Aujourd’hui je vous propose de plonger dans deux albums très différents mais tout aussi touchants, L’arrivée des Capybaras une fable animalière forte et Un livre pour savoir à quoi ça ressemble d’être un adulte, une histoire drôle et pleine de surprise… Bonne lecture !
L’histoire commence dans un poulailler, au bord d’un étang. Tout est calme et tranquille, la vie suit son cours : les poules sont nourries par le fermier, puis, on le devine, tuées et mangées… Mais un jour, le quotidien des volatiles est bouleversé par l’arrivée des Capybaras, de gros rongeurs contraints de fuir depuis l’ouverture de la chasse. Les relations entre les animaux sont tendues : les poules considérant que les capybaras sont des « sauvages ». Cependant, rien ne va se passer comme prévu…
L’arrivée des Capybaras est un formidable album, une fable animalière qui nous parle d’exclusion et de rejet. Alfredo Soderguit tisse un récit dense et met en lumière des thématiques universelles et fortes. Les Capybaras sont au départ mis à l’écart étant considéré comme « non civilisés ». Mais face à un ennemi commun, les poules prennent conscience que les Capybaras sont des alliés utiles et nécessaires. La lutte pour la survie des un·es et des autres est engagée.
Tout est bien construit, intelligent et d’une grande justesse dans ce petit album. La fin est particulièrement touchante (ATTENTION SPOILER) : les Capybaras quittent le poulailler une fois la saison de la chasse terminée… mais avec sur leur dos les fameuses poules, enfin « émancipées » de leur condition ! L’auteur-illustrateur a fait le choix d’une gamme chromatique restreinte pour les illustrations, il joue sur les contrastes entre Capybaras « noirs » et poules « blanches », mettent en lumière les supposées différences, qui finalement, n’existent pas !
Un très bel album poétique et fort sur l’exclusion et le rejet ! Un coup de cœur !
Au fond de chaque adulte sommeille un enfant… Vous en doutiez ? Eh bien si c’est le cas ouvrez ce petit album… Il pourra vous aider à regarder les adultes différemment si vous êtes un enfant, ou bien, si par malheur vous faites partie de la première catégorie, à retrouver celui qui dort en vous !
En voilà un album amusant ! Henry Blackshaw nous propose un drôle de petit livre, léger et sympathique, qu’on prend plaisir à lire et à regarder. L’idée est simple, mais bien menée : l’auteur propose aux enfants de regarder les adultes d’un autre œil et de leur révéler LE SECRET le mieux gardé de l’univers : même la personne la plus sérieuse au monde possède au fond de lui un enfant de quatre ans prêt à s’échapper et à faire des bêtises. Si le texte est plaisant, la grande force de l’album réside dans les illustrations. Henry Blackshaw nous dépeint des adultes — bien peignés, bien habillés, sérieux — et leur double maléfique enfermé au fond d’eux (entendons-nous le « double maléfique » c’est leur « moi » enfant). L’auteur-illustrateur nous propose une galerie de personnages dans des situations types et fait prendre conscience aux plus jeunes que grandir ne veut pas forcément dire perdre son âme d’enfant ! Ainsi, les adultes sont eux aussi très excités lorsqu’ils veulent un nouveau jouet (qu’ils appellent pudiquement « gadget »), ils sont parfois terrorisés, parfois méchants, et ils et elles adorent jouer (notamment lors des fêtes). Bref, ce petit manuel de survie pour bien vivre en société à destination des plus jeunes est aussi une manière de rassurer les enfants : grandir ce n’est pas forcément dramatique, et cela ne veut pas dire non plus renoncer à ce qu’on était !
Un album drôle et pétillant sur le drôle de monde des « adultes » !
L’arrivée des Capybaras![]() ![]() d’Alfredo Soderguit (traduit de l’italien par Michèle Moreau) Didier Jeunesse 13,90 €, 213×244 mm, 48 pages, imprimé en France, 2020. |
Un livre pour savoir à quoi ça ressemble d’être un adulte![]() ![]() d’Henry Blackshaw Seuil Jeunesse 10,90 €, 172×236 mm, 36 pages, imprimé en France, 2020. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.


