Aujourd’hui, je vous propose deux BD avec des personnages queer.
Tegan et Sara ont 12 ans. Elles se ressemblent comme deux gouttes d’eau, c’est normal, elles sont jumelles, mais ça ne les empêche pas d’être différentes l’une de l’autre. Pour la première fois, elles ne vont pas être dans la même classe. Déjà que d’entrer dans un nouveau collège c’est stressant, alors être séparées quand on ne l’a jamais été, ça n’améliore pas les choses. Puis c’est l’année des grands changements : leur père a rencontré une autre femme, elles vont porter leur premier soutien-gorge et avoir leurs premières règles, l’une d’elles va vivre sa première histoire d’amour et elles vont découvrir la guitare…
Tegan et Sara (chanteuses du groupe du même nom) racontent leur adolescence dans Ados à deux (sauf qu’elles ont transposé l’histoire des années 90 aux années 2020). De nombreux sujets sont traités dans cette jolie BD : les réflexions (souvent idiotes) des autres quand on est jumeaux·elles, comment rester amie avec sa meilleure amie quand on a changé de collège, les petites trahisons entre sœurs, la découverte de la musique, la maladresse des parents même quand ils veulent bien faire, la méchanceté, l’amitié, l’amour… Mais j’ai trouvé particulièrement intéressante la façon dont la découverte de l’homosexualité est traitée. L’un des personnages est troublé par une de ses amies et c’est en regardant une série (Atypical) qu’elle se rend compte qu’elle est peut-être attirée par les filles. Elle devra faire un chemin pour accepter que ce qu’elle ressent n’est pas de l’amitié et faire face aux remarques des autres. Côté dessin, c’est Tillie Walden, habituée des BD avec des héroïnes lesbiennes, qui a magnifiquement mis en images cette histoire. Cette BD qui raconte l’entrée dans l’adolescence pourra toucher les jeunes ados, car elle dit avec beaucoup de justesse les petits bouleversements que beaucoup traversent à cet âge.
Dans son enfance, Maia n’a pas connu la crèche ou l’école maternelle, ses parents et leurs voisin·es ont élevé leurs enfants sans électricité, sans chasse d’eau et sans faire de différence entre les genres. Quand est venue l’heure de l’école, le choc a été violent et notamment quand Maia a compris que les filles et les garçons n’étaient pas traité·es de la même manière. Premières règles, premiers soutiens-gorges… Tout ce qui était lié à la féminité était vécu comme un cauchemar. Il lui a fallu du temps pour comprendre et trouver les mots pour se définir.
Dans un carnet, à 15 ans, Maia a écrit : « Je ne veux pas être une fille. Je ne veux pas être un garçon. Je veux juste être moi-même. » Genre queer, c’est son histoire, son vécu. Comment ille (pronom que Maia Kobabe a choisi) s’est senti·e inadapté·e (parce qu’ille avait eu une éducation différente, très « nature », mais aussi parce qu’ille ne se reconnaissait ni dans les filles ni dans les garçons), ses questions sur ce qu’ille était (trans ? lesbienne ?), son dégoût pour son corps, ses rêves et ses cauchemars, ce qui l’excitait sexuellement : Maria nous livre bien des choses personnelles. Sa BD autobiographique raconte avec beaucoup de justesse et de sensibilité sa non-binarité. C’est un album fort et émouvant qui m’a beaucoup touché.
Ados à deux![]() Scénario de Tegan Quin et Sara Quin (traduit de l’anglais canadien par Alice Marchand), dessins de Tillie Walden Gallimard bande dessinée 23,50 €, 152×214 mm, 312 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur eco-responsable, 2024. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |
Genre queer![]() de Maia Kobabe (traduit de l’anglais étasunien par Charlotte Husson) Casterman 19 €, 152×219 mm, 240 pages, imprimé en Espagne chez un imprimeur eco-responsable, 2022. Achetez ce livre* via LesLibraires.fr, LaLibrairie.com ou Place des libraires. |

Aimait la littérature jeunesse bien avant d’avoir des enfants mais a attendu d’en avoir pour créer La mare aux mots. Goût particulier pour les livres pas gnangnan à l’humour qui pique !


