, ainsi qu’un traitement des couleurs qui apporte beaucoup de vivacité au tout.
Quant à l’objet livre lui-même, il est extrêmement soigné et réussi, avec sa couverture embossée et sa reliure bodonienne apportant un charme supplémentaire au récit !
Anders et le château est un ouvrage peaufiné et travaillé à tous les niveaux, parfait pour découvrir le monde fantastique de la BD indépendante dès 7 ans !
Mina, minuscule souris qui adore plus que tout rester dans son petit monde à bouquiner et à dessiner, vit avec son papa. Elle est aussi casanière que lui est baroudeur. Sans compter qu’il a l’habitude de toujours revenir de ses vadrouilles avec des surprises toutes plus improbables les unes que les autres ! Un jour, le voilà qui ramène avec lui un soi-disant écureuil, qui semble bien louche aux yeux de la jeune rongeuse…
Mina est une aventure ébouriffante débordant de mignonitude, où l’on s’amuse des personnalités plutôt opposées des deux protagonistes et où l’on peut lire l’amour qui les unit malgré leurs différences. En effet, cette relation père-fille est crédible, tout en restant cocasse et légère ! Ici, les adultes semblent tête en l’air et spontanés, tandis que la fillette est plus réfléchie et méfiante face à ce nouveau convive aux moustaches bien trop longues et aux griffes bien trop pointues pour être un inoffensif écureuil…
Après Pokko et le tambour, Matthew Forsythe nous invite de nouveau dans son magnifique univers, mettant en scène d’adorables petits animaux évoluant dans des décors lumineux. Ses illustrations aux couleurs fragmentées évoquent un joli kaléidoscope automnal, dans lesquelles on se plonge avec délice !
Un album coup de cœur, débordant de douceur et de sourires.
Le grand défilé des animaux![]() de Julie ColombetCasterman 15,95 €, 296×252 mm, 48 pages, imprimé en France chez un imprimeur écoresponsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mon chat ressemble à mon papa![]() de Thao Lam (traduit de l’anglais par Fanny Britt)Fonfon dans la collection Histoires de rire 20 €, 235×274 mm, 32 pages, imprimé au Québec chez un imprimeur écoresponsable, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Édouard et Patoune![]() Texte d’Espen Deka (traduit du norvégien par Jean-Baptiste Coursaud), illustré par Mari Kanstad JohnsenAlbin Michel Jeunesse 12,90 €, 200×250 mm, 40 pages, imprimé en Lettonie, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Anders et le château![]() ![]() de Gregory Mackay (traduit de l’anglais par Gautier Ducatez) The Hoochie Coochie 18 €, 151×211 mm, 128 pages, imprimé en France, 2021. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Mina![]() de Matthew Forsythe (traduit de l’anglais par Mathilde Colo)Little Urban 14,50 €, 224×287 mm, 64 pages, imprimé en Chine, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Approche de la trentaine, et en a profité pour perfectionner ces petites choses si importantes qui font un tout. Vivre les livres, dessiner et créer des trucs, pour relier le dehors au dedans. Aime la nature, les histoires qui donnent espoir, celles aux allures de vieux grimoires, les BD hypersensibles et les images colorées.
Se retrouve dans le travail de Tarmasz, de Tayou Matsumoto, de Bretch Evens.






de Julie Colombet