Aujourd’hui, on plonge en pleine Seconde Guerre mondiale grâce à deux superbes ouvrages. Direction le ghetto de Varsovie, où Mademoiselle Esther et le docteur Korczak tentent de redonner de l’espoir aux orphelins juifs… Puis l’on part sur les routes de France avec Catherine – de son vrai nom Rachel – contrainte de fuir et de se cacher pour échapper aux nazis…
Printemps 1942. En plein cœur du ghetto de Varsovie se trouve l’orphelinat juif Dom Sierot. Tous les jours, le docteur Korczak se tue à la tâche pour que ses petit.e.s pensionnaires puissent manger. Alors que l’épuisement et l’abattement se font sentir, Mademoiselle Esther, une bénévole, décide de monter une pièce de théâtre… Une pièce qui permettrait aux enfants de s’évader de leur quotidien sordide, qui permettrait de réinjecter un peu d’espoir, et qui ferait presque croire à ces enfants qu’ils sont comme les autres.
La dernière représentation de Mademoiselle Esther est un ouvrage splendide tant sur la forme que sur le fond. Adam Jaromir nous plonge au cœur même de la vie de cet orphelinat (qui a vraiment existé) grâce à un procédé littéraire intéressant : d’une part, c’est le docteur Korczak qui nous conte les difficultés financières et matérielles de l’orphelinat. Tous les soirs, le docteur s’endort la boule au ventre : comment faire pour que ces enfants puissent manger le lendemain ? D’autre
part c’est une petite pensionnaire, Genia, qui raconte aux lecteurs et aux lectrices – dans son journal – la vie même de l’orphelinat : les soucis comme les petits moments de bonheur, les doutes et surtout la création de la pièce… La dernière représentation de Mademoiselle Esther est un véritable hymne au pouvoir de l’imagination. Car dans une période aussi sombre et noire, le seul moyen que trouve la formidable Esther pour égayer la vie des enfants, c’est de leur faire jouer une pièce. Grâce à cela, les petits pensionnaires de Dom Sierot peuvent s’évader, rêver, et imaginer un après. Les illustrations de Gabriela Cichowska accompagnent merveilleusement ce très beau texte. Poétiques et oniriques, elles mêlent plusieurs techniques : crayons, découpage, collage… et nous dépeignent un univers à la fois sombre et rassurant.
Un superbe ouvrage sur la puissance de l’imagination en temps de guerre… À lire et relire
Alors que la guerre fait rage, Rachel fait ses études à la Maison de Sèvres, une école un peu particulière… Ici, ce sont les enfants qui choisissent leurs propres cours. L’esprit critique et les initiatives sont encouragés par la direction. Seulement voilà, un jour, Rachel est contrainte de quitter ce petit paradis. Les enfants juifs sont recherchés. Pour survivre, Rachel doit changer d’identité et partir sur les routes de France. Accompagnée de son appareil photo, la jeune fille photographie ceux et celles qu’elle croise sur son passage : des résistant.e.s, des paysan.ne.s, des bonnes sœurs, des enfants et puis son premier amour…
La guerre de Catherine est une très chouette BD sur la Seconde Guerre mondiale et un véritable roman initiatique. C’est l’histoire d’une émancipation en temps de guerre que Julia Billet nous conte ici. Les différentes rencontres de la jeune fille permettent de dresser un portrait de la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Loin de Paris, on découvre la campagne, le milieu rural et la « zone libre ». L’appareil photo de Catherine (ou Rachel) capte les visages de ces dizaines d’anonymes qui risquent leur vie pour sauver une jeune fille juive. Le trait de Claire Fauvel porte à merveille cette belle histoire, emplie d’humanité. La guerre de Catherine rend hommage à ces personnes, résistantes ou non, qui refusent de se plier aux règles et lois édictées par les nazis. Julia Billet et Claire Fauvel nous racontent ici une histoire qui redonne foi en l’humain. Pari réussi étant donné la thématique !
Une superbe BD sur le sort d’une jeune fille juive pendant la Seconde Guerre mondiale !
La dernière représentation de mademoiselle Esther![]() Scénario d’Adam Jaromir (traduit par Nelly Lemaire), dessins de Gabriela Cichowska Des ronds dans l’O 24 €, 193×265 en mm, 140 pages, imprimé en Pologne, 2017. |
La guerre de Catherine![]() Scénario de Julia Billet, dessins de Claire Fauvel Rue de Sèvres. 16 €, 213×274 mm, 160 pages, imprimé en France, 2017. |

Née au début des années 90s, tour à tour professeure, amoureuse de la vie, de la littérature, de la musique, des paysages (bourguignons de son enfance, mais pas que…), des films d’Agnès Varda, des vers de Cécile Coulon et des bulles de Brétecher. Elle a fait siens ces mots de Victor Hugo “Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent”.

